Jusqu'au cou

Endettement des ménages
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Endettement des ménages

Il paraît que le mot le plus recherché en 2010 aura été «austérité», selon les éditeurs du dico Merriam-Webster. J'ai bien l'impression que le mot le moins bien épelé de 2011 sera «endettement». Depuis 20 ans, il augmente sept fois plus vite que les revenus. J'espère qu'il vous reste un peu de galette des Rois pour avaler la fève: le party est terminé.

Bien sûr, le temps des Fêtes est une fabuleuse excuse pour justifier nos élans de générosité, mais lorsque vient le temps d'allonger le montant minimum en bas du relevé de carte de crédit (10 000 $ d'endettement moyen pour les Québécois si on exclut l'hypothèque), on s'étouffe sur nos retailles d'hosties.

«C'est très, très, très préoccupant», a martelé l'économiste de ma vie, le front sillonné de plis et les sourcils froncés, peu avant Noël. «Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, s'est dit inquiet du taux d'endettement des ménages et s'il déclare ça publiquement, c'est loadé! Ce gars-là ne parle jamais pour rien. Il dit quelque chose pour qu'il arrive quelque chose. Entre autres, c'est un message qu'il envoie aux banques: "Hey, les gars (parce qu'y a pas de filles là!), aidez-nous donc à vous aider. Rendez l'obtention d'un prêt plus difficile parce que si les taux d'intérêt augmentent, ça va chauffer.»

J'adore lorsque mon mari un peu moins neuf me sert des leçons d'économie pour les nulles; ça me donne l'impression d'être intelligente. Si les taux montent, les consommateurs ne pourront plus rembourser et il suffit d'un éternuement financier pour qu'ils attrapent une pneumonie. Et, bien sûr, les urgences vont déborder, mais le ministre Bolduc va s'en occuper personnellement.

C'est une nouvelle chiffrée qui peut sembler aussi immatérielle que la valeur des billets de banque dans nos poches, mais les Canadiens sont endettés à hauteur de 148 % de leur revenu annuel (119 % pour les Québécois en 2009, selon Desjardins). Le péquin moyen est cassé; comme disait mon père, «y a pas une cenne qui l'adore». Nous appliquons avec nos finances personnelles la même règle qu'avec la planète: nous vivons au-dessus de nos moyens. Des péteux de broue qui patinent plus vite que leurs voisins du Sud sur un étang à moitié gelé.

Vous chantiez? J'en suis fort aise.

Mon collègue Fabien Deglise titrait un article sur l'endettement par «L'éducation financière peut-elle être laissée aux banques?», le 15 décembre dernier. Dommage qu'on ait fait disparaître les cours d'économie au secondaire. Contrairement au sexe, c'est payant, à moins d'en faire un métier, le plus vieux du monde.

On songe à ramener les cours de sexualité dans les écoles; on devrait aussi mettre les finances personnelles et l'économie familiale au goût du jour. Les jeunes sont endettés dès le secondaire. Avec quoi? Non, pas la dope. Leur vraie drogue, c'est le cellulaire, la première source d'endettement chez les 14 à 21 ans. Héhé, si je me rappelle le nombre d'heures que je consacrais à me chauffer l'oreille, adolescente, mes parents ont fait une très bonne affaire. Ils ont économisé un fric fou. Sans parler des intérêts à 20 %.

Remarquez, les enfants imitent les parents. 40 % des Canadiens ne paient pas le solde de leur carte de crédit chaque mois; il ne faudrait pas demander à la progéniture de faire mieux. Les économies? Un concept tout à fait rétrograde et janséniste.

Moi, si j'élaborais un cours d'économie familiale au secondaire, je le fusionnerais avec le cours de sexo, il y aurait moins d'absentéisme.

Exemple d'examen avec réponses à choix multiple...

Choisissez la maxime la plus vraisemblable.

1. Le cul mène le monde.
2. L'argent mène le monde.
3. Acheter maintenant, se faire baiser plus tard.
4. L'abstinence a bien meilleur goût.

OU

Quelle phrase vous semble le mieux refléter la réalité?

1. L'argent n'achète pas l'amour.
2. L'argent achète le sexe, donc le sexe n'achète pas l'amour.
3. Il est plus facile d'emprunter un million de dollars avec un million en poche qu'un dollar avec un seul dollar.
4. Le crédit fait le bonheur (le sexe aussi).

Payer en nature, en culture et en confitures

Pour ma part, je règle tout comptant, sauf le sexe, que je paye en nature, en culture et en confitures. Il paraît que je suis résolument atypique, à contre-zeitgeist. Et malgré ce que peuvent croire mes beaux-fils, qui m'ont vue à TLMP, je suis loin d'être riche. (Note aux beaux-fils: il n'y a que Guy A. de millionnaire à TLMP, les autres empruntent). Je gagne moins qu'une journaliste lock-outée du Journal de Montréal, j'ai un statut précaire et... aucune dette. Zéro, comme dans zilch.

Comment j'ai fait ça? D'abord, je suis une moumoune finie; j'ai ce qu'on appelle une «tolérance au risque» (financier, s'entend) très réduite et proche de l'aversion. Un peu plus et je foutrais tout sous le matelas, dans un bas de laine. Ensuite, je fréquente les banques avec parcimonie et me pince le nez devant ce qu'elles représentent en establishment patriarcal de droite.

Et surtout, mes premières leçons de finance ne me viennent pas de Visa, mais de mon papa: lui aussi payait cash, mais il en faisait pas mal plus que moi. N'empêche, il m'a enseigné un truc: si tu n'as pas l'argent, tu t'en passes.

En 2011, cette idée peut sembler follement extravagante, je sais. Mais ça me permet de demeurer libre, de voyager léger. Et d'avoir du «vieux-gagné» de réserve. Juste un petit coussin pour ne pas me retrouver le cul sur la paille.

Parlant de paille (ou de foin), bientôt nous n'aurons plus une cenne. La Banque du Canada, qui nous «prête» la monnaie sans intérêt (elle est généreuse!), s'apprête à retirer tous les sous noirs de la circulation parce qu'ils coûtent plus cher que leur valeur à produire.

Je vous gage un gros cinq cennes en bois que les sans-le-sou seront légion en 2011. Malgré tout, je vous souhaite une année riche et prospère.

Ça ne coûte rien...

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cherejoblo@ledevoir.com

Twitter.com/cherejoblo

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Visité: le site http://www.fcac-acfc.gc.ca/iTools-iOutils/CreditCardCalculator-fra.aspx qui nous aide à calculer les intérêts accumulés sur une carte de crédit si on ne rembourse pas le solde chaque mois. Effarant. Si on ne fait aucun nouvel achat et qu'on rembourse ses 1000 $ de crédit à raison de 3 % du solde par mois (avec un taux de 20 %), il faudra 11 ans pour éponger la dette. Et les intérêts seront de 990 $! Et si vous remboursez seulement 2 % du solde chaque mois (BMO, par exemple), il vous faudra 26 ans et cela vous coûtera 3000 $ d'intérêts. Bonne chance si vous utilisez vos deux cartes de crédit en même temps (la moyenne nationale).

Lu: quelques-unes des fables d'Alexandro Jodorowsky (Jodo pour les intimes) dans Les araignées sans mémoire et autres fables paniques (Albin Michel). Après Jean de la Fontaine, sa cigale et sa fourmi, Jodo nous sert des fables avec des animaux, des humains, des vampires et même des microbes. Vous lirez la 91e, sur un vendeur de merde, et la 67e, 53 morales en quête de fable, dont celle-ci: «Il faut enseigner aux riches à donner et aux pauvres à ne pas demander.»

Feuilleté: le magnifique ouvrage de l'ornithologue et ingénieur écologue Philippe J. Dubois: 365 jours avec les oiseaux (La Martinière). Pour chaque jour de l'année, on nous présente un oiseau en photo et ses parades colorées. Le livre, écrit à la première personne, donne un point de vue personnel sur l'oiseau, son habitat, sa façon de survivre dans la plus grande simplicité. En date d'aujourd'hui: le merle noir (inconnu en Amérique mais aussi commun que notre moineau urbain). Une ode à la biodiversité sur tous les continents. Un livre à laisser traîner pour nous rappeler qu'on peut voyager léger.

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Joblog - Vivre léger

Un hors-série du Courrier International présente 60 tendances pour demain sur le mode simplicité volontaire, du style «troc 2.0», voyages légers en autostop, en couchsurfing et en n'emportant qu'un sac (onebag.com), vivre sans ordi, habiter un conteneur, rétrécir sa maison, redevenir locataire, se débrancher des réseaux payants (eau, électricité, gaz) pour préférer les réseaux d'énergies renouvelables comme 750 000 foyers américains qui ne sont pas tous amish. Tout est possible dès qu'on accepte de ne plus suivre le troupeau.

Certaines idées suggérées par des architectes, des designers, des cuisiniers, des stylistes, sont plus farfelues que d'autres, mais toutes ont ce petit quelque chose d'anticonformiste et de rebelle, d'original aussi, qui permet d'entrevoir la vie autrement qu'en consommateur docile qui attend son tour à l'abattoir des caisses. 8,95 $ qui les valent largement.

http://www.courrierinternational.com/magazine/2010/2010-6-vivre-leger-60-tendances-pour-demain

http://blogues.chatelaine.com/blanchette/
5 commentaires
  • Gabriel Danis - Inscrit 7 janvier 2011 01 h 00

    Jalouse des lock-outés ?

    À ma connaissance, voilà un troisième article en quelques semaines qui fait état du statut privilégié des «lock-outés» du Journal de Montréal. À croire qu'au delà de ces invectives, il se cache une jalousie inavouée, il n'y a qu'un pas...

    Pire, chroniqueuse Blanchette avançait récemment que son statut de pigiste était irrémédiablement lié avec son indépendance d'esprit. Comme si son autonomie de plume ne devait nécessairement rimer que par la précarité (bien artificielle, puisque que chroniqueuse du Devoir depuis des années) de son statut professionnel...Autant de mauvaise foi me fait craindre une jalousie dont seul le psychiatre de M. Richard Martineau pourrait venir en aide...

    Au contraire de cette pensée manichéenne, ne pourrait-on pas imaginer qu'une certaine stabilité d'emploi permet une plus grande latitude éditoriale (certes bien relative) vis-à-vis son employeur ? Bien sûr, toutes et tous n'ont pas la chance d'avoir Le Devoir comme patron...

    Gabriel Danis
    Montréal

  • Linda Dauphinais - Inscrit 7 janvier 2011 10 h 15

    Cessons les badinages...

    Un peu de sérieux vaudrait mieux que l'épanchement sexo-moteur dont il est toujours question dans vos rubriques... on peut avoir la plume facile sans cesser pour autant de vouloir véritablement creuser les sujets qui importent vraiment ... ou alors on fait partie de ceux qui veulent tenir les gens endormis... plus facile, plus tentant, plus tendance...Voici tout de même de la lecture qui informe sur les faits de la vraie vie... Tiré à part d'Hervé Kempf, Les riches qui détruisent le monde:Dans les sociétés capitalistes avancées, la fonction sociale du journaliste semble de plus en plus se résumer au maintien de l’ordre établi. Spécialiste du fait-divers, du scoop sensationnel, et de l’art d’éviter les débats fondamentaux, la communauté journalistique est souvent piégée dans l’engrenage de l’économie capitaliste, là où les jeux d’intérêts dictent les lignes éditoriales. Le journaliste français Hervé Kempf, qui s’intéresse à l’écologie depuis une vingtaine d’année déjà dans des publications comme Le Courrier international, La recherche, et maintenant le Monde, est toutefois un rare exemple d’un journaliste capable de prendre position contre les idées reçues. Avec son dernier ouvrage intitulé Comment les riches détruisent la planète, Kempf se démarque radicalement de la mouvance environnementaliste dominante en démontrant l’interdépendance des crises écologiques et sociales. ...À LIRE ABSOLUMENT LA SUITE SUR LE LIEN SUIVANT... FASCINANT, PERCUTANT DE VÉRITÉ ET D'INTELLIGENCE: http://interventionseconomiques.revues.org/613
    ===========
    http://www.monde-diplomatique.fr/mav/99/KEMPF/1615
    Hervé Kempf - Comment les riches détruisent le monde - in Manière de voir n°99, Juin-Juillet 2008
    http://www.toupie.org/Citations/Oligarchie.htm

  • Helene Bouchard - Inscrite 7 janvier 2011 14 h 34

    Leçons d'économie

    C'est bien d'avoir des leçons d'économie...c'est mieux que des leçons de morale.
    Pour certains, la simplicité volontaire ( lire la simplicité "dite" volontaire) dans le mode de vie semble inversement proportionnel à l'égo et au mépris des autres qui n'adhèrent pas à ce mode de vie.

  • Sylvie Carriere - Inscrit 8 janvier 2011 17 h 32

    Des solutions sans la culpabilisation

    Je trouve correct les gens qui ont réussi à éviter ce fléau de l'endettement en épargnant et qui paient comptant leurs achats.

    La culpabilisation envers ceux qui sont remplis de dettes par-dessus la tête devient une action comparable à frapper quelqu'un qui se retrouve déjà coucher au sol et qu'il ne peut pas descendre plus bas, à part de l'enterrer.

    Les citoyens, que l'on nomme clients et consommateurs, se voient entraîner dans une espèce de spirale économique de la consommation.
    Car c'est elle qui décide ce que l'on doit manger, porter, etc.
    Les banques, elles aussi sont grandement responsables de la crise qu'une partie de la population subit actuellement, parce que ces institutions souffrent d'un problème d'avidité.

    Présentement, les individus, en quête d'espoir, ont besoin de voir une lumière au bout du tunnel.

    À chaque problème se greffe une solution.
    Donc, les personnes atypiques avec zéro dette pourraient nous dévoiler leurs petits trucs qui permettraient à d'autres de changer certains comportements qui leur coûtent cher.

  • coral - Inscrit 13 février 2011 11 h 36

    plume

    chère joblo merci pour votre plume,ça nous change du journal pkp,
    des platitudes de nos insignifiants (charets harper tremblay labeaume


    sasarko palin ¨la liste est longue je vous épargne la suite¨ ) nous lisons le devoir surtout le vendredi
    famille cormier