Pour des importations privées disponibles à tous!

Original Czechvar
Photo: Jean Aubry Original Czechvar

Sous quels auspices s'annonce le millésime 2011? Pluies démentielles en Australie, froid de canard dans l'Hexagone, hausse de cinq sous la bouteille de vin à la SAQ: rien n'indique que l'année qui vient ressemble à celle liquidée il y a à peine une semaine de cela. C'est la vie qui veut ça, paraît-il; jamais satisfaite de faire du surplace, la voilà toujours impatiente de nous placer dans une position où on ne la voit pas venir.

Je réfléchissais au sens de tout cela lorsque m'est revenue en mémoire cette suggestion que je livrais pour la seconde année consécutive à l'actuel président et chef de la direction de la SAQ, Philippe Duval, lors du dernier repas annuel où était conviée la presse du vin: «Alors que le segment des importations privées connaît une expansion fulgurante au Québec, ne serait-il pas logique, pour ne pas dire judicieux, de faire bénéficier à tous les Québécois de l'offre disponible concernant ces mêmes importations privées en la diffusant sur le portail saq.com

Soyons logique. Le monopole d'État est depuis 1921 le seul autorisé à faire le commerce des boissons alcooliques au Québec. Pourquoi laisserait-il dans l'ombre, loin des yeux du public, cette part grandissante de ventes qui lui assurent, qui plus est, une majoration de 12 % par rapport aux autres produits importés normalement? À l'ère de la Grande Toile et des petits téléphones intelligents, tout le monde y trouverait son compte.

Comme la vie est bien faite et qu'elle nous place dans une position où on peut la voir aussi venir, la vie, je lisais le topo du collègue Bill Zacharkiw dans l'édition du 24 décembre dernier du quotidien The Gazette (www.montrealgazette.com/life/Christmas+wish+Treat+like+adults/4022091/story.html), topo où il était question, entre autres choses, de la commercialisation des produits d'importation privée.

À la diffusion grand public de l'information des produits disponibles dans ce créneau spécifique suggérée par l'auteur de ces lignes, l'ami Bill proposait pour sa part une commercialisation plus aboutie du produit, facilitée par exemple par l'achat en magasin avec la latitude pour l'amateur de s'approvisionner à l'unité ou en caisses panachées. Actuellement, selon mes sources, seule la boutique-restaurant Les Cavistes à Montréal (4115, rue Saint-Denis, 514 903-5089) offre une telle possibilité, dans la mesure où le client joint à l'achat du ou des flacons désirés un plat préparé à emporter. Légalité oblige.

J'ai toujours pensé, et je le pense encore, que notre monopole d'État se doit de responsabiliser les agences qui lui proposent leurs produits. Qu'ils entrent dans les catégories «courants», «en continu», «en spécialité» ou «en importation privée».

J'ai toujours pensé aussi qu'une agence qui flaire la tendance connaît bien le marché et qu'une clientèle spécifique à laquelle elle destine ses produits devrait être libre de disposer des stocks qu'elle serait alors en mesure d'écouler le plus librement du monde sur le marché. Jusqu'à la dernière goutte, sans perdre une vente. Sinon, eh bien sinon, comme dans le contexte de l'entreprise privée, elle devrait en assumer les conséquences financières.

Que se passe-t-il au Québec?

Que se passe-t-il aujourd'hui au Québec? L'offre n'a jamais été aussi large et la demande pour le bon vin, aussi soutenue, surtout à l'intérieur des trois dernières catégories.

Pourquoi la SAQ ne concentrerait-elle pas ses efforts à commercialiser ces produits courants disponibles toute l'année dans l'ensemble du réseau de ses 411 succursales — la base, en quelque sorte —, laissant les agences promotionnelles s'engager plus à fond dans le choix de produits qui cibleraient, selon les régions, une clientèle plus pointue?

La SAQ n'y perdrait pas au change. En vendant, comme elle le fait déjà, «l'espace tablette» au plus offrant (dans ses succursales ou dans d'autres boutiques exploitées par des particuliers), elle se mettrait du coup à l'abri du feu parfois nourri de critiques qui lui reprochent tout à la fois de ne pas commander assez de produits, de les libérer trop tard et au mauvais endroit. Un voeu du Nouvel An? Faudra que j'en parle à l'ami Bill, tiens!

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Ami lecteur qui «fait ce que boit» mais qui souhaiterait tout de même dissiper les dernières molécules de polyphénols encore coincées entre la glotte et l'amygdale, j'ai une petite nouvelle de dernière heure pour vous!

Encore une fois, selon des sources intarissables dont j'ai peine moi-même à remonter le cours, il semblerait qu'une agence québécoise soit sur le coup en réactivant la filière d'importation de la fameuse bière de la République tchèque, la bien nommée Pilsner Urquell ****.

Mise au monde en 1842 par Josef Groll mais disparue progressivement des tablettes de la SAQ en 2003, en raison sans doute de la distraction d'un agent qui visiblement ne savait pas qu'il avait là de l'or en bouteille, cette pils bien nette, tonique, légère, subtile et finement houblonnée que tout amateur sérieux écluse à la fin d'une journée intensive de dégustation de vins devrait, je dis bien devrait, si les astres le permettent, voir le jour en tablettes chez nous en 2011.

Pour l'amateur pressé, sachez que cette pils est actuellement disponible au LCBO ontarien au coût ridicule de 2,35 $ les 500 ml (255380). Pour les autres, un rien plus patients, portez votre choix sur une autre candidate, une lager cette fois, plus pleine, plus substantielle mais toutefois aussi légère: Original Czechvar, Lager, République tchèque (3,15 $ les 500 ml - 10369717 - ***). Et que ça mousse chez vous!

-Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

-Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2011 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l'émission d'Isabelle Maréchal sur les ondes du 98,5 FM.

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www.vintempo.com

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Les vins de la semaine

La belle affaire - Rapsani 2007, Tsantali, Grèce (11,80 $ - 590836)

Les cépages xinomavro, krassato et stavroto se la coulent douce sur le versant sud du mont Olympe depuis la nuit des temps, mais c'est au grand jour qu'ils développent leurs caractères affirmés, paysans et rustiques, jouant la cerise noire sur une trame tannique ferme, fraîche et énergique. 1

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Le riesling - Kitterlé Grand Cru 2005, Domaine Schlumberger (32,25 $ - 727974)

Il faudra vous déplacer chez Signature pour tâter du terroir à son meilleur car ici, il porte, endimanche, illumine, élève et donne des ailes au cépage avec une facilité plus que déconcertante. C'est diablement sec et tonique, précis comme le scalpel, d'une éternelle longueur. 2

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La primeur en blanc - Bourgogne Aligoté 2009, Bouchard Père & Fils (14,85 $ - 464594)

Vous prévoyez la fondue au fromage après l'exercice au grand air ou le simple apéro en attendant plus substantiel? Cet aligoté bien mûr, mais aussi tonique et friand en raison de sa sapidité, avivera les palais blasés et croulant sous les victuailles ingurgitées pendant les Fêtes. 1

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La primeur en rouge - Clos Bagatelle «Veillée d'Automne» 2007, Saint-Chinian (19,65 $ - 979229)

Il est épatant de constater que le Languedoc, et peut-être précisément cette appellation, a gagné en élégance et en fraîcheur avec des flaveurs nettes et des tanins parfaitement maîtrisés. Il y a de la volupté ici, de la mesure, un grain fin, patiné, doucement épicé. 1

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Le vin plaisir - Mas Cal Demoura «L'Infidèle» 2007, Terrasses du Larzac (21 $ - 973255)

Voilà un cru véritable à l'intérieur de cette appellation du Languedoc, révélateur par l'expression terrienne du terroir qu'il imprime au fruité, un cru illuminé de l'intérieur, radieux, de grande profondeur. C'est net et épuré, étoffé, de texture et fraîcheur idéales. 2