2011, une page blanche?

La nouvelle année serait excitante si elle se présentait sous forme d'un beau cahier neuf avec des pages toutes blanches sur lesquelles on pourrait écrire ce que chaque jour va nous apporter de joies ou de défis nouveaux. Mais ça ne sera pas le cas. 2010 se termine à peine que nous savons déjà que l'ardoise n'a pas été nettoyée, que l'abcès n'a pas été crevé et qu'il faudra reporter à 2011 tout ce qui est resté en plan en cette toute fin de la première décennie du XXIe siècle. Je vous épargnerai la longue liste des choses qu'on va devoir régler, car vous les connaissez aussi bien que moi.

Je crois que nous serons tous d'accord pour dire que 2010 aura été, pour nous, Québécois, l'année du grand réveil. Nous dormions sur nos deux oreilles pendant que des voleurs vidaient notre maison. Nous avons bien dû admettre que nous étions, en plus, les artisans de notre propre malheur, car nous nous en étions lavé les mains en cessant de jouer notre rôle de citoyens. On nous répétait ad nauseam que nous ne voulions pas aller voter et nous avions fini par croire que c'était vrai.

Allez donc savoir pourquoi nous avons choisi de laisser faire à peu près n'importe quoi en notre nom. Pourquoi, du véritable scandale du CHUM à celui des gaz de schiste, des débordements des urgences aux énormes pertes de la Caisse de dépôt, notre silence a-t-il été complice de mauvaises décisions qui ont mis tant de temps à soulever notre colère?

Pourquoi avons-nous confié le volant à un premier ministre qui n'aurait jamais dû avoir son permis de conduire et qui semble croire qu'il lui suffit de dire que «tout va bien sur le plan économique» pour que nous fermions les yeux sur tout ce qui va mal? Pourquoi la commission Bastarache était-elle une urgence nationale alors qu'une commission sur la collusion et la corruption dans le milieu de la construction, sur les octrois de contrats à Québec et dans les municipalités et sur les échanges d'enveloppes de toutes les couleurs n'a pas pu trouver de défenseurs chez ceux qui détiennent le pouvoir? Des questions auxquelles il faudra bien trouver des réponses.

2011, une année d'élections


Les derniers sondages semblent démontrer que les citoyens du Québec réclament des élections dès 2011. Pas dans deux ans... mais maintenant. Ils ont réclamé haut et fort le départ de Jean Charest en répondant aux sondages, en signant une pétition en ligne, mais ils ont dû se rendre à l'évidence: rien n'est prévu pour démettre un premier ministre de ses fonctions dans notre système. Seule une élection peut trancher. Peut-être serait-il temps de se donner, comme c'est le cas aux États-Unis, une procédure de destitution d'un chef de gouvernement, en respectant toutes les étapes prévues démocratiquement, afin de «congédier» un premier ministre qui a failli à la tâche. C'est sûr qu'on va commencer par nous dire que c'est impossible, mais on peut penser qu'il y a ici suffisamment de compétences pour trouver une solution.

Le dernier sondage publié dans La Presse (SOM) le lundi 27 décembre dernier indique que 77 % des répondants pensent que Jean Charest devrait quitter la tête de son parti. Ce taux atteint 81 % chez les francophones.

Par ailleurs, 63 % des répondants pensent que Pauline Marois devrait faire la même chose. Ce qui est intéressant dans le cas de Mme Marois, c'est le partage entre les hommes et les femmes. Ainsi, 70 % des hommes pensent qu'elle devrait partir... contre 56 % des femmes. Serait-il faux de penser que les hommes ont du mal à accepter qu'une femme puisse devenir première ministre, malgré ses compétences et son expérience? En 2011, les femmes pourraient faire la différence.

L'ardoise est entre nos mains et nos têtes citoyennes. On a toujours la possibilité de faire semblant qu'on dort. Sauf que, si c'est le choix qu'on fait, il ne faudra pas s'étonner un jour de découvrir que des «méchants» nous ont volé, non seulement tout ce qu'il y avait à l'intérieur de la maison, mais aussi la maison. Il sera alors bien tard pour agir.

Je ne sais pas ce qui va se raconter dans les familles en ces premiers jours de l'an nouveau. 2011 peut être une belle année, une année de grand cru, une année dont on se souviendra longtemps si on sait rester unis afin de représenter une vraie force devant ceux qui ont exploité notre patience jusqu'à la corde. Il y a un vrai travail de nettoyage à faire.

Je vous souhaite donc, pour 2011, le courage d'aller jusqu'au bout. Et le plaisir de pouvoir dire à vos enfants et à vos petits-enfants que vous avez participé à la grande corvée de nettoyage avant qu'on commence à manquer d'air. Bonne année 2011.

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