Drôle d'année pour la gestion alternative

L'année 2010 s'annonce pour avoir été plutôt bigarrée en matière de rendements sur les marchés. Et si les grands indices boursiers nord-américains parviendront à afficher une performance dans les deux chiffres, 2010 aura tout de même été une année au cours de laquelle les investisseurs, plus que jamais animés d'une aversion au risque, ont recherché de nouvelles approches combinant faible risque et rendement élevé. Historiquement, la gestion alternative tente d'offrir ce modèle. Dans cet univers, la gestion dite directionnelle s'est de plus en plus démarquée.

L'année 2010 n'a pas été très mirobolante pour la gestion alternative lorsque comparée à la poussée de 12 % du S&P/TSX ou de son correspondant américain, le S&P 500. Selon une compilation de edhec-risk, au 30 novembre dernier, dans la famille des hedge funds, la stratégie ayant offert le meilleur rendement proposait, après 11 mois, une croissance de 10,7 %. Elle a été observée dans le segment «distressed securities», une stratégie qui consiste à investir dans des entreprises en redressement ou à vendre à découvert des titres de sociétés dont le cours est susceptible d'être affecté par une situation difficile. Les arbitrages impliquant des titres convertibles suivent, en offrant un gain de 10,5 % après 11 mois. À l'inverse, les stratégies faisant appel à la vente à découvert pure affichaient un rendement négatif de 12,3 %.

Entre les deux, les diverses stratégies ou approches composant l'univers des fonds alternatifs proposaient un rendement moyen de 6,5 % après 11 mois cette année.

Conçus pour se nourrir de la volatilité, ces hedge funds sont reconnus et appréciés pour offrir le profil de risque des obligations et la performance des actions. La tempête de 2008 ne les a toutefois pas épargnés. Les premiers à tomber lors de cette violente chute des marchés ont été les fonds qui s'en remettaient à des arbitrages faisant appel au levier, à l'endettement. D'autres familles ont écopé parce que leur stratégie reposait sur des produits dérivés ou hybrides, désavoués en 2008, ou parce qu'ils subissaient l'effet de domino sous le poids d'une structure de fonds de fonds. Stratégies d'arbitrage, de ventes à découvert ou de jeux d'écart, amplifiés très souvent par le recours au levier, ces fonds de fonds, articulés sur le thème de la diversification, ont multiplié les combinaisons d'éléments qui se sont comportés plutôt mal l'an dernier. Mais dans l'ensemble, le modèle n'a pu résister au stress extrême de 2008, la pression étant amplifiée par les retraits massifs.

Mais dans un environnement moins émotif, ils jouent leur rôle. Ils répondent à ce besoin des investisseurs qui, dans cette quête de rendement, recherchent des stratégies ou des titres offrant un potentiel de rendement plus élevé que le faible taux offert par les obligations gouvernementales, sans corrélation avec le risque boursier.

Dans ce mouvement, dans ce retour des fonds alternatifs dans les bonnes grâces, nombre de gestionnaires jettent davantage leur dévolu sur l'approche «long-short», ou acheteur-vendeur. William-André Nadeau, président du cabinet Orientation Finance, est un partisan de cette gestion dite directionnelle. «Un fonds acheteur-vendeur offre une option de rechange aux obligations, sans miser sur un accroissement de la portion "actions". Il n'y a également pas de produits dérivés d'impliqués. Ce ne sont que des obligations et des contrats à terme», dit-il.

Dans le classement edhec-risk, l'approche acheteur-vendeur appliquée aux actions a généré un rendement de 6,2 %. «La méthode directionnelle a été négative durant les huit premiers mois de l'année et très efficace durant les quatre derniers mois. L'instabilité reliée à la crise obligataire et les craintes exagérées d'un risque de rechute [de l'activité économique] a provoqué cette instabilité dans les tendances. C'est tout le contraire à la fin de l'année, l'économie affichant une direction plus claire.»

Le gestionnaire d'Orientation finance ajoute qu'en moyenne, «il y a instabilité directionnelle le tiers des périodes, mais elles sont heureusement courtes».

Historiquement, la méthode boursière à valeur quantitative directionnelle a réussi à «surperformer» le S&P 500 par plus de quatre points de pourcentage par année, et ce, depuis 1926. La méthode directionnelle pure dite «trend following» (qui consiste à suivre la tendance) appliquée à la gestiosn des contrats à terme a réussi, depuis 30 ans, à obtenir un rendement de 20 % par année, sans aucune corrélation avec le marché boursier. Ce rendement représente 10 points de pourcentage de plus par année que le S&P 500.

Dans le jeu des comparaisons, selon une évaluation du cabinet Daniels Trading, sur 14 ans, la gestion directionnelle aurait donné un rendement de 14 % par année, contre 9,8 % pour Warren Buffet, 5 % pour le S&P 500 et 3,7 % pour un fonds d'investissement.