Le bulletin de l'opposition

Moins d'un Québécois sur dix voudrait d'un gouvernement formé par Québec solidaire, mais Amir Khadir incarne très bien l'espoir d'une autre façon de faire de la politique. Il a joint le geste à la parole en remettant à l'escouade Marteau un dossier étoffé sur les prête-noms utilisés par les firmes de génie-conseil. La motion qu'il a présentée à l'Assemblée nationale a mis en lumière le profond embarras que l'affaire Michaud cause toujours au PQ. A

Avec son étonnant résultat à l'élection partielle dans Kamouraska-Témiscouata, l'ADQ a confondu tous ceux qui la croyaient agonisante. Gérard Deltell a reçu un vote de confiance à la soviétique au congrès du mois dernier. Il a frappé dans le mille en qualifiant Jean Charest de «parrain» et en refusant de s'excuser. Il n'a malheureusement pas réussi à récupérer les deux brebis égarées. A-

À force de persévérance, Sylvain Gaudrault (Jonquière) a convaincu l'Assemblée nationale de blâmer Hydro-Québec, qui devra rendre publics les contrats qu'elle voulait garder cachés sous des prétextes qui ont été jugés fallacieux. B

L'occasion fait le larron, dit-on. Encore faut-il la saisir. Le député de Blainville, Daniel Rhatté, est sorti de l'anonymat à la faveur des nombreuses allégations qui ont éclaboussé le monde municipal, que le gouvernement a laissé se transformer en «Far West éthique». Des deux côtés de la Chambre, on salue sa performance. B

Depuis son élection dans Crémazie, Lizette Lapointe a eu le bon goût de se faire discrète. L'ex-première dame du Québec a fait ses devoirs consciencieusement et ses dénonciations des mauvais traitements trop souvent infligés aux personnes âgées ont fait mouche. B

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Agnès Maltais (Taschereau) ne ménage pas ses cordes vocales, mais les questions de santé n'ont pas eu le même impact qu'au cours des sessions précédentes. Dans le dossier de la surfacturation du médicament Lucentis, elle a quand même réussi à confondre le ministre Yves Bolduc, qui prétendait avoir reçu tout récemment un rapport qui datait de 2007. B-

Depuis qu'il a été nommé critique en matière de transports, Nicolas Girard (Gouin) n'a pas eu autant de succès qu'avec les garderies, mais il a visé juste en dévoilant les mandats parfois ridicules qui ont été confiés à prix fort à la firme National. B-

Les interventions de Bernard Drainville (Marie-Victorin) sont toujours mordantes, mais il a nettement moins de visibilité qu'il en avait à la Santé. Dans son plaidoyer en faveur d'une exploitation rapide du gisement Old Harry afin de contrer Terre-Neuve, il s'est retrouvé en porte-à-faux avec Pauline Marois, qui avait réclamé un moratoire. Il est embarrassant d'être perçu comme un dauphin quand la chef doit bientôt se soumettre à un vote de confiance. C

Personne ne doute de la compétence en matière de finances publiques de Nicolas Marceau (Rousseau), mais il n'est pas le plus efficace à la période de questions. Sa contribution aux travaux de la commission parlementaire des Finances publiques est cependant très appréciée. C

Tous ceux qui ont eu à se mêler du dossier de la corruption ont eu leur moment de gloire, mais Stéphane Bergeron (Verchères) n'a pas fait beaucoup avancer le dossier en lisant à l'Assemblée nationale une interminable pétition réclamant une enquête publique, où apparaissait le nom de presque toutes les municipalités du Québec. C

On conviendra facilement qu'Yvon Vallières n'est pas le meilleur président que l'Assemblée nationale ait eu, mais cela ne justifie pas l'attitude cavalière de Stéphane Bédard. Il est vrai que Jean-Marc Fournier est fendant, mais son vis-à-vis péquiste ne fait rien pour améliorer le climat. C-

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Pierre Curzi (Borduas) est un être de passion, sans conteste le meilleur orateur de son camp, mais son jugement est parfois douteux. Voir le Canadien au centre d'un complot fédéraliste parce qu'il ne compte pas suffisamment de joueurs francophones était franchement ridicule. D

Comment Danielle Doyer (Matapédia) peut-elle prétendre avoir voté «en son âme et conscience» en faveur de la motion qui a blâmé Yves Michaud le 14 décembre 2000 alors qu'elle ne pouvait pas savoir ce qu'il avait dit? D

La palme de la bêtise revient cependant à Sylvain Simard (Richelieu). Non seulement refuse-t-il de présenter des excuses à M. Michaud, mais il réitère au surplus que celui-ci a tenu des propos antisémites «abjects», dans lesquels même le président de la section québécoise B'Naï Brith, Robert Libman, n'a pourtant rien vu de répréhensible. E

Lapsus et oubli

Un malheureux lapsus m'a fait appeler la ministre du Travail Lise Thibault. Il s'agit bien sûr de Lise Thériault. Toutes mes excuses.

Dans mon dernier bulletin ministériel, j'ai malencontreusement oublié la ministre de la Famille, Yolande James. Elle a systématiquement refusé de rendre publics les rapports d'évaluation sur la base desquels des places en garderie ont été octroyées à des amis libéraux. Même l'opposition reconnaît toutefois que sa directive interdisant l'enseignement religieux dans les garderies est un pas dans la bonne direction. C

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mdavid@ledevoir.com
10 commentaires
  • Erwan Basque - Inscrit 18 décembre 2010 07 h 25

    Viens voir les comédiens !

    Bonjour à tous,
    Jouer le rôle de politicien est le plus grand rôle de comédien au monde !En s'agitant sur la scène de l'Assemblée Législative, les partis en présence ont volé le show chacun à leur façon, dépendant du rôle qui lui est imparti. Et la foule a eu son content d'oignons, d'un côté comme de l'autre où nous nous situons dans le spectre politique.
    Effectivement, que ce soit dans l'Agora ou dans l'arène politique, ces comédiens payés grassement pour ce faire et beaucoup plus que les comédiens qui s'agitent sur la scène du théâtre ont le même rôle, soit de faire vivre des catharsis à la foule qui en redemande pour se purger de ses frustrations personnelles, et quelques fois même à en tomber en transes devant cet illustre porte parole dont le rôle dans une joute verbale est de faire tomber l'autre, à tout le moins de lui faire perdre la face afin de plaire à ses thuriféraires.
    Par ailleurs, les politiciens sont grassement payé pour jouer ces rôles de comédiens dans l'Agora contrairement aux autres qui sèchent littéralement dans le milieu du théâtre. En servant d'écran de fumée pour permettre au VRAI POUVOIR de tirer les ficelles tout en restant incognito et invisible, les comédiens politiciens s'agitent et gueulent à qui mieux mieux en orientant les yeux de la foule en colère sur eux en monopolisant l,espace public afin de laisser croire au petit peuple que la démocratie existe et que cette plèbe a fait le choix objectif de les représenter dans la gouvernance étatique tout en étant des pantins dont les ficelles sont tirés hors des regards détournés par eux. Ainsi, le peuple y croit, le comédien joue bien son rôle de faire semblant de gouverner au pouvoir et du côté de l'opposition, le rôle dévolu est de faire semblant de critiquer toujours sous le regard du pouvoir qui reste obscur en étant jamais identifié.
    Finalement, est-ce que le prix payé en impôts pour ce billet factice en valait le prix ? Me

  • Bernard Gervais - Inscrit 18 décembre 2010 09 h 35

    Encore Khadir !

    Bon, étant donné les résultats du sondage paru cette semaine concernant la popularité des politiciens québécois, je m'attentais un peu à ce que le député de Mercier, Amir Khadir, obtienne aussi une très bonne note dans votre nouveau bulletin de l'opposition.

    Certes, les questions qu'il pose à l'Assemblée nationale, par exemple, sont toujours assez pertinentes. Cependant, on peut en dire tout autant pour plusieurs autres députés. Par conséquent, le fait que vous lui donniez la meilleure note me semble un peu exagéré.

    On dirait que certains journalistes sont fascinés par M. Khadir. Il faut dire que c'est tentant pour eux. Ce politicien est intelligent. De plus, étant donné qu'il est à la fois l'un des 2 chefs de sa formation (l'autre est Mme David) et son seul élu, il n'a pas à suivre de ligne de parti et, par conséquent, peut se permettre de parler plus librement.

    Cet intérêt pour lui, toutefois, m'apparaît parfois démesuré. Je ne compte plus le nombre de reportages consacrés aux réactions des partis d'opposition à tel projet de loi et dans lesquels on accordait autant d'Importance aux propos de M. Khadir qu'à ceux de Mme Marois, même si celle-ci est le chef de l'opposition officielle et que son parti compte une cinquantaine de députés. Franchement !

    Un oubli, d'après moi, dans votre bulletin d'aujourd'hui, soit Bertrand Saint-Arnaud (Chambly), un député qui a posé cet automne de très bonnes questions au Gouvernement concernant la corruption dans l'industrie de la construction !

  • Jean Martinez - Inscrit 18 décembre 2010 10 h 40

    Pierre Curzi et le CH

    Désolé de vous contredire Monsieur David, mais il est loin d'être certain que Pierre Curzi a tort quand il parle du CH. Il ne faut pas oublier que deux Québécois francophones (Péladeau et Angelil) voulaient acheter et ils se sont fait doublés par une bonne famille canadienne anglaise de Westmount avec la complicité de Gillett et d'hommes d'affaires de Toronto.

    Le CH est probablement le plus puissant symbole identitaire canadien sur le territoire du Québec et ce n'est pas pour rien que le nouveau slogan de l'équipe est "Nous sommes Canadiens". Un pur hasard, je suppose?

    Le CH est un véhicule politique et les Québécois devraient se le tenir pour dit lorsqu'il paient le prix fort pour aller voir une bande de millionnaires étrangers. À mon avis, les amateurs de sport du Québec sont autrement mieux traités à la boxe, avec des athlètes de haut niveau qui chérissent le Québec, comme Jean Pascal, Lucian Bute et David Lemieux.

  • Nestor Turcotte - Inscrit 18 décembre 2010 12 h 16

    Pauline Marois

    JE ne vois pas de note à Pauline Marois.

    Est-elle en dehors du tableau?

  • Gilles Bousquet - Inscrit 18 décembre 2010 16 h 19

    Le futur de Yolande James

    Mme James n'est pas dans un bon parti. Elle est obligée de cacher les informations sur l'octroi des places en garderies, sous les ordres de M. J.J. Charest mais, elle apparaît une femme posée, intelligente, bilingue et polie. Tout ce qu'il faut pour devenir chef du PLQ. Vous saurez me le dire.