Des écrivains pour Noël

C'est un bien beau cadeau que nous fait Marie-Andrée Lamontagne, écrivaine, traductrice et éditrice, en nous offrant ces Noëls d'écrivains, un recueil d'extraits de romans, de nouvelles, de contes, de pièces de théâtre et de poésie qui s'inspirent tous du mystère de Noël.

L'ancienne directrice des pages culturelles du Devoir a raison: fête chrétienne, mais aussi fait de civilisation, Noël «est un état d'esprit, même en creux, même hors-champ». Or, même si cette fête «a fourni à la littérature un riche matériau», celui-ci est plutôt dispersé ici et là dans les oeuvres. En réunissant 42 extraits des oeuvres de certains des plus grands écrivains occidentaux (le seul Québécois retenu est André Langevin), Lamontagne nous offre enfin, en un seul volume, un Noël littéraire éclectique, mais substantiel.

Il y a, d'abord, le Noël de la tradition. Prix Nobel de littérature en 1909, la romancière suédoise Selma Lagerlöf, quand elle raconte un Noël de son enfance, n'évoque pas sa hâte de jouer, mais plutôt sa hâte de lire. «On a le droit de tirer une petite table au chevet de son lit et d'y poser une bougie, et puis on a le droit de lire aussi longtemps qu'on le désire, se réjouit-elle en pensant au soir du réveillon. Et cela constitue le plus grand des plaisirs de Noël.» Y a-t-il encore des enfants, aujourd'hui, pour rêver ainsi au plaisir d'une telle lecture libre?

Colette, elle, «un maître de style» qui écrit «le bonheur d'être vivant», selon la belle formule de Lamontagne, évoque, en 1950, sa mère athée qui, attendrie par les croyances de sa petite fille, se prête au jeu de Noël. On retrouve aussi le Dom Balaguère, celui des Trois messes basses (1869) de Daudet, expédiant le rite parce qu'il rêve aux dindes, de même que le Scrooge (1843) de Dickens, avant sa surexploitation hollywoodienne.

C'est Rainer Maria Rilke, toutefois, qui vole la vedette dans cette première partie. La petite Élisabeth de son conte L'Enfant Jésus (1893) émeut profondément. Orpheline maltraitée, elle a pris l'habitude d'aller prier en forêt, au pied d'une statue de la madone. «Si tous les autels du pays n'avaient qu'un seul fidèle de cette sorte, écrit Rilke, Dieu ne pourrait pas ne pas se pencher sur le monde!» Le soir de Noël, elle décore un petit sapin qui fait face à la statue, pour réveillonner avec l'esprit de sa maman morte. «La vaste forêt semblait fêter tout entière la naissance du Christ», suggère l'écrivain, pendant que la petite partage son gâteau avec de grands oiseaux noirs. Mais il fait froid, il neige et la petite rêve, dort... Il est beau, mais triste et déchirant, l'Enfant Jésus de Rilke.

Il y a, ensuite, le Noël de la fiction, celui des Pirandello, Christie, Blixen, Capote, Saramago et plusieurs autres. Celui de Maupassant, par exemple, qui fait sourire, avec cette histoire d'un vieux garçon qui, le soir du réveillon, décide de faire la fête en attirant une grosse fille de joie dans sa chambre. Au moment de passer à l'acte, la femme des plaisirs se met à gémir, à se tordre de douleur et finit par accoucher! Pas grosse pour rien, la belle madame. Notre homme devra assurer la subsistance du petit, né chez lui. «Et voilà pourquoi je ne réveillonnerai plus jamais», conclut-il.

L'impérialisme du Père Noël

«Avant l'arrivée du tonitruant et impérialiste Père Noël, écrit Marie-Andrée Lamontagne, n'était-ce pas l'Enfant Jésus qui déposait les étrennes dans les souliers des enfants sages?» Le petit Yves Frontenac, alter ego de François Mauriac dans Conte de Noël (1938), veut en avoir le coeur net. Il souhaite le voir faire, même si sa mère lui rappelle que Jésus «veut qu'on l'aime sans l'avoir vu». Alors, il reste éveillé, observe et découvre la plus grande des vérités: «Bien sûr, c'était maman qui, après s'être attardée autour de la cheminée, s'approchait de mon lit. Mais Lui vivait en elle: je ne les séparais pas l'un de l'autre: ce souffle dans mes cheveux venait d'une poitrine où Dieu reposait encore.»

Dans une chronique parue en janvier 1909, le romancier et critique anglais G. K. Chesterton présente à ses lecteurs «quelques livres à ne pas offrir à Noël». Plein d'ironie, cet exercice n'est que prétexte pour présenter sa conception du monde. «Privés de l'idée de transcendance, explique-t-il, les gens meurent, et c'est de froid qu'ils meurent.» S'amusant aux dépens d'un ouvrage intitulé Les Fondements scientifiques du socialisme, Chesterton réserve une réjouissante claque aux positivistes. «Les vrais fondements de la vie n'ont rien de scientifique, écrit-il. Au plus profond, les fondements de la vie sont sentimentaux. D'un strict point de vue arithmétique, nul n'est tenu de vivre. Chacun peut mourir demain matin, et sans raison. D'un point de vue sentimental, la plupart des gens éprouvent un très vif désir de vivre — en particulier à Noël.» Bien dit.

Un extrait des Misérables (1862), de Victor Hugo, domine la troisième partie de cette anthologie, dont le thème est l'attente de Noël. Exploitée par le couple Thénardier, Cosette est contrainte, en pleine nuit de Noël, d'aller chercher de l'eau à la source, dans la forêt sombre. La peur la paralyse. Le style d'Hugo, lui, dans le noir, brille. «Les forêts sont des apocalypses; et le battement d'ailes d'une petite âme fait un bruit d'agonie sous leur voûte monstrueuse, écrit-il. [...] Cela se passait au fond d'un bois, la nuit, en hiver, loin de tout regard humain; c'était un enfant de huit ans. Il n'y avait que Dieu en ce moment qui voyait cette chose triste.» La petite, justement, s'écriera «Mon Dieu!», le seau deviendra léger et la peur disparaîtra.

On ne souhaite à personne d'être seul à Noël. Coco Chanel l'a été. Le romancier Michel Déon, qui était son jeune ami, l'a accompagnée. Le délicat récit qu'il tire de cette expérience figure dans la dernière partie de Noëls d'écrivains, consacrée au «Noël noir». La vieille dame, ce soir-là, redevient une petite orpheline. «J'aurais juste aimé un peu de neige, écrit Déon, quelque chose qui fît croire que cette soirée passée à écouter le monologue d'une vieille dame pathétique ressemblait à un conte de Noël, mais il faisait simplement froid.» Pour se réchauffer, pour n'être pas seul, le romancier lira. Du Giono. L'écrivain préféré de mon frère aîné.

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louisco@sympatico.ca
1 commentaire
  • Geoffroi - Inscrit 18 décembre 2010 13 h 15

    Le joyeux Noël des petits et grands enfants

    « Quand on a bonne conscience, c'est Noël en permanence.»

    Citation de Benjamin Franklin

    « La naïveté grotesque des enfants fait peine à voir, surtout si l'on veut bien la comparer à la maturité sereine qui caractérise les adultes. Par exemple, l'enfant croit au Père Noël. L'adulte non. L'adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote.

    Citation de Pierre Desproges

    « J'ai arrêté de croire au Père Noël le jour où, dans une galerie marchande, il m'a demandé un autographe...»

    Citation de Jacques Dutronc