Tout espoir n'est pas perdu pour l'ours blanc

Photo: Archives - Le Devoir

La disparition des ours blancs de l'Arctique n'est pas inéluctable, selon deux études parues récemment, car une politique de mitigation, c'est-à-dire de réduction des gaz à effet de serre (GES), pourrait freiner la fonte de la calotte polaire.

C'est ce que soutient une équipe de chercheurs dirigée par Steven C. Amstrup, le chercheur responsable des ours blancs pour le «US Geological Survey», en Alaska. Cette étude, publiée dans le dernier numéro de la revue Nature, s'inscrit en faux contre les conclusions d'une autre étude publiée en 2007, qui prévoyait, celle-là, que les deux tiers du cheptel mondial d'Ursus maritimus pourraient disparaître au milieu du siècle si la progression des émissions de GES d'origine humaine n'était pas enrayée, voire réduite.

Ces projections pessimistes, indique l'équipe de Steven C. Amstrup, ont le défaut de ne pas tenir compte des bénéfices possibles d'une politique planétaire de mitigation du réchauffement climatique. Et derrière ce débat se profile une autre question scientifique: existe-t-il un point de non-retour au-delà duquel la banquise arctique serait condamnée à disparaître, et avec elle le cheptel des grands ursidés blancs? Pour l'équipe d'Amstrup, la réponse est non.

Cette équipe a utilisé un modèle climatique pour vérifier quels seraient les impacts d'une politique de réduction des émissions planétaires. Selon ses conclusions, la surface glacée de l'Arctique demeurera plus importante que ne le prévoit le scénario de non-intervention retenu par les autres études. En somme, si la communauté internationale s'entend d'ici quelques années sur un plan de réductions efficaces, la partie n'est pas perdue pour cette véritable sentinelle vivante de l'Arctique. Si la stabilisation du climat est réussie, ajoutent ces experts, on pourrait même assister à une certaine augmentation de ce cheptel dans la mesure où son habitat de glaces pourrait se restaurer. L'ours blanc pourrait ainsi, selon l'étude de Nature, être encore présent dans l'Arctique au XXIIe siècle.

Une autre étude, présentée celle-là à une conférence scientifique à San Francisco récemment, affirme, en se basant sur un scénario de non-mitigation, qu'une bande de glace pourrait subsister entre l'archipel canadien et le nord du Groenland en raison d'un microclimat plus froid, et cela, au moins pendant un demi-siècle. Les ours blancs auraient ainsi un dernier sanctuaire qui pourrait à la limite permettre à une petite population d'atteindre le prochain siècle.

Le problème avec toutes ces modélisations, c'est que la fonte des glaces polaires et des glaciers du Groenland semble devancer les prévisions de la plupart des modèles mathématiques...

Le thon rouge de l'Atlantique

À la récente réunion de Paris des pays membres de la commission pour la conservation du thon de l'Atlantique, les 48 membres présents ont refusé d'accorder une protection complète aux aires de reproduction de cette espèce en déclin, autant dans le golfe du Mexique qu'en Méditerranée. Ils se sont toutefois entendus pour adopter quelques mesures de protection au profit des requins-marteau et des requins-corail.

Alors que les experts européens et américains proposaient de faire passer le quota maximum de prises de 13 500 tonnes à 6000 tonnes par année, les 48 pays présents ont réduit ce quota de seulement 600 tonnes pour la Méditerranée et de 1750 pour le golfe du Mexique. Selon les experts, cette mesure de conservation aurait été d'autant plus impérative que l'espèce est victime d'une pêche illégale qui procure aux revendeurs sur le marché noir des revenus qui atteindraient le milliard de dollars.

Greenpeace propose aux amateurs de sushi de boycotter non seulement les plats de thon rouge (en anglais: bluefin tuna), mais aussi les restaurants qui servent la chair d'une espèce aussi menacée.

Le thon rouge fait partie de la «liste rouge» de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le groupe international chargé de dresser les inventaires des espèces vivantes. Déjà, le thon rouge a disparu de la mer Noire et de la mer Caspienne. L'Union européenne avait fait une demande expresse à la commission en octobre afin de réduire le quota de pêche à 6000 tonnes après que plus de 300 000 personnes eurent signé des pétitions pour protéger l'espèce.

Quant aux requins, sept espèces ont été l'objet de mesures de protection, dont six sous-espèces de requins-marteau. Une proposition en vue d'interdire l'extraction des ailerons de requins a été rejetée en raison des objections... du Japon.

Et les tigres...

À peu près au même moment qu'on discutait des thons rouges à Paris, se tenait à Saint-Pétersbourg, en Russie, une conférence ministérielle regroupant 13 pays abritant encore une population résiliente de tigres. La conférence se proposait d'élaborer une politique asiatique visant à doubler cette population animale mythique d'ici 2022.

Selon les experts réunis pour la circonstance, la population mondiale de tigres a chuté de 90 % dans le dernier siècle. Il en resterait dans le meilleur scénario 3200 sur la planète, qui ont de la difficulté à survivre en raison du braconnage et de la destruction de leurs habitats naturels.

La Russie, qui abrite les fameux tigres blancs royaux, a décidé d'investir 127 millions dans le programme mis au point par les pays participants pour relever leurs populations respectives. La Banque mondiale a aussi avancé un crédit de 100 millions aux pays qui voudraient s'en prévaloir à cette fin et le Global Environment Facility Fund, administré par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), a aussi avancé 50 millions. Et on dira que prévenir la destruction environnementale n'a pas de valeur économique: cette valeur minimale apparaît quand on réalise combien il en coûte pour réparer les pots cassés...

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Suggestion de lecture: Dossier gaz de schiste, vol. C, nos 9-10 de l'Action nationale. Ce collectif dirigé par Robert Lapalme fait le point sur plusieurs aspects d'un dossier où la vision d'ensemble n'est pas toujours disponible. On y retrouve des textes de plusieurs chercheurs et écologistes qui font notamment le point sur les impacts de cette activité sur le plan de réduction des GES du Québec et sur la gestion des dossiers par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, après 30 ans d'existence.