L'appât de quoi

Aurais-je idéalisé le souvenir des films d'Yves Simoneau? C'est la question que je me suis posée devant L'Appât, une comédie policière d'une médiocrité affolante, censée marquer pour le réalisateur un retour au bercail après presque 20 années d'exil professionnel aux États-Unis.

J'ai beau retourner ces souvenirs dans ma tête, je refuse de croire que celui qui a réalisé la série Napoléon et Les Fous de Bassan soit le même qui a commis cette farce moribonde et racoleuse, qui semble avoir été improvisée à une table de L'Express par le cinéaste et sa vedette Guy A. Lepage dans le but de répondre aux critères mal avisés de nos institutions en matière de cinéma commercial.

Impossible pour moi de croire que L'Appât soit extrait du même chaudron que celui dans lequel a cuit Pouvoir intime, le meilleur film de genre jamais produit au Québec. Sorti en 1986 sous un vent de critiques élogieuses, ce puissant thriller psychologique tiré d'un roman noir de James Hadley Chase avait un peu souffert de pousser à l'ombre du Déclin de l'empire américain, sorti la même année. Personnages étoffés, intrigue subtile fondée sur l'attente, retournements puissants et crédibles, Pouvoir intime faisait converger en douceur tous les pouvoirs d'un cinéaste en pleine maîtrise de ses moyens. On y retrouvait aussi, à l'avant-plan, de vrais acteurs: Marie Tifo, Pierre Curzi, Jacques Godin, Robert Gravel, ce dernier dans son plus beau rôle à l'écran, soit celui du gardien de sécurité à l'équilibre psychologique fragile qui refuse de sortir de son fourgon blindé après que celui-ci eut été détourné par des cambrioleurs, désormais divisés sur la marche à suivre.

Les Yeux rouges, petit film noir d'une grande efficacité tourné quatre ans plus tôt dans les rues de Québec, et Dans le ventre du dragon, fantaisie «brasilienne» de haut vol, qui verrait le jour trois ans plus tard, ont fait d'Yves Simoneau le premier vrai cinéaste de films de genre au Québec. À une époque où on ne faisait pas cette distinction, ou si peu, le cinéaste avait trouvé un moyen d'exprimer une vision personnelle à travers des modèles codifiés qu'il remodelait selon sa fantaisie.

Que celui qui a ouvert chez nous la voie à Érik Canuel (Le Dernier Tunnel) soit ensuite parti travailler aux États-Unis n'a rien de surprenant, et son succès là-bas est tout à l'honneur du pays qui l'a fait naître et grandir en tant qu'artiste. Mais parce que L'Appât est censé être le film des retrouvailles, je pose la question: où se trouve Yves

Simoneau dans ce merdier? Ou encore: pourquoi l'étrange M. Simoneau s'intéresse-t-il tant à Rachid Badouri? Certes, la réalisation technique de son film témoigne d'un métier qui échappe aux Louis Saïa (Les Dangereux) ou Robert Ménard (Cruising Bar) de ce monde. Or, de savoir que le cinéaste qui a réalisé L'Appât est en vérité doué ne fait qu'accentuer le malaise. Le film est en effet si mauvais que même le bêtisier, qui défile au générique, ne fait pas rire. Mais réjouissons-nous: le film étant à peine montrable chez nous, le risque qu'il nous fasse honte à l'étranger est quasi nul.

Joyeuses Fêtes!


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À l'affiche cette semaine

L'APPÂT
Canada, 2010, 84 minutes
Comédie policière d'Yves Simoneau avec Guy A. Lepage, Rachid Badouri, Maxim Roy.

Un agent des services spéciaux français est envoyé à Montréal en qualité de stagiaire d'un lieutenant de police naïf et gaffeur, afin de découvrir le secret que lui a révélé un comptable de la mafia.

* V.o.: Quartier latin, Place LaSalle, StarCité, Beaubien, Langelier, Lacordaire, Marché central.
* V.o., s.-t.a.: AMC Forum.

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LE COUP DE GRÂCE  (The Fighter)

États-Unis, 2010, 115 minutes
Drame sportif de David O. Russell avec Mark Wahlberg, Christian Bale, Melissa Leo.

Un aspirant champion du monde des poids mi-moyens voit ses rêves de gloire compromis.

* V.o.: Cinéma Banque Scotia, Place LaSalle, Cavendish, Colisée Kirkland, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché central. * V.f.: Quartier latin, Place LaSalle, StarCité.

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LE CYGNE NOIR (Black Swan)

États-Unis, 2010, 108 minutes
Drame de Darren Aronofsky avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis.

Obsédée par la peur de ne pas être à la hauteur, une jeune ballerine perfectionniste ayant décroché le rôle principal dans une nouvelle production du Lac des cygnes bascule dans un délire paranoïaque.

* V.f.: Quartier latin.

* V.o., s.-t.f.: Cinéma du Parc.

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LA RAFLE

France, 2009, 115 minutes
Drame historique de Roselyne Bosch avec Hugo Leverdez, Mélanie Laurent, Gad Elmaleh.

En juillet 1942, à Paris, la vie de milliers de Juifs bascule à la suite d'une rafle organisée par l'occupant allemand, de concert avec le régime de Vichy. Enfermé, un gamin tente d'échapper à un funeste destin avec l'aide d'une infirmière.

* V.o.: Quartier latin, Beaubien.

* V.o., s.-t.a.: AMC Forum.

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YOGI L'OURS

États-Unis, 2010, 83 minutes
Comédie fantaisiste d'Eric Brevig avec Tom Cavanagh, Anna Faris.

Un jovial ours parlant et son congénère, qui volent des paniers de pique-nique, viennent en aide au garde forestier.

* V.o.: AMC Forum, Place LaSalle, Cavendish, Colisée Kirkland, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché central. * V.f.: Quartier latin, Place LaSalle, StarCité, Langelier, Lacordaire, Marché central.

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4 commentaires
  • André Boileau - Inscrit 17 décembre 2010 11 h 12

    On a ce qu'on mérite

    Merci de le dire Monsieur Bilodeau, mais vous savez comme moi que le film connaitra probablement un succès, le niveau critique des Québécois ayant traversé le plancher pour se retrouver dans la cave. Médiocrité, quant tu nous tiens... (André Boileau)

  • Pierre Ostigny - Inscrit 17 décembre 2010 17 h 26

    Que dira-t-il de la critique ?

    J'ai bien hâte d'entendre ou de lire ce que Yves Simoneau aura à répliquer à cette charge à fond de train de M. Bilodeau.
    Tout ce que je peux dire c'est que je suis pas mal en accord avec ce dernier sur le fond. Il me rappelle très bien tous ses succès québécois. J'ai aussi vue Pouvoir intime et je suis d'accord que ce film était tout a fait novateur pour le Québec de l'époque. Je suis peut-être un "fan fini" du cinéma québécois mais j'oserais émettre l'hypothèse que son séjour dans le paysage américain ne l'a pas bonifié. Je crois cependant que nous faisons du très bon cinéma au Québec (quoique pas toujours!). Mais vous avez raison M. Bilodeau, le "casting" est important et ce ne sont pas tous les humoristes qui passent bien au grand écran.
    Cela étant dit je n'ai pas vu le film et ne pense pas y aller non plus. Je vais l'attendre à la télévision et je ne crois pas que j'aurais manqué grand chose.

  • Roland Berger - Inscrit 17 décembre 2010 17 h 45

    Merci à Monsieur Bilodeau

    Si je m'appuie sur les extraits publicitaires vus, Guy A. Lepage n'a rien d'un comédien. Il ne peut que jouer le personnage Guy A. Lepage. Brillant mais nombril, cet homme jamais vraiment sorti des RBO. Dommage. Les amateurs de cinéma québécois méritent mieux.
    Roland Berger

  • Yves Paquin - Inscrit 17 décembre 2010 19 h 00

    J'irai voir L'APPAT quand même

    Oui, j'irai malgré tout... pour Rachid B ,Guy- A. L et le cinéma d'ici; je verrai s'ils sont capables d'être acteurs bien qu'humoristes;j'en doute peu pour Gadouri;surtout,revoir peut-être un film de Simoneau entre deux buches de NOEL,c'est ce que cette critique me donne envie... pour bonifier ma culture de pauvre Québécois médiocre...ben voyons donc M Boileau....(Yves Paquin)