La magie de Noël

L’illusionniste de Comme par magie a plus d’un tour dans son sac à malice pour faire jaillir lumière et émerveillement.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’illusionniste de Comme par magie a plus d’un tour dans son sac à malice pour faire jaillir lumière et émerveillement.

Tout le monde aime le père Noël même si quasiment tout le monde sait qu'il n'existe pas. Presque tout le monde aime Amir Khadir même si tout le monde sait qu'il existe. Et tout le monde aime le magicien Luc Langevin car il fait jaillir ce qu'il y a de moins visible au fond de chacun: la capacité d'émerveillement. Son public le plus fervent a largement dépassé l'âge de croire au père Noël; il est composé d'adultes tatoués et vaccinés, parfois même désabusés de tout. «En vieillissant, nous sommes conditionnés par des automatismes, constate le magicien vedette d'Artv. Le cerveau est habitué à une certaine réalité. J'ébranle ces fondations-là...»

Et il les fait vaciller sans le concours des esprits, soit pour «tourner» les tables ou faire léviter des objets. Même le sceptique Infoman ne s'est pas encore remis de la démonstration de Luc Langevin, capable de tordre une fourchette dans le poing refermé de Jean-René, médusé et berné, puis vaincu par l'admiration.

Avec Luc, rien ne se perd, tout se recrée. En spectacle, je l'ai vu faire apparaître une véritable rose rouge sortie d'une fleur en papier enflammée. Il a déjà procédé au même truc à la télé, devant l'animatrice France Beaudoin, en métamorphosant un oiseau de papier en colombe blanche bien vivante. Je l'ai même vu de mes yeux vu tordre une cuillère de service en métal que je suis allée chercher dans les cuisines de la cafétéria de l'oratoire Saint-Joseph, notre lieu de rendez-vous, réputé pour les miracles en tout genre. J'ai eu beau réessayer le soir même avec mes propres cuillères: pas un pli sur la différence.

Pour ce Georges Saint-Pierre de l'esprit, capable de remettre en ordre un cube Rubik — les yeux recouverts de Duct Tape et bandés — en 130 secondes (j'ai compté!), la réalité est un prisme. «Je me demande si ça existe, "la" réalité», s'interroge celui qui peut téléporter des billets de banque à l'intérieur d'un poivron et prédire le numéro de série dudit billet dans une annonce imprimée dans le journal du jour. «On peut berner nos sens tellement facilement. La réalité est une illusion que tout le monde vit en même temps et qu'on accepte comme convention.» Appelons ça un rêve éveillé en réseau wi-fi.

Science et mentalisme, physique et psychokinésie

Après être devenu magicien professionnel à l'âge de 17 ans (déjà un exploit), cet ancien nerd de 27 ans coupait les cheveux en quatre pour y faire pénétrer des caméras, étudiant au doctorat en biophotonique à l'Université Laval après une maîtrise en optique et un baccalauréat en génie physique. «À toutes mes questions existentielles, les réponses étaient plus convaincantes en science qu'en philo ou en religion. Il y a moins de place pour l'interprétation. Mais parfois, philo et science se rejoignent. De plus en plus de scientifiques constatent que ce qu'on imagine dans notre tête a un effet sur l'extérieur: l'effet papillon, par exemple. Également, on constate que la matière se comporte différemment selon qu'elle est observée ou non.»

En bon pédagogue, il m'explique la métaphore du chat de Schrödinger (vous irez sur Wiki), qui suggère qu'on puisse être mort et vivant à la fois, réel ou pas, illusion ou non.

Avec Luc comme maître de cérémonie, ce qu'on voit n'est pas ce qu'on croit voir ni ce qu'on peut voir, encore moins ce qu'on devrait voir. «Ce n'est pas parce qu'on le voit que ça existe... Et le contraire!», lance cet être profondément pragmatique mais conscient que nous ne maîtrisons qu'une partie des réponses.

«Autrefois, on attribuait aux dieux les forces inexplicables comme le vent ou le feu. Aujourd'hui, on peut les expliquer mais nous ne savons pas comment fonctionne notre téléphone cellulaire. Les gens acceptent cette magie parce que c'est de la science», constate le jeune illusionniste. Autres temps, autres croyances. Le dieu technologie nous fascine probablement parce qu'une poignée d'élus peuvent se l'expliquer.

Qu'il agisse à titre de mentaliste (l'art de se servir de ses cinq sens pour faire croire qu'on use du sixième) ou d'illusionniste, Luc Langevin s'appuie toujours sur la science et son agilité pour déjouer nos certitudes. Le prestidigitateur peut aussi s'aider de l'hypnose et faire de la psychokinésie (déplacer des objets sans les toucher, par la pensée), mais il a dû faire appel à un neurologue pour guérir d'une myélite qui l'a forcé au repos complet tout l'été dernier. «Une personne sur trois reste paralysée suite à cette maladie de la moelle épinière. J'ai été chanceux, j'ai perdu les sensations dans mes doigts, je voyais double, j'étais incapable d'uriner, mais c'est revenu!», confie-t-il sur le ton de celui qui a voyagé dans une autre dimension.

Suite à cette maladie grave, la réalité s'est encore nuancée d'un cran: «C'est cliché, mais je dirais que la maladie m'a fait prendre conscience que je ne suis pas invincible et que la vie est fragile. Tout peut basculer en une seconde.» Et parfois, même la magie ne ressuscite pas les morts. Quoique... Luc Langevin est capable de redonner vie à un papillon épinglé et desséché depuis belle lurette.

La cour des miracles

Ici, dans la chapelle votive de l'oratoire qu'il admire pour la première fois, Luc ferait fortune avec sa magie sans chapeau et ses miracles sans huile de Saint-Joseph. Redonner la foi est un métier payant: «Les gens veulent croire, se cherchent un Jésus. Je serais riche si je répondais à toutes les demandes de guérison qu'on me propose de réaliser. Si j'étais capable de guérir quelqu'un, je travaillerais dans les hôpitaux!», dit-il en souriant humblement, sachant qu'il peut faire croire au père Noël mais qu'il ne peut dissoudre des pierres aux reins.

Le seul miracle auquel Luc Langevin s'acharne à croire est celui du rêve: «Si vos plus grands rêves vous semblent inatteignables, ce n'est qu'une illusion.» À l'égal d'un David Copperfield sur scène ou d'un Criss Angel, qui pratique la magie de rue comme lui, Luc s'est promis de devenir le plus grand magicien au monde. «Tôt dans mon cheminement, j'ai compris que nous n'étions pas grand-chose, des êtres minuscules sur une planète immense dans un univers infini. Je supporte mal l'idée que ma vie n'ait pas un impact. Je veux servir à quelque chose. Je veux changer le monde à petite échelle et transmettre une idée: les choses qui nous semblent impossibles ne le sont pas nécessairement.»

Et si, pour une fois, c'était vrai?

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Noté: que Luc Langevin donnera le coup d'envoi de la soirée du 31 décembre à 19h, à la SRC, avec une émission «spéciale artistes» de 90 minutes de Comme par magie. On peut aussi le voir chaque jour à Artv, à 19h, entre Noël et le 31 décembre, du lundi au jeudi. Ses émissions «spéciales artistes» sont également offertes sur Tou.tv. Si je me fie à la réaction des enfants de la maison, celui de 12 ans était encore plus impressionné que celui de sept.

Aimé: le disque Les Atomes de Martin Léon, mélange de néo-folk électro ambiant sur lequel il fait bon s'enlacer. Les atomes, on ne sait pas vraiment s'ils existent puisque c'est un modèle scientifique, m'a expliqué mon magicien préféré. Un disque accrocheur qui donne envie de succomber à la magie de l'amour. Smooth comme Martin Léon, dont la voix et le «son» me ravissent toujours autant.


Fredonné: les chansons jazzy du Christmas Dreaming de Susie Arioli (secondée par son éternel complice Jordan Officer), de grands classiques chantés par Sinatra (Have yourself a Merry Little Christmas), Elvis (Blue Christmas) et même du bluegrass (Call Collect on Christmas) repris avec brio par cette habituée des scènes montréalaises. Magique à l'heure de l'apéro.

Lu: à mon B 20 bonnes raisons de croire au père Noël (éditions frimousse). Une logique déjantée qui nous démontre que l'effet papillon existe bel et bien, peu importe la forme qu'on lui donne. Bel album pour ceux qui s'apprêtent à perdre la foi.


Adoré: Le Grand Livre des petites choses de Keith Haring (La joie de lire). Un livre pour faire des listes, destiné aux petits lutins. On y dessine sa collection de flocons de neige, on y colle des petites images découpées dans les magazines, on y énumère des petites choses qu'on a faites, des petits lieux où l'on est allé, des petites choses qu'on a vues. Un ouvrage interactif conçu pour les 7 ans ou plus.


Tripé: sur Axinamu et Oxiseau (Les Grandes Personnes), deux immenses albums pour les petits et grands qui s'amusent, grâce à des cartons qu'on soulève, à mélanger les oiseaux et les animaux, leur donnant formes et couleurs biscornues, permettant de distinguer leurs robes et plumages, leurs empreintes. La magie opère à tout âge.


Reçu: Décennie (Phaidon), un magnifique ouvrage photographique qui couvre le début du XXIe siècle jusqu'en 2010. J'ai revu les photos du 11-Septembre comme si j'y étais (et j'y étais!), le passage à l'euro en 2002, le baiser de Madonna et Britney en 2003, le tsunami de 2004, Marie-Josée Croze dans Le Scaphandre et le papillon en 2007, la libération d'Ingrid Betancourt en 2008, les séismes en Haïti et au Chili en 2010, et puis... beaucoup de sang, de guerres, d'attentats, d'enfants blessés et de barbelés. La décennie fut riche en désillusions de toute sortes; une rétrospective très intéressante d'une époque troublée.


Pris: la poudre d'escampette pour aller jouer dans la poudreuse. De retour le 7 janvier 2011. En attendant, je vous souhaite un Noël magique et des Fêtes rassembleuses. Que la paix soit dans vos coeurs et vos esprits!

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cherejoblo@ledevoir.com
twitter.com/cherejoblo

3 commentaires
  • Pataflore - Inscrit 17 décembre 2010 07 h 53

    Ça parle au Yâble!

    Vas-tu finir par me faire croire au Père Noël? Merci Josée pour la magie que tu catalyses avec les mots.

  • Daniel Blanchette - Inscrit 17 décembre 2010 08 h 52

    Joyeux temps des fêtes !

    Passe de Joyeuses Fêtes avec tous les tiens Josée. Je te souhaite pleins de moments magiques en cette période de réjouissances.

  • Lorraine Couture - Inscrite 17 décembre 2010 11 h 13

    « C'est une chose étrange à la fin que le monde »


    Merci de cette chronique qui nous présente de façon poétique et pratique « la réalité et l’illusion ». Entre les lignes de vos mots, ces particules de vos pensées, je peux apercevoir des lueurs d’espoir au-delà des désarrois et des abominations de l’époque actuelle.

    Je lisais ce matin un fragment du lumineux ouvrage de Jean d’Ormesson : « C’est une chose étrange à la fin que le monde ».

    Le vieux sage écrit : « Tout m’étonnait. D’être là, que le soleil brille, que la nuit tombe, que le jour se lève. Que j’écrive ces lignes et que vous les lisiez. Qu’il y ait quelque chose qu’à tort ou à raison nous appelons « le réel » ou la « réalité » et qui me semblait se rapprocher soudain dangereusement d’une sorte de subtile illusion ou d’un rêve récurrent. »

    p.s. Ma gratitude pour le lien de l’article sur la magie quantique dans votre blogue!