Branché ou débranché en 2011?

Les millésimes se suivent et, heureusement, ne se ressemblent pas. Serez-vous dans le coup côté attitudes ou habitudes en matière de vins, ou tout simplement à côté de vos pompes pour ce 2011 qui arrive? Voici, pêle-mêle, ce qui s'annonce «branché» ou «débranché» pour l'année qui vient.

Branché

- Concevoir l'achat d'une bouteille de vin comme une occasion privilégiée pour mieux cerner vos goûts, tout en maximisant le plaisir qu'elle offre par une dégustation attentive entre amis.

- Faire fi des nombreux rabais imposés sur une gamme de produits qui ne cadrent pas du tout avec vos goûts. La vie est trop courte pour boire moche.

- Oser prendre position avec ces mots qui sont les vôtres pour décrire un vin et trancher: votre opinion vaut bien celle de la critique en matière de goûts!

- Planifier vos prochaines vacances en pratiquant l'oenotourisme sur le terrain. Rien de tel pour embrasser largement la culture locale. Et puis, ce sont les vignerons qui seront contents de vous voir.

- En culminant votre repas sur un bon fromage, vous servirez un bon blanc de caractère pour rafraîchir le palais et lubrifier la suite.

- Toujours avoir une bouteille de champagne au frais et un bouchon hermétique pour contenir la pression en cas de visite ou d'événement impromptu.

- Boire ses portos vintages tout au plus cinq ans après l'année de la récolte.

- Offrir ou s'offrir en cadeau des verres fins. C'est moins périssable que les fleurs mais tout aussi aromatique si l'on sait bien les arroser par la suite.


Débranché

- Prétendre qu'avec une cave à vins de 500 bouteilles et plus et en achetant régulièrement de façon compulsive, vous serez en mesure de tout boire un jour sans perdre la moindre bouteille.

- Vanter le contenu de votre cave à vins à des amis de passage à la maison sans déboucher ne serait-ce que ce flacon dont vous aurez auparavant longuement bassiné les vertus à ces mêmes amis. Le fétichisme oenologique a ses limites!

- Penser que de consommer des vins issus de l'agriculture biologique, c'est bon pour la santé surtout si ceux-ci ne correspondent pas à vos goûts.

- Acheter du vin pas seulement parce qu'il est rare et cher, mais parce qu'il a obtenu une note de 99 sur 100 points à l'échelle de la supercherie parkérienne.

- Se gargariser de l'expression «Rouge sur blanc, tout fout le camp». La rime est riche mais l'expression, aussi démodée que celle de «l'industrie de la corruption», relève du lapsus le plus brillant prononcé en 2010.

- Se fier aveuglément aux inébranlables accords vins et mets dictés par les chefs comme les sommeliers, au lieu de rivaliser d'audace en fouillant ceux qui s'accordent au mieux avec vos goûts personnels.

- Avoir la certitude que les vins vendus en importation privée sont nécessairement meilleurs que ceux qui se retrouvent en tablette à la SAQ.

- Imposer, à titre de restaurateur, une culbute sur le prix des vins qui passe ni plus ni moins le «restauré» à la moulinette.

Vous êtes diablement branché si vous avez conservé la sélection de vins parue dans le cahier «Festin des fêtes» du Devoir de la semaine dernière. Sinon, voici des perles rares pour ces moments rares qui s'annoncent:

Champagnes. Deux grands du millésime 1999. Pol Roger Extra Cuvée de Réserve Blanc de Blancs (93,75 $ - 10663166), encore sous sa tension juvénile mais qui s'épanouit tout doucement, avec fragrances et flaveurs très dignes, nourries mais aussi vaporeuses et suggestives (****, 2). Aussi Comtes de Champagne 1999 de Taittinger (206 $ - 876606). Attention: disponible au compte-gouttes mais un chardonnay hors pair, véritable diamant dont les facettes nombreuses multiplient les reflets, décuplant les dimensions, prolongeant l'extase, terminant sur cette fameuse queue de paon révélant un très grand vin. Cinq étoiles, oui (*****, 2).

Cognacs. On reconnaît le haut degré de civilisation d'un peuple à ses distillats de fruits. La France ne traîne certainement pas de l'arrière en la matière avec ces deux cuvées de la maison Pierre Ferrand, exclusivement de Grande Champagne et affinées avec tout l'art du monde: 1er Cru du Cognac «Ambré» (61,25 $ - 10867539), satiné et captivant, lovant sept fois le feu de ses caresses fruitées et épicées sur la langue, avant de faire jaillir l'esprit en vous (****); et Sélection des Anges 1er Cru (184 $ - 10286663), étagé comme un millefeuille par ses révélations en cascade, à la fois intense, puissant, subtil et d'une rare profondeur. Magique (****1/2).

Scotchs. Allons droit au but avec ce Ardbeg 10 ans de l'île d'Islay, en Écosse (89,25 $ - 560474), un single malt aux flaveurs d'iode et de crachin, pointu, fumé, très sec, particulièrement foudroyant d'intensité (***1/2). Autre «cru» maison: ce Uigeadail (144,75 $ - 11156318) fort de ses 54,2 % d'alcool chaudement redistribué sur un ensemble d'une somptuosité à couper le souffle, tourbé, oui, mais d'une complexité qui laisse baba de bonheur, très sec mais aussi d'un moelleux gras, souverain. Mérite son prix et surtout le détour. Top! (****1/2).

Portos. Masculin, un rien suffisant, sûr de lui jusqu'au bout des doigts, ce Late Bottled Vintage Quinta do Noval 2004 (25,70 $ - 734657) cause avec rigueur, puissance et une volonté de parler fruits noirs et terroir qui vous cloue le bec illico. Savoureux ce soir mais aussi dans trois,cinq, sept ou dix ans (***1/2, 3). Plus détendu celui-là, volubile, un rien canaille, reléguant les Mille et une Nuits à un conte pour enfants, ce Tawny Messias du millésime 1991 (38,25 $ - 334771) fournit l'occasion de causer d'autre chose que de la pluie et du beau temps. De la sexualité des anges? Rafraîchissez-le à peine pour calmer ses ardeurs (***1/2).

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«Fais ce que bois»

Je termine cette dernière chronique de l'année en espérant avoir vécu avec vous le meilleur du vin dans ce qu'il a de vivant, d'intrigant, d'enthousiasmant et, bien sûr, de gourmand. Le Devoir «Fais ce que dois» depuis 100 ans? Poursuivons, tire-bouchon à la main, et logeons nos émotions de demain à l'enseigne «Fais ce que bois». Comme le disait le poète: «Quand il n'y aura plus d'encre pour écrire, il y aura toujours du vin pour rêver... Alors, rêvons!»

Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

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Les vins de la semaine

La belle affaire
Merlot 2009, Mas des Tourelles Vin de Pays d'Oc (11,90 $ - 11184870)

Pas compliqué, bien dans sa peau de merlot, avec ce petit charnu qui chatouille, ce grain frais, ce volume suffisant et son équilibre d'ensemble. Pour les grandes tablées qui s'annoncent, le servir autour de 14 °C pour lui assurer tout le friand nécessaire. 1

Le grand muté
Mas Amiel Prestige 15 ans d'âge Maury (38,50 $ - 884312)

C'est en Roussillon, sur des dalles d'argile peu compressées où affleure le calcaire, que le grand grenache noir se tend sur le plan de la précision aromatique et gagne en amplitude sur celui des saveurs. Un grand muté chargé d'histoire, au registre finement oxydatif, plutôt sec côté douceur.

La primeur en blanc

Reuilly 2009, Jean-Michel Sorbe (18,55 $ - 11154224)

Pur sauvignon blanc, de la meilleure tradition, qui a de tout temps trouvé sur les zincs parisiens à régaler les badauds de passage, à la différence qu'ici le reuilly s'ennoblit, mariant un fruité cristallin à une pointe anisée et une gamme d'amers très séduisants en finale. Fruits de mer? 1

La primeur en rouge
Abaco 2007, Monferrato Rosso Piémont (18,10 $ - 11383633)

Les branchés se régaleront avec ce pinot noir de belle clarté aromatique, au fruité délié, libre comme l'air, d'une texture palpable et soutenue, mis en relief par ce qu'il faut d'acidité, sans boisé apparent. Un rouge de constitution moyenne, idéal sur la côte de veau simplement grillée. 1

Le vin plaisir
Teroldego Rotaliano 2007 Foradori (23,10 $ - 712695)

Dans la foulée du Château le Puy proposé la semaine dernière pour ce juste milieu des choses, cet équilibre naturel où le fruité n'a pas à avoir l'esprit qu'il n'a pas, il est juste lui-même, simplement. Superbes tanins mûrs, frais, lisses et élégants, affinant un teroldego au sommet de sa forme. 1
1 commentaire
  • Marc O. Rainville - Abonné 30 décembre 2010 15 h 23

    Fais ce que bois !

    Comme mon foie ne me permet qu'un demi verre de vin par repas, ta chronique mon cher Jean me permet d'imaginer des délices...
    Bonne Année et merci !