Le bulletin ministériel

Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, avait une mission impossible, mais il a trouvé le ton juste pour défendre l'indéfendable refus de tenir une enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction. Il n'y a chez lui aucune trace de l'insupportable arrogance qui caractérisait son prédécesseur, Jacques Dupuis. «Envoyer les bandits en prison plutôt qu'à la télévision» était une véritable trouvaille en matière de communication. A-

Dès son arrivée à l'Éducation, Line Beauchamp a pris la sage décision de reporter d'un an l'imposition du bulletin unique. Elle a fait preuve d'audace en voulant forcer les écoles privées à accueillir des élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage, même s'il y a loin de la coupe aux lèvres. Sa grande rencontre sur le financement des universités a malheureusement donné l'impression que les dés étaient pipés en faveur d'une hausse accélérée des droits de scolarité. A-

Sam Hamad surprend agréablement après des débuts difficiles. Dans le dossier de l'échangeur Turcot, il a finalement réussi à trouver un terrain d'entente avec la Ville de Montréal. Il a également eu le bon sens de renoncer à abaisser le taux d'alcoolémie autorisé à .05 %. B

Michelle Courchesne a réussi deux coups fumants en concluant des ententes avec les infirmières et les éducatrices en garderie familiale. Elle traîne cependant comme un boulet l'octroi de places en garderie à des amis du régime à l'époque où elle était ministre de la Famille. B

La fusion de la Société générale de financement et d'Investissement Québec a fait l'unanimité ou presque. La nouvelle politique d'innovation de Clément Gignac n'a pas eu beaucoup d'écho, mais il est apprécié des milieux d'affaires. On savait qu'il avait des problèmes de communication, mais de là à payer 6400 $ pour un discours d'une minute à la firme National... B

Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a dû renoncer à son projet de ticket modérateur, qui avait été très maladroitement présenté dans le budget. Heureusement, la bonne tenue de l'économie lui a permis d'annoncer que le déficit serait moins élevé d'un milliard. Depuis le départ de François Legault, il est plus assuré à l'Assemblée nationale, mais son objectif d'un retour à l'équilibre budgétaire en 2013-2014 semble toujours aussi fantaisiste. B-

Yves Bolduc n'a convaincu personne avec son plan de contrôle des dépenses de santé, mais il a survécu au dernier remaniement ministériel, alors que tout le monde le croyait fini. Il est le seul à vouloir de ce poste casse-gueule. Les urgences débordent toujours, mais le ministre n'est plus aussi facile à déstabiliser. B-

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Monique Gagnon-Tremblay a été récompensée de l'entente avec les syndicats du secteur public par un retour aux Relations internationales, où elle peut assouvir en toute discrétion son goût prononcé pour les voyages. On a su qu'elle était toujours là seulement quand elle a dû signer l'entente sur la mobilité professionnelle avec la France à la place du premier ministre, retenu à Québec par la motion de censure présentée par le PQ. C

Après les troublantes révélations des derniers mois, l'adoption d'un code d'éthique pour les élus municipaux était la moindre des choses. Laurent Lessard a eu plus de fil à retordre dans ses fonctions de ministre de l'Agriculture. Conspué au congrès de l'UPA, il semble incapable d'empêcher les producteurs agricoles de saboter la saison de motoneige. C

Le ministre responsable des autochtones, Pierre Corbeil, dont la nomination avait été vivement dénoncée par les premiers intéressés, ne s'est retrouvé au centre d'aucune controverse au cours des derniers mois. Cela constitue sans doute un progrès. C

Au moment où tout le monde cherche une façon de diminuer les dépenses publiques, Nicole Ménard fait une éloquente démonstration qu'on pourrait très bien faire l'économie du ministère du Tourisme. Voilà maintenant huit ans que le processus du remplacement du Stade olympique a été lancé et il n'y a toujours aucune solution en vue. C-

Alors qu'Ottawa et les autres provinces sont engagés dans une bonification du Régime de pension du Canada, la ministre de l'Emploi, Julie Boulet, a reporté encore une fois la présentation d'un projet de loi sur la réforme du Régime des rentes, attendu depuis plus de deux ans. C-

De la Justice à l'Immigration, la chute de Kathleen Weil a été brutale. Son projet de loi sur les accommodements raisonnables dans les organismes gouvernementaux, dont l'avenir semble maintenant bien

incertain, conserve toutes les apparences de la bouillie pour les chats. C-

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Tandis que le conflit au Journal de Montréal approche de son deuxième anniversaire, la ministre du Travail, Lise Thibault, n'en finit plus de réfléchir à la possibilité de moderniser la Loi antibriseurs de grève pour la mettre à l'heure d'Internet, invoquant les «droits des employeurs», qui peuvent allègrement la contourner. En modifiant l'article 45 malgré l'opposition unanime des syndicats, le gouvernement avait pourtant fait la preuve qu'on peut amender le Code du travail sans donner satisfaction à toutes les parties. D

La popularité personnelle de Marguerite Blais ne se dément pas, mais la multiplication des révélations choquantes sur les pratiques dans certaines résidences pour personnes âgées atteste des insuffisances du processus de certification qu'elle avait introduit. La Protectrice du citoyen a également dénoncé sévèrement le traitement qui leur est trop souvent réservé dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). D

L'Assemblée nationale a enfin un code d'éthique et la Loi sur le financement des partis politiques a été renforcée, mais Jean-Marc Fournier, dont la nomination au poste de leader parlementaire devait contribuer à rétablir le décorum à l'Assemblée nationale, n'a fait qu'empirer les choses avec son attitude fendante. Le ministre de la Justice aurait dû être le dernier à vouloir refaire le procès d'Yves Michaud. D

Après avoir fait adopter sous le bâillon un projet de loi sur les écoles passerelles que le Québec tout entier réprouvait, Christine St-Pierre a laissé mourir au feuilleton les quelques mesures de renforcement du français qui devaient le rendre plus digeste. Pense-t-elle sérieusement franciser les petites entreprises grâce à un traitement homéopathique? E

Les droits d'exploration du gaz de schiste ont été littéralement bradés au profit de compagnies où se bousculent les apparatchiks libéraux. On savait que Nathalie Normandeau pouvait dire n'importe quoi, mais elle s'est surpassée au cours des derniers mois. Elle a crucifié le Directeur général des élections sur la place publique parce qu'il voulait appliquer la loi que les parlementaires n'avaient pas le courage de changer pour préserver le poids politique des régions. Sa nomination aux Affaires intergouvernementales canadiennes, en septembre dernier, demeure un secret bien gardé. E

Il était gênant de voir le ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, s'effacer derrière sa collègue des Ressources naturelles, qu'il a laissée définir le mandat du BAPE sur le gaz de schiste. Alors qu'il doit se faire l'avocat du diable, il a plaidé dès le départ en faveur de son exploitation. Manifestement, il n'a pas compris son rôle. Jean Charest laissera son nom à une forêt australienne, mais en cette Année de la biodiversité, rien de significatif n'a été fait pour améliorer le bilan du Québec à ce chapitre. E
15 commentaires
  • Jean-François Trottier - Inscrit 16 décembre 2010 01 h 36

    Plutôt d'accord

    Un bémol sur la performance de M. Bachand. Son budget était relativement courageux mais je vois mal les efforts qui ont été faits pour contrôler les dépenses. Évidemment, ça ne dépend pas de lui si ses collègues décident de bâtir des autoroutes là où le besoin n'est pas criant alors que la majorité des ponts du Québec sont à refaire...
    En fait, si ce gouvernement manque de "focus", peut-être est-ce la faute du chef? J'avoue ne pas trop savoir quelle lettre lui donner: L'alphabet s'arrête à Z...

  • Marcel Bernier - Inscrit 16 décembre 2010 01 h 51

    Soulagement...

    Avec leur bulletin en poche, nos député(e)s vont pouvoir sagement fêter en famille.

  • Normand Paradis - Abonné 16 décembre 2010 05 h 10

    Bilan du premier ministre

    Monsieur Charest a paru à Tout le monde en parle, à la Commission Bastarache et il n'a convaincu personne. Il a longtemps maintenu en poste des députés ministres qui ont failli misérablement tels Jacques Dupuis et M. Tony Tomassi. Aussi -à ses propres dires- M.Michel Bellemare. Monsieur Charest à un taux d,approbation de 16%. Monsieur le Premier ministre ne représente plus tout les québécois. Note: E

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 16 décembre 2010 08 h 12

    E

    E pour Enquête

  • Andre Vallee - Inscrit 16 décembre 2010 08 h 40

    Trop de faire semblant

    Jean Charest est le champion des bulles de savon. Et ne comptez pas sur ses ministres pour les crever... elles crèveront bien toutes seules... Mais, quel temps perdu en vide politique.