Et puis euh - À la pelle

Voici un passe-temps divertissant: éplucher les documents de WikiLeaks. En plus, ça n'a pas de fin. J'en étais d'ailleurs rendu à la page 402 388, l'autre jour, lorsque je fis un constat qui me sidéra moi-même: il n'est aucunement question de câbles sportifs là-dedans. Pourtant, ce ne sont pas les scandales qui manquent dans ce milieu, depuis la Série mondiale truquée de 1919 jusqu'à l'utilisation de substances condamnables. Enfin.

Tenez, question de scandale, examinons le cas de Michael Vick. Celui-là suscite un furieux
débat de société aux États-Unis sur le crime, le repentir et l'occasion pour quiconque de se faire offrir une deuxième chance dans la vie.

Vick, quart-arrière des Eagles de Philadelphie, connaît une saison phénoménale, à tel point que plusieurs experts considèrent qu'il devrait être nommé joueur par excellence dans la Ligue nationale de football. Son retour à l'avant-plan, lui qui a été condamné à 23 mois de prison (il en a purgé la presque totalité puis a été assigné à résidence) pour avoir entretenu un réseau de combats de chiens où les plus faibles étaient tués par noyade ou par pendaison, a rappelé bien des mauvais souvenirs.

Vick affirme aujourd'hui qu'il est un nouvel homme qui a appris de ses erreurs. Plusieurs ne le croient pas une miette et soutiennent que s'il regrette une chose, c'est de s'être fait pincer, et que s'il avait évité cela, il en serait encore à ses horreurs. D'où le furieux débat de société.

Or hier, le monsieur a déclaré dans une entrevue: «J'aimerais avoir un chien», en assurant qu'il serait un propriétaire exemplaire et en jasant de son «amour» et de sa «passion» pour les animaux. Parfaitement. I kid you not, comme disait le poète versé dans le bilinguisme.

Vick a aussi expliqué ses agissements du passé en faisant valoir que personne ne lui avait dit que ce qu'il faisait était mal.

Singulière, l'existence, des fois, trouvez pas?

Ailleurs dans l'actualité, le bris de la toiture du Metrodome de Minneapolis forcera les Vikings du Minnesota à présenter leur joute de lundi soir prochain au TCF Bank Stadium, le domicile des Golden Gophers de l'Université du Minnesota. Vous pouvez d'ailleurs, à ce sujet, vous demander à quoi peut bien diable ressembler un gauphre doré, et en discuter avec la petite famille au petit déjeuner si vous n'avez pas d'autres dossiers plus pressants.

Le problème, c'est que le stade n'a pas été utilisé depuis la fin novembre et que les gradins sont conséquemment lourdement enneigés. Des congères s'élèvent jusqu'à cinq pieds. Il y a beaucoup de travail à faire. Et les gens embauchés ne suffisent pas à la tâche.

Qu'ont donc fait les Vikings? Exact: demander à leurs partisans d'aller pelleter. Sans être payés, naturellement. Vous, c'est votre affaire, mais moi, si j'avais à faire du bénévolat pour une noble cause, je choisirais celle-là. En passant, on vous recommande d'apporter votre pelle, mais on peut vous en fournir une sur place. Mais faites attention à votre coeur, on ne sait jamais.

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À la grande époque des Orioles de Baltimore, dans les années 1970, Earl Weaver était à la barre de l'équipe. On raconte que le bouillant gérant, l'un des personnages les plus colorés de l'histoire du baseball, avait l'habitude de manger de l'ail avant les matchs afin que, s'il avait à enguirlander de près un arbitre, celui-ci en ait pour son argent.

C'était le bon temps: Brooks Robinson, Frank Robinson, Jim Palmer, Mike Cuellar, Paul Blair, Davey Johnson, Mark Belanger, Dave McNally, Don Buford, Boog Powell. J'étais un ti-cul et je rêvais secrètement de me prénommer Boog.

(À cet égard, ça n'a rien à voir, mais Yahoo a publié un palmarès des prénoms de joueurs les plus pittoresques du basketball universitaire américain. Cela donne: Orion Outerbridge, Dundrecous Nelson, Jimmer Fredette, Onochie Ochie, Stargell Love, Jabs Newby, Beloved Rogers, Alibaba Odd, Cashmere Wright et LaceDarius Dunn. Alibaba Odd? Ça ne s'invente juste pas. Pour vos archives, mentionnons qu'il joue au poste de garde à Delaware State.) Earl Weaver, donc.

Dans le New York Times de dimanche, on peut lire, dans une chronique signée Ross Ramsey: «Les démocrates du Texas sont devenus les Orioles de Baltimore de la politique. Quelque part au ciel, Earl Weaver et Ann Richards [l'ancienne gouverneure du Texas] comparent leurs notes pour tenter de comprendre ce qui a mal tourné pour les équipes qu'ils ont laissées.»

Sauf que Weaver n'est pas quelque part au ciel, mais toujours sur cette bonne vieille Terre. Il est âgé de 80 ans et réside en Floride.

«Je n'en reviens pas. Je tiens à démentir cette information», a-t-il dit à un journaliste du Baltimore Sun, auquel je suis furieusement abonné.

Toujours bon, quelqu'un qui dément son propre décès. Weaver en a d'ailleurs profité pour déclarer qu'il était immortel.

«Je suis toujours ici, mais mes genoux ne tiennent plus le coup et je ne joue donc plus au golf. J'ai toujours dit qu'il y avait deux endroits où je devais mourir. L'un était le Memorial Stadium, l'autre le terrain de golf. Maintenant je dois attendre de mourir pour toujours puisque ces endroits ont disparu.»

La prochaine fois, nous verrons qu'une chance que nous ne sommes pas en juillet parce qu'il
ferait chaud pour pelleter.