Notes de fin d'année

Le candidat «québécois» à la succession éventuelle de Stephen Harper sera-t-il un Néo-Brunswickois? Selon mon collègue du Star, James Travers, qui rapportait la nouvelle samedi, l'ancien premier ministre Bernard Lord aurait l'intention de faire le saut dans l'arène fédérale en briguant les suffrages dans la circonscription de Moncton-Riverview-Dieppe aux prochaines élections.

Il se mettrait ainsi en piste pour la prochaine course au leadership du Parti conservateur fédéral — que la plupart des observateurs situent dans un horizon de cinq ans ou moins. Dans tous les scénarios, la prochaine campagne électorale pourrait être le début du chant du cygne de Stephen Harper.

Si le premier ministre réalisait son ambition de devenir majoritaire, il pourrait être prêt à passer à autre chose au terme de son troisième mandat. S'il était reporté au pouvoir avec un autre gouvernement minoritaire, force serait de conclure que, sous sa direction, le Parti conservateur a plafonné. Et s'il perdait, personne ne s'attendrait à ce qu'il retourne siéger dans l'opposition.

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En marge du parcours de Stephen Harper, la réapparition attendue sur l'écran radar politique de Bernard Lord confirme, si besoin était, le sentiment généralisé que l'avenir fédéral du premier ministre Jean Charest est derrière lui.

Une éventuelle candidature au leadership de M. Lord n'est réaliste que dans la mesure où son ancien collègue québécois n'est pas en lice. Sans solides appuis au Québec, l'ex-premier ministre néo-brunswickois n'aurait aucune chance de se hisser dans le peloton de tête de la succession de Stephen Harper.

Dans un premier temps, il faut cependant situer le retour de Bernard Lord en politique dans le contexte du prochain scrutin. Sa participation comme candidat éminemment ministrable fournirait au premier ministre un joueur susceptible de rehausser la présence de sa formation au Québec, une tâche qui dépasse visiblement — s'il faut en croire l'état du parti dans les intentions de vote — les moyens du caucus conservateur québécois.

L'arrivée de M. Lord dans l'arène électorale fédérale renflouerait également l'équipe conservatrice dans les Maritimes au moment où l'homme fort de la région, Peter MacKay, semble marginalisé au sein du gouvernement Harper. Le mois dernier, des rumeurs envoyaient même l'ancien chef progressiste-conservateur et actuel ministre de la Défense à la retraite et, malgré de véhéments démentis, le fait est que M. MacKay n'a pas semblé particulièrement heureux de son sort ces derniers temps.

Une douzaine de sièges sépare actuellement Stephen Harper d'une majorité. Aux prochaines élections, le parti a l'ambition d'aller en chercher quelques-uns dans la région de l'Atlantique.

Le siège libéral de Moncton, la circonscription que viserait Bernard Lord, fait partie du lot. Les stratèges conservateurs espèrent également reprendre du terrain à Terre-Neuve-et-Labrador dans la foulée du départ à la retraite du critique acharné de Stephen Harper que fut le premier ministre Danny Williams au scrutin de 2008 et profiter à l'Île-du-Prince-Édouard du départ du député libéral de Charlottetown, Shawn Murphy pour tenter d'y gagner un second siège.

Dans l'état actuel des choses, au moins une dizaine d'autres sièges libéraux en Ontario et en Colombie-Britannique sont considérés comme vulnérables — soit parce qu'ils ont été gagnés de justesse au dernier scrutin ou encore parce que leurs titulaires actuels ne se représentent pas.

Les victoires conservatrice et libérale dans l'ex-forteresse rouge de Vaughan, en banlieue de Toronto, et dans l'ancien bastion néo-démocrate de Winnipeg-Nord aux élections complémentaires de l'automne ont démontré que le départ d'un député a souvent pour effet de rendre prenable un siège précédemment considéré comme acquis par une formation.

Depuis qu'il est premier ministre, Stephen Harper a systématiquement augmenté sa mise à la faveur de tels départs. L'inverse est moins vrai pour les libéraux. Tout cela pour dire que l'idée d'une campagne fédérale pendant la première moitié de 2011 n'est pas farfelue et celle d'en arriver à une majorité gouvernementale conservatrice sans présence importante du Québec non plus.

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Un mot en terminant sur la politique canadienne au sens large.

Dans l'édition d'hier du National Post, le chroniqueur Don Martin faisait ses adieux à la presse écrite après 32 ans de couverture politique à Ottawa et en Alberta. Dans sa nouvelle incarnation comme animateur de l'émission politique quotidienne du réseau CTV Newsnet, il n'aura plus le même genre de tribune.

Dans son dernier billet, il énonçait les observations suivantes: «Les pires politiciens ne savent pas quand partir. Les retours de retraite sont toujours une mauvaise idée. Un ex-premier ministre provincial ne deviendra jamais premier ministre du Canada.»

Et il ajoutait: «Dans un conflit entre les principes d'un parti et sa popularité, cette dernière l'emporte à tous les coups. Toutes les promesses électorales sont faites en sachant qu'elles pourront être brisées. Chaque promesse brisée peut être justifiée. Chacune de ces justifications est inspirée par l'idée de faire ce qui est dans le meilleur intérêt du parti au pouvoir.»

Je lui laisse le mot de la fin de la très médiocre année politique 2010. Joyeuses fêtes quand même. On se retrouve l'an prochain.

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