Passer à la caisse

La Régie des rentes du Québec (RRQ) a déposé son analyse actuarielle hier. Si rien n'est fait, la réserve commencera à ressentir le poids du vieillissement de la population à partir de 2016, pour s'épuiser en 2039. Tout cela en supposant que la Caisse de dépôt ne répétera plus sa contre-performance de 2008.

Dans la conclusion de l'analyse actuarielle du Régime des rentes du Québec au 31 décembre 2009, la RRQ indique que son taux de cotisation d'équilibre — soit celui qui permet de stabiliser à long terme le rapport entre la réserve et les sorties de fonds — se situe désormais à 11,02 %. Il était de 10,54 % lors de l'analyse précédente, produite il y a trois ans. «Cette différence s'explique principalement par la diminution importante de l'actif du régime en 2008», peut-on lire. C'est tout dire de l'impact qu'a eu la contre-performance de la Caisse de dépôt en 2008, lors de l'effondrement des marchés financiers. À la RRQ, ce rendement négatif record de la Caisse a forcé la comptabilisation d'une perte de revenus de placement de 8,96 milliards.

Cette précision étant, le taux de cotisation au régime est maintenu à 9,9 % pour 2011. Les cotisations seront versées à partir d'un revenu de travail de 3501 $ jusqu'à 48 300 $, correspondant au maximum de gains admissibles. La cotisation annuelle maximale sera donc de 2217,60 $. Pour leur part, les rentes seront indexées de 1,7 %.

Le régime compte près de 3,8 millions de cotisants pour 1,6 million de bénéficiaires. Au 31 mars 2010, 10,3 milliards avaient été perçus en cotisations, et 9,8 milliards avaient été versés en prestations. Pour la suite des choses...

L'analyse actuarielle déposée hier souligne que «la hausse continue de l'espérance de vie et l'évolution moins rapide que prévu des salaires exercent une pression financière accrue sur le régime». Ainsi, le taux de cotisation actuel de 9,9 % permet de maintenir une réserve jusqu'en 2039. «Toutefois, l'analyse actuarielle révèle qu'il ne permet pas d'assurer un financement stable du régime à long terme.» Le taux d'équilibre serait de 11,02 %. «Le Régime des rentes du Québec demeure viable et sa survie n'est pas compromise. Il sera en mesure de verser les prestations sur une très longue période. Toutefois, le niveau de la réserve à long terme et le taux de cotisation d'équilibre, qui dépasse de 1,1 point de pourcentage le taux actuel, confirment la pertinence d'ajuster le régime.»

Cette fameuse réserve, de 31,6 milliards au 31 décembre dernier, représente trois fois les sorties de fonds. Au taux actuel, les cotisations demeurent plus élevées que les sorties de fonds jusqu'en 2013, après quoi il faudra compter sur les revenus de placement pour absorber l'excédent des sorties de fonds sur les cotisations.

En supposant qu'il n'y ait plus de mauvaise surprise en matière de rendement, donc en comptant sur un taux de rendement (nominal) annuel de 7 %, le revenu de placement permettrait de combler l'écart jusqu'en 2023, après quoi il faudrait puiser dans la réserve. Cette réserve sera à sec en 2039. «Si aucun changement aux cotisations ou aux prestations ne survient d'ici là, l'épuisement de la réserve obligera les générations futures à assumer un taux de cotisation supérieur à 12,2 % au-delà de 2039», poursuit la RRQ. Ce n'est tout de même pas dramatique, mais par souci d'équité intergénérationnelle...

Les pressions sur le régime viennent principalement de l'espérance de vie après 65 ans. Cette espérance est passée de 13,2 à 17,8 ans pour les hommes de 1966 à 2006, de 15,9 à 21,1 ans pour les femmes. Elle devrait atteindre 21,8 ans et 24,2 ans respectivement en 2060. Quant au rapport entre les 20-64 ans et les plus de 64 ans, il est appelé à passer de 4,1 fois présentement à 2,9 en 2020, puis à 1,9 en 2055.

Selon les projections, le nombre de cotisants passe de 3,9 millions en 2010 à près de 4,3 millions en 2037, pour demeurer relativement stable par la suite. «Les cotisations totales passent de 10,4 milliards en 2010 à 12,3 milliards en 2020 (en dollars constants de 2010). Par la suite, elles augmentent selon la croissance des salaires réels pour atteindre 20,9 milliards de dollars en 2060.»

Là où le problème devient criant, c'est dans la colonne des prestations. Plus précisément:

- le nombre de bénéficiaires de la rente de retraite (1,4 million en 2010) doit doubler d'ici 2050;

- en 2010, on compte trois cotisants pour chaque bénéficiaire de la rente de retraite. Dès 2021, on compte moins de deux cotisants pour chaque bénéficiaire;

- les prestations totales, qui incluent également les prestations de survivants et d'invalidité, passent de 10,1 milliards de dollars en 2010 à 17,6 milliards en 2030 et à 26,4 milliards en 2060 (en dollars constants de 2010).

Quand il faut passer à la caisse...

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3 commentaires
  • chat58 - Inscrit 11 décembre 2010 08 h 41

    Caisse de dépôt.

    Bonjour.
    Nos grands penseurs québécois on investit ailleur ou dans des domaines voués a l' échec d' avance. Les Caisses Desjardins on fait de même, Moi mëme sans avoir mon secondaire 5, je savais que vu
    que l' utilisation de l' informatique, le papier commercial est en diminution constante et c' est nous citoyen qui payons la note par la remonté fulgurante des frais d' utilisation vde nos institutions financieres, le plus frustrant c' est que nos pseudos dirigeants compétants on été grassement récompensé par des bonis faramineux. Ils auraient été mieux d' investir au Québec.
    Gaston Dufour, Alma.

  • noel chri - Inscrit 11 décembre 2010 11 h 31

    au service rouge...la mémoire Québ. en est une, qui oublie

    Cocorico! petits penseurs. l'avidité règne.
    Les 45 milliards de la CDP, qu'on appelle les placements poisons, jamais eu d'enquête là dessus? Comme mentionné la semaine passée : pas de problème, on oublie comme la construction , les gaz de schistes et le détournement de titres, et de fonds de territoires, comme les éoliennes ?
    Les 600 millions de Bécancourt plus les 150, à 200millions récurant de pénalités. La décote par Fitch, d'Hydro-Québec ( profits en chute libre) et le doublement de l'étalement du financement de sa dette de 50 à 100 ans . Sans conter le contrat clef en main du contrat de 2e appel d'offre pour 1000 éoliennes toujours en voie d'implosion ? Bécancourt n'est qu'une marche dans le parc à coté?
    Parlons-en des caisses de retraites on n'omet de mentionner la chute libre des bonds municipaux, des 2 dernières semaines, sans parler des bonds souverains ...Si on est sérieux quand on parle de contre performance des marchés de 2008 . Combien les CDP ont placés en en milliards et en % dans ces 2 secteurs clefs ? rien que en Amérique du nord les bons municipaux représentent 3500 milliards . Pourtant aux U.S c'est une question d'urgence nationale.
    Ici pas de problèmes rien de mieux pour oublier que que de le passer sous silence. Pas d'enquête, pas d'enquête.
    CNoel p/acorp/ www.prosperitefrontenac.com

  • Paul Racicot - Inscrit 12 décembre 2010 14 h 23

    Hé bien...

    Puisque : «...le taux de cotisation actuel de 9,9 % permet de maintenir une réserve jusqu'en 2039. "Toutefois, l'analyse actuarielle révèle qu'il ne permet pas d'assurer un financement stable du régime à long terme." Le taux d'équilibre serait de 11,02 %.»

    Hé bien... il n'y a qu'à hausser progressivement le taux de cotisation de 9,9 à 11,02 %, non? Tant de chichi pour 1,1 %...