La frileuse

La bonne foi se présume, dit-on, mais on dit aussi que toute règle a son exception. En ce qui concerne l'affaire Michaud, présumer de la bonne foi des libéraux aurait été de la dernière naïveté.

Pauline Marois avait parfaitement raison de croire qu'ils auraient profité de la motion d'excuses présentée par Amir Khadir pour faire un deuxième procès à M. Michaud et dénoncer par la même occasion le prétendu nationalisme ethnique du PQ.

Il était même gênant de voir Jean-Marc Fournier saliver à cette perspective. En sa qualité de ministre de la Justice, il aurait au moins pu manifester une réserve de façade. Depuis quelque temps, le premier ministre Charest répète continuellement que l'Assemblée nationale ne doit pas de transformer en tribunal populaire.

M. Michaud dit brûler d'envie de lui faire parvenir une sommation de rétractation à la suite des propos qu'il a tenus en point de presse vendredi dernier. M. Fournier ne demande certainement pas mieux que d'en remettre.

Si l'on suit la logique de Mme Marois, il faudrait toutefois s'abstenir de toute motion contraire aux positions du gouvernement, de peur qu'elle ait finalement pour effet de les consolider. Au jeu parlementaire, celui qui dispose d'une majorité finit toujours par imposer son point de vue. L'important est ce qu'en retient l'opinion publique.

M. Michaud a envoyé un mot à la chef du PQ pour s'excuser du courriel virulent qu'il lui avait expédié sous le coup de la colère, allant jusqu'à remettre son leadership en question. Il n'en demeure pas moins que Mme Marois a fait preuve d'une frilosité désolante.

Aussi bien pour M. Michaud que pour le PQ, il aurait été nettement préférable que les médias rapportent que les libéraux refusaient de réparer l'injustice du 14 décembre 2000, plutôt que de titrer, comme l'a fait Le Devoir: «Réhabilitation d'Yves Michaud - Le PQ refuse le débat sur la motion».

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Cela fait maintenant dix ans que le PQ traîne cette histoire comme un boulet, tout en sabotant systématiquement les occasions d'en finir. Pourtant, le dossier est parfaitement documenté. Il est maintenant clair que M. Michaud n'a pas tenu devant la Commission des états généraux sur la langue les propos antisémites qu'on lui a reprochés.

De toute évidence, certains refusent obstinément d'admettre leur erreur. Le député de Richelieu, Sylvain Simard, que M. Michaud a déjà qualifié d'«olibrius» et de «quémandeur de maroquin aux loyautés successives», en fait manifestement une affaire personnelle.

De tous les élus péquistes qui avaient condamné M. Michaud en décembre 2000, dont dix sont toujours en fonction, seulement quatre lui ont présenté des excuses: Joseph Facal, Louise Beaudoin, François Gendron et Claude Cousineau. Pauline Marois s'y refuse toujours.

M. Michaud, qui a 80 ans, se demande s'il deviendra centenaire avant qu'on lui rende justice. C'est plutôt à se demander si l'on n'attend pas lâchement le jour où il emportera son honneur blessé dans la tombe.

Dans la lettre qu'elle a adressée la semaine dernière au président de l'Assemblée nationale, Mme Marois lui demande simplement de faire en sorte qu'à l'avenir, une personne faisant l'objet d'une motion de blâme soit entendue au préalable.

Cette démarche n'a aucune chance d'aboutir, et la chef du PQ le sait très bien. En février 2002, le conseil national de son parti avait déjà adopté à l'unanimité une résolution demandant au gouvernement Landry de modifier le règlement de l'Assemblée, malgré les objections des libéraux. Cette résolution était restée lettre morte. Le dossier avait été renvoyé à la commission de l'Assemblée nationale où il avait fini de s'enliser.

M. Michaud s'était alors adressé aux tribunaux qui avaient dû s'incliner devant la suprématie du Parlement. Dans ses commentaires, le juge Jean-Louis Beaudoin, de la Cour d'appel, avait cité l'adage latin: Summum jus, summa injuria. Le comble du droit peut être le comble de l'injustice.

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Quand elle est devenue chef du PQ, Mme Marois a choisi de réhabiliter le discours identitaire, qui était proscrit au PQ depuis la tristement célèbre phrase prononcée par Jacques Parizeau le soir du référendum.

Le geste était courageux et nécessaire. Mme Marois a bien compris que les Québécois n'opteront pas pour la souveraineté tant qu'ils ne seront pas débarrassés de cette mauvaise conscience que le camp fédéraliste a si bien réussi à exploiter.

Encore faudrait-il qu'elle assume pleinement l'orientation qu'elle a voulu donner à son parti. Il y a dix ans, M. Michaud a été victime de cette mauvaise conscience qu'elle cherche à extirper. Certes, Lucien Bouchard voulait à tout prix empêcher ce trouble-fête de remporter l'investiture péquiste dans Mercier, mais il l'avait également sacrifié sur l'autel du «nationalisme civique».

Plutôt que de régler une fois pour toutes cette malheureuse affaire, Mme Marois marche sur des oeufs. À quelques mois du congrès national du PQ, c'est pourtant le moment de démontrer du leadership.

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mdavid@ledevoir.com
24 commentaires
  • Andre Vallee - Inscrit 7 décembre 2010 01 h 36

    Plus que temps

    Que justice soit rendue. M. Michaud y a droit.

  • Jean-François Trottier - Inscrit 7 décembre 2010 03 h 12

    C'est aussi et surtout une affaire mineure

    On notera qu'au départ, ce sont des propos intentionnellement mal rapportés qui ont déclenché l'affaire, qui ont été montés en épingle par une opposition qui cherchait à marquer des points peu importe la façon, quitte à grossir une rumeur pour en faire de la grossière propagande. Il est quand même amusant de lire les porte-paroles de ce même parti arrivé au pouvoir accuser maintenant le PQ de faire leurs choux gras des allégations de corruption!
    Deux différences notables:
    1) L'actuelle opposition n'a eu qu'à saisir l'actualité alors qu'à l'époque, il a fallu tout bâtir de toute pièce. Quand on dit que le PLQ est un parti de bâtisseurs...
    2) La réaction prompte de Lucien Bouchard, si elle était excessive, a quand même coupée l'herbe sous le pied de toute une rhétorique Libérale. Regardez comme ils sont encore nombreux à citer l'insignifiante remarque des chiffons rouges comme s'il s'agissait d'un crime contre l'humanité. Imaginez-vous s'ils avaient en plus rapporté les propos allégués d'Yves Michaud comme des vérités pendant 10 ans! Quand ce parti a le potin dans les voiles...

    Cela dit, je pense qu'il faut présenter des excuses à Yves Michaud. Mais il s'agit d'un débat artificiel dans le sens où on ne parle pas de réalisations réelles mais d'un débat sur des perceptions. En plein le genre de débat dont rêve le parti Libéral qui peut agiter ses épouvantails habituels. Et franchement, les voir se déchirer la chemise sur des insignifiances, c'est lassant.
    Une motion une fois le PQ au pouvoir, en début de mandat, peut-être? Un des nombreux torts à réparer dans 3 ans...

  • Pierre Schneider - Inscrit 7 décembre 2010 06 h 12

    Où sont passés les grands leaders ?

    Entièrement d'accord avec le chroniqueur quand il souligne à quel point Jean-Marc Fournier, un autre profiteur du système qui revient après avoir reçu sa primer de départ, brûle d'envie d'en découdre contre les méchants indépendantistes, lui le servile de service du fédéralisme assimilateur.
    Quant à la madame, elle démontre une fois de plus son manque d'envergure et de courage politique en ne reconnaissant pas ses torts. Si elle se demande encore pourquoi les citoyens ne l'aiment pas, elle n'a qu'à se regarder dans un miroir.Le peuple ne peut aucunement admirer des élus qui ne savent se tenir debout.

  • Louis Poulin - Inscrit 7 décembre 2010 07 h 10

    Habité par la honte

    À chaque fois qu'il est question de l'affaire Michaud, un sentiment de honte m'habite. Je serais tellement fier de la chef du parti dont je suis membre, si elle se décidait à rectifier cette erreur du passé. Madame Marois, de grâce prouvez moi que je ne me suis pas trompé en vous faisant confiance. Il est moins une, mais pas encore trop tard pour réparer cette grave erreur du passé. Prouvez que vous êtes mieux que Lucien Bouchard.

    Yves Côté
    Montréal

  • Nunu - Inscrite 7 décembre 2010 08 h 48

    Un instant!

    Tout le monde s'énerve avec l'affaire Michaud.Que croyez vous qu'il serait arrivé si il y avait eu un vote?Les libéraux auraient bien ri ent du Parti Québécois de changer d'idées et ce pendant des mois et ils(les libraux)auraient votés contre étant majoritaire ils auraient encore gagnés.Ont se retrouveraient a la même place.Pensez y.