L'assurance vie universelle, un produit très complexe

Je suis un travailleur autonome incorporé. Dans les prochaines années, j'aurai des montants significatifs à investir dans des placements fixes via ma compagnie.

Je me suis fait offrir une assurance vie universelle pour servir de véhicule pour ce type de placements, avec un rendement garanti qui me semble trop bon pour être vrai. Je comptais investir ces sommes dans des obligations de bonne qualité...

Pourriez-vous m'éclairer sur cette offre qui me laisse perplexe et que je ne comprends pas? Lorsqu'on essaie de disséquer ces produits pour en comprendre les frais, on en perd vite son latin...

Merci.

J. G.

L'assurance vie universelle est un produit offert par les compagnies d'assurance vie qui combine à la fois une assurance vie et un compte d'investissement. Le montant de la couverture de l'assurance n'est pas imposable dans les mains du bénéficiaire (normalement l'héritier). Quant au compte d'investissement, les sommes investies se composent affranchies de tout impôt tant et aussi longtemps qu'elles y demeurent. Mais, contrairement au REER pour lequel les cotisations sont déductibles de votre revenu imposable, les contributions versées au compte d'investissement ne donnent droit à aucune déduction.

Évidemment, les sommes investies dans le compte d'investissement (elles peuvent correspondre à 80 % environ de votre prime annuelle; le reste de la prime sert à couvrir le coût de la police d'assurance vie) serviront à acheter la panoplie de fonds d'investissement et autres produits (tels les fonds indiciels) offerts par la compagnie. Selon qu'il s'agisse de fonds d'obligations ou d'actions, les frais de gestion seront plus ou moins élevés. Quant au rendement potentiel, il est tributaire de la bonne performance des gestionnaires et/ou des indices boursiers.

L'assurance vie universelle est donc un produit très complexe, très difficile à évaluer pour le commun des mortels. Le coût exigé pour l'assurance vie est-il raisonnable? Les frais exigés par les différents fonds d'investissement proposés sont-ils acceptables? Les frais de sortie (advenant un rachat prématuré du compte d'investissement) sont-ils excessifs? Les rendements passés des fonds ont-ils été supérieurs aux indices sous-jacents et à ceux des compétiteurs? Les questions sont nombreuses et, comme vous le dites si bien dans votre lettre, au point d'y perdre son latin.

Pour terminer, voici un extrait partiel d'une de mes chroniques, parue en 2003, laquelle donne une très bonne idée de la portée de l'assurance vie universelle.

S'il s'agit d'effectuer une planification successorale (le but étant alors de maximiser l'avoir laissé aux héritiers), l'assurance vie universelle peut s'avérer un merveilleux véhicule, auquel ont souvent recours les entrepreneurs (généralement conseillés par un bon fiscaliste), dont l'avoir accumulé dans la compagnie est devenu important et est imposable (ce qui pourrait être votre cas).

Par contre, s'il s'agit d'utiliser l'assurance vie universelle dans le but exprès d'accumuler un avoir suffisant pour prétendre à une retraite confortable (on planifie donc pour le bien-être de son vivant et non pour celui des héritiers), la formule comporte des avantages, mais aussi de nombreuses embûches.

De prime abord, précisons que, parce que les sommes versées dans le compte d'investissement ne sont pas déductibles des revenus imposables, l'assurance vie universelle ne vaut pas le REER (dont les cotisations sont déductibles) comme moyen d'accroître rapidement son avoir en vue de la retraite. Conséquence: avant de considérer l'assurance vie universelle, l'épargnant doit cotiser chaque année le montant maximum permis à son REER. Pour l'épargne excédentaire aux cotisations maximales permises au REER, une personne peut certes considérer l'assurance vie universelle comme un moyen de s'enrichir. Mais attention. Bien qu'en théorie elle semble très attrayante, l'assurance vie universelle s'avère en pratique une plateforme idéale pour vendre une panoplie de produits financiers aux commissions de vente ainsi qu'aux frais de gestion et d'administration parfois très élevés. Ces commissions et frais peuvent gruger passablement le rendement potentiel de vos placements à long terme.

Évidemment, le premier produit vendu par l'institution financière est la police d'assurance vie même. Elle coûte cher. Elle ampute de 15 %, voire plus, le montant total investi dans l'assurance vie universelle. C'est là autant d'argent en moins versé dans le compte d'investissement qui constitue la source d'enrichissement de votre vivant, en vue de la retraite. Il importe donc ici de bien magasiner de façon à dénicher la compagnie d'assurance vie exigeant les primes les plus faibles possible pour une police d'assurance vie donnée.

Autre point à considérer: avez-vous réellement besoin d'une telle police d'assurance-vie? Normalement, plus on est âgé, plus l'avoir net est élevé et moins les besoins en matière de couverture d'assurance vie sont élevés.

Comme vous pouvez le constater, les variables à considérer sont nombreuses et le produit, l'assurance vie universelle, est complexe au point que tout apprenti se trouve carrément à la merci des vendeurs de produits financiers. Il devient alors facile de leurrer cet apprenti en lui faisant miroiter les valeurs futures pouvant être accumulées sur une période de 15, 20 ans ou plus dans le compte d'investissement en utilisant des rendements hypothétiques élevés, parfois beaucoup trop élevés par rapport au rendement potentiel (déjà diminué par les commissions et autres frais) des produits financiers offerts par l'institution financière.

Quand vous serez à la retraite, plutôt que de retirer graduellement les sommes accumulées dans le compte d'investissement et, du coup, verser les impôts dus, le conseiller vous expliquera une autre option, celle de l'emprunt. Il s'agit alors d'emprunter chaque année le montant du retrait désiré, emprunt qui aura pour collatéral la valeur accumulée dans le compte d'investissement. Dans ce cas, les sommes empruntées ne sont pas imposables puisqu'il n'y a pas de retraits effectifs du compte d'investissement. Notez que cela est possible selon les règles fiscales actuelles. Rien ne garantit toutefois que ces règles seront encore les mêmes dans 15 ans.

Pour ma part, utiliser l'épargne résiduelle (celle restant après avoir cotisé pleinement au REER) pour bâtir son portefeuille d'actions à dividendes élevés et croissants de grandes entreprises canadiennes m'apparaît une avenue plus attrayante que l'assurance vie universelle et ses produits connexes. Certes, vous devrez payer des impôts sur les dividendes reçus. L'effet de la magie du dividende croissant est cependant si fort qu'il compense amplement ce désavantage fiscal à long terme.

Quant à cette possibilité d'emprunter contre la valeur du compte d'investissement de l'assurance vie universelle, rien n'empêche le petit investisseur de faire de même contre la valeur de son portefeuille hors REER.

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cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
1 commentaire
  • Albert Thibault - Inscrit 4 décembre 2010 07 h 58

    Taxes incluses dans prime!

    N'oubliez pas que sur chaque prime versée dans une police d'assurance vie, une partie des frais de gestion sert à payer un impôt fédéral de 15% sur le revenus de placements des polices d'assurance vie. En effet, plutôt que d'imposer les titulaires de polices, le gouvernement fédéral prélève cet impôt sur le revenu de placements (IRP) que la dompagnie d'assurance doit verser à même les revenus dérivés du placement des fonds de capitalisation des polices exonérée. De plus, sur chaque prime versée, une taxe provinciale de 2,35% est déduite du dépôt et envoyée au gouvernement, ce qui a pour effet de réduire le montant disponible à la capitalistaion dans la police. Je crois que nous avons le droit de savoir exactement les frais que nous payons!!!
    Pour plus d'information, n'hésitez-pas: veilleux.manon@videotron.ca