Que la force soit avec toi

«On peut nous traiter d’utopistes, mais ceux qui pensent qu’on peut continuer comme ça le sont bien plus que nous», dit Sébastien Boyer (à gauche), porte-parole de GEDI avec Genifer Legrand, Caroline Fortin et le cofondateur, Paul Saint-Pierre Plamondon.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «On peut nous traiter d’utopistes, mais ceux qui pensent qu’on peut continuer comme ça le sont bien plus que nous», dit Sébastien Boyer (à gauche), porte-parole de GEDI avec Genifer Legrand, Caroline Fortin et le cofondateur, Paul Saint-Pierre Plamondon.

Je suis une Gen X typique avec un nom et un prénom sans trait d'union. Travailleuse autonome par nécessité, j'ai eu la fibre politique plutôt résistante au lavage de cerveau (mi-nylon, mi-pure-laine); ai fabriqué un enfant avec mes propres ovules, sur le tard; ai découvert les condoms en même temps que le sida, les ordis en même temps que le marché du travail; n'ai jamais cru en Dieu sauf lorsque je regarde un ruisseau couler ou la neige tomber.

Mes parents faisaient partie de la génération silencieuse, j'ai fréquenté beaucoup de boomers sans leur en vouloir d'avoir tout raflé, les jobs, la sécurité d'emploi, les médecins de famille et les REER. J'ai bouffé aux râteliers du tarot, de la méditation, de la poésie, du végétarisme, du tango et de l'amour en série pour donner un sens aux restes qu'ils me consentaient.

J'ai laissé à d'autres le soin de s'occuper des choses importantes comme la gestion des villes, des déchets et des ressources naturelles, la construction des viaducs et des esprits, la Caisse de dépôt, le virage ambulatoire, l'invasion des technologies et des pharmaceutiques en médecine, les expériences de torture en CHSLD, la place de la culture dans nos vies, la défense de notre langue et du patrimoine vivant. J'ai naïvement cru que je n'avais pas à m'en mêler puisque la politique, la religion et l'armée canadienne m'indifféraient souverainement même si la vie m'intéressait. Mea culpa. J'avais tout faux.

Depuis que j'ai rencontré les GEDI, je me sens une fibre 100 % élasthanne, je veux m'étirer le cou dans tous les sens et suis prête à monter aux barricades derrière eux. Leur sommet, Génération d'Idées, la fin de semaine dernière, a fait courir 330 Y (surtout des 25-35 ans) des quatre coins du Québec avec des mentors nés avant eux, aussi prestigieux que Bernard Descôteaux (mon boss), Claude Béland ou Céline Hervieux-Payette.

Mieux qu'une partielle remportée dans Kamouraska, ils ont triomphé du scepticisme ambiant et refait le monde avec trois pelés, un tondu et beaucoup de bénévoles oeuvrant pour la cause, sans partisanerie, sans complaisance, c'est le propre du brassage d'idées.

À droite, à gauche, au centre, peu importe la couleur, ils étaient tous là pour refaire le monde à leur mesure, entre «idée-alistes». «Beaucoup de gens qui sont allergiques à la politique viennent vers nous. Ils sont curieux, informés, et ne font pas nécessairement du compost dans leur cour. Et ils veulent que ça change. Concrètement!», me dit Paul Saint-Pierre Plamondon, leur messie, jeune avocat de 33 ans au parcours atypique: z'en connaissez beaucoup, des finissants du secondaire qui s'expatrient tout seuls pendant un an dans la campagne danoise pour apprendre les rudiments d'un mal de gorge chez un pasteur luthérien, avant de retourner compléter un bac en droit civil et Common Law à McGill, puis un MBA à Oxford, sans compter un certificat en droit international en Suède? Moi non plus. Parallèlement, Paul le saint est aussi cofondateur de ce mouvement GEDI, aussi inattendu que rafraîchissant.

«C'était ça, les objectifs de la Révolution tranquille?»

Vu le niveau d'écoeurantite aiguë découlant des scandales politiques, de la collusion (gaz de schiste) et de la corruption, le fait qu'une tranche de la génération 20-35 ans, réputée flegmatique et individualiste, décide de se retrousser les manches, ne peut que soulever l'enthousiasme du citoyen lambda. Peu importe s'ils échafaudent des théories sans jambe, on louera des fauteuils roulants et les béquilles usagées à l'oratoire s'il le faut.

Il n'y a qu'à consulter leur Cahier du participant au Sommet (disponible à www.generationdidees.ca), une bible de travail plutôt exhaustive des problèmes de société qui nous tenaillent, pour saisir l'ampleur de leurs préoccupations et la complexité du monde qui s'offre à eux. Saint PPP a quitté son emploi durant deux mois et demi, en 2009, pour prendre le pouls de la jeunesse dorée aux quatre coins du Québec (à ses frais), avant d'accoucher d'un livre: Des jeunes et l'avenir du Québec - Rêveries d'un promeneur solitaire. Ce gars-là, on le voudrait comme PM: articulé, vif, rassembleur, «riche» même si sa dette d'étude à Oxford n'est toujours pas payée.

Les sujets qui titillent les jeunes rencontrés vont dans tous les sens: de la responsabilité sociale des entreprises au cynisme en politique, de l'agriculture dans notre assiette au vieillissement de la population, de la gestion de la diversité culturelle à celle de l'eau, de la fin du règne automobile à l'élitisme à l'école (abolition du financement au privé), en passant par la façon de dynamiser les régions.

«On peut nous traiter d'utopistes, mais ceux qui pensent qu'on peut continuer comme ça le sont bien plus que nous!», lance Sébastien Boyer, 34 ans, un des porte-parole, ingénieur junior dans une boîte qui développe des produits et logiciels de téléphonie sur Internet, qui a vécu un an à Milan (il parle couramment l'italien) et deux à Berlin, avant de revenir faire de l'activisme au Québec.

Si le développement durable et les préoccupations environnementales servaient de toile de fond à la vingtaine d'ateliers tenus le week-end dernier, la ferveur, la verdeur et la passion ont frappé les organisateurs de plein fouet. L'appel à la communauté leur semble une voie viable et la réponse, très positive.

Ils sont ressortis du sommet bardés d'un enthousiasme contagieux que freinera sans doute (un jour) la réalité déconcertante: «Y a une prise de risque et une incertitude qui viennent avec le changement et des étapes normales de négation, d'agressivité, de dérision. Mais ça va arriver...», lance le charismatique Paul Saint-Pierre Plamondon.

«Nous sommes réalistes par rapport au futur et souvent, les gens ne savent pas par où commencer», pense Caroline Fortin, la responsable des communications, aussi recherchiste à repère.tv sur le Web, qui croit que GEDI est désormais une piste de solution. «GEDI est conçu comme Wikipédia, soit une source ouverte, à l'image de notre génération», ajoute Genifer Legrand, chargée de projet à la logistique du Sommet.

Faire la Révolution «intranquille» ?

Mais comment vont-ils vendre ces idées et mettre de l'avant les quatre enjeux qui se sont démarqués au cours de ce sommet, soit le système de santé, la restauration de la confiance des Québécois envers les politiciens, les finances publiques et l'éducation? En passant par Québec Solidaire, les médias alternatifs, YouTube, Facebook, voire une vraie révolution pour insuffler un vent de changement?

«Il faudra un autre sommet pour établir un plan d'action, convient Paul Saint-Pierre Plamondon. Chose certaine, l'économie, c'est émotif et la politique est basée sur la confiance. Quand les gens n'ont plus confiance, c'est pas long qu'on ne développe plus, qu'on n'innove plus. Il y a une tristesse qu'on porte tous à vivre dans une société où la corruption et le désengagement sont devenus un mode de vie.»

C'est combien pour la carte de membre? Y a un rabais pour les aînés?

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cherejoblo@ledevoir.com
twitter.com/cherejoblo

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«Dans les révolutions, il y a deux sortes de gens: ceux qui les font et ceux qui en profitent.»
- Napoléon Bonaparte

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«Pour faire face à de nouveaux publics,
nous devons tout d'abord être en mesure
de faire face à des sièges vides.»
- Peter Brook, metteur en scène et acteur

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Interviewé: pour la première fois de ma carrière un porte-parole qui consultait son BlackBerry en me répondant. Ok, les boys, je sais que vous êtes surdoués des neurones, multitâches, capables de répondre aux questions tout en vous faisant aller les pouces, mais ça donne plutôt l'impression que vous êtes cyberdépendants et infoutus de vous passer de votre meute de Y deux instants. Et je m'abstiendrai de vous mentionner le mot «politesse», totalement suranné.

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Visité: le site www.generationdidees.ca, très bien fait, avec un magazine, des articles écrits par les Y mais commentés par des mentors (Dany Laferrière, David Levine, Lorraine Pagé, etc.). Bref, une foule d'idées qui vous brassent le canayen.

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Parcouru: avec intérêt le dernier numéro d'Urbania (le magazine des 20-35 ans) consacré aux escrocs. Le rédac chef invité? Nul autre que l'auteur des Bougon, François Avard, qui fait une entrevue avec Claude Robinson, un auteur bien floué par les escrocs. On précise à l'intérieur que le loup en page frontispice est un «vrai» loup; lire: pas trouvé sur Google Images. Très révélateur de cette génération qui est née avec le faux. Pour le vrai, donc, une entrevue avec Alfonso Gagliano, une autre avec Luc Dionne, l'auteur d'Omerta, et une autre avec Yves Michaud, le Robin des banques. À lire: le guide du bon corrupteur.

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Reçu: le livre Sous haute surveillance - le Moulin à paroles (L'instant scène). Cet événement de l'oralité qui s'est déroulé à Québec du 12 au 13 septembre 2009, durant 24 heures, a regroupé 100 lecteurs autour de textes engagés, à l'occasion de la commémoration de l'anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham. On y retrouve la même énergie qu'un certain soir de référendum, en mai 1980. Des extraits de textes d'Arthur Buies, de Louis-Joseph Papineau, d'Armand Lavergne, de Louis-Hyppolyte Lafontaine, Louis Fréchette, Hubert Aquin, Germaine Guèvremont, Gabrielle Roy, Jack Kerouac, Françoise Loranger, Clémence DesRochers, Claude Dubois, Zachary Richard, Nelligan, Félix Leclerc, René Lévesque, Pierre Laporte, Michèle Lalonde, Pierre Bourgault, Michel Tremblay, Henri Bourassa... Un document historique qui donne envie de lire les textes originaux en entier.

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Aimé: Les 100 mythes de la culture générale d'Éric Cobast (Que sais-je?), un condensé puissant de tous les mythes qui nous habitent inconsciemment depuis Sisyphe jusqu'à Batman, en passant par Jeanne d'Arc, Fantômas et Peter Pan. Rien sur les Jedi de Star Wars, dommage, mais j'ai retrouvé leurs devises sur Wiki.

- Les Jedi sont les gardiens de la paix dans la galaxie.

- Les Jedi utilisent leurs pouvoirs pour défendre et protéger.

- Les Jedi respectent la vie, en toutes ses formes.

- Les Jedi servent autrui plutôt que de le dominer, pour le bien de la galaxie.

- Les Jedi cherchent à s'améliorer à travers le savoir et l'instruction.
 
2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 3 décembre 2010 11 h 36

    Idée supporteuse

    Chers jeunes Y,
    il vous manque une idée porteuse, supporteuse : créer un fonds pour que nous, les vieux, souvent avec des fonds de disponibles, puissions vous seconder.

    M Béland pourrait s’occuper de ce fonds.

    Nous sommes de la Génération de Support aux idées de continuité de la vie.

    De grâces, GEDI, pensez aux riches un peu plus; parfois ils font pitié avec leur surplus; ils sont oubliés; ils ont besoin de causes porteuses à soutenir.

    Avec et proche, Y-von

  • Marco - Inscrit 3 décembre 2010 17 h 37

    De la suite du monde...

    Si vous croyez que les gens, responsables de près et de loin ayant conduit à cette Révolution "pas si tranquille que ça" n'ont pas éprouvé ces angoisses et ces hésitations qui précèdent toute décision importante devant conduire à des c hangements majeurs, vous vous trompez!!...

    Chaque époque, chaque génération, par contre, est marquée par un désir si puissant qu'elle transcende les efforts et les énergies qu'il est nécessaire de déployer pour arriver à changer le monde... d'une façon si minime soit-elle!

    Vous êtes en place, désormais. Moi j'ai déjà 60 ans, (et j'ai toujours la foi et je continue à croire et à espérer), je vous dis: allez y, foncez. organisez-vous et procédez!!... Au criss!....C 'est énévitablement dans la suite normale des choses!.. Et vous n'avez surtout pas à attendre la bénédiction de personne!! Vous le savez si bien!...

    Bien d'autres que moi sont derrière vous!!