Et puis euh - L'ennui

Vous êtes assis là à regarder votre bulletin quotidien de nouvelles du sport et, même si vous faites la même chose chaque jour depuis des années, une pensée surgit soudain dans votre esprit enfiévré: y a de l'action, de la belle action, surtout en cette fin de semaine où le Rouge et Or gagne la coupe Vanier, Canadien bat le Buffalo et les Alouettes remportent la coupe Grey. Mais que serait la vie si elle n'était qu'une succession de faits saillants? Cela provoquerait-il l'exaltation, ou au contraire une certaine fatigue imputable au fait que ça ne s'arrête juste jamais?

Vous songez à tout ça en vous demandant bien pourquoi vous vous interrogez sur des trucs qui ne se peuvent pas de toute manière, l'humain en ce bas monde est condamné à une portion de routine et de lassitude sauf dans Lance et compte. Puis, par un immense paradoxe, vous aboutissez sur une chronique de Steve Rushin, de Sports Illustrated, qui établit un palmarès des... 10 moments les plus ennuyeux dans le monde du sport par ailleurs merveilleux™ (c'est le monde du sport qui est merveilleux™, pas les 10 moments les plus ennuyeux).

Qu'a trouvé le monsieur? En ordre inverse, il commence par la conférence au monticule, vous savez quand le gérant et tous les joueurs se réunissent et parlent dans leur gant et que ça ne finit plus. Suit la reprise vidéo: l'arbitre va au moniteur et s'installe sous le capuchon pendant 10 minutes.

Le deuxième quart. Voilà qui est intéressant. «Le premier quart est excitant. Vous venez juste d'arriver, vous débordez d'adrénaline, tout peut arriver. Au troisième quart, vous êtes revenu à votre siège, rafraîchi et soulagé. Au quatrième quart, soit le match est serré, soit l'écart est si grand que vous êtes autorisé à partir. Le deuxième quart, lui, est une petite mort.»

Le dégagement refusé au hockey. Le tir du lanceur au premier but. Au soccer, le corner court. La bande défilante au bas de l'écran qui vous tient au courant des plus récents développements dans le dossier Brett Favre. Le mois de février. Les innombrables et souvent inutiles temps d'arrêt pris par les entraîneurs de basketball dans les dernières minutes d'un match. Et le champion: le quart-arrière qui met un genou au sol.

Vous me permettez d'en ajouter deux? La réponse du coach/joueur/autre membre du milieu, et la question du journaliste/animateur/membre du milieu.

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Quiconque a déjà joué mal au golf sait qu'il est de coutume de crier «Fore!» lorsqu'on expédie par inadvertance une balle dans un secteur inattendu où pourraient se trouver des individus, afin de prévenir ceux-ci du danger potentiel de recevoir l'objet en pleine margoulette.

Coutume, certes, mais est-ce obligatoire? Cette brûlante question devrait trouver réponse dans les prochaines semaines alors que la Cour d'appel de l'État de New York tranchera.

Imaginez, c'est si grave que l'histoire dure depuis huit ans. Deux amis médecins pratiquaient leur sport préféré en octobre 2002 lorsque le coup de l'un atteignit l'autre en plein visage, le rendant borgne. Celui-ci poursuivit celui-là, et le dossier s'est promené depuis de tribunal en tribunal. Un premier jugement conclut que par le seul fait de se trouver sur un terrain de golf, on accepte un certain risque, notamment celui d'être frappé par une balle. Un second verdict est allé dans le même sens, mais avec une dissidence: un juge a écrit qu'en n'avertissant pas son partenaire alors que sa balle partait dans une drôle de direction, le premier golfeur a contrevenu aux règlements du sport et «augmenté de manière déraisonnable» le risque d'accident.

Problème: l'un assure qu'il a crié «Fore!», l'autre affirme, tout comme un témoin, qu'il n'a rien entendu. Et on a fait valoir toutes sortes d'arguments, évoquant entre autres la «nature historique» du jeu du golfeur fautif afin de déterminer si la trajectoire erratique était prévisible. Enfin, c'est très compliqué, mais voilà la beauté du système judiciaire, non?

Cela dit, quelle belle occasion, n'est-ce pas, de se livrer à un peu d'enquête étymologique par un week-end sombre de novembre. D'où donc vient la tradition de crier «Fore!», et pourquoi ce mot plutôt que deux autres, par exemple «Watch out!»? Je vous préviens, on nage ici en eaux troubles.

Voici quand même l'explication la plus répandue. En ces temps-là, il y avait une femme à la cour royale de France nommée Marie Stuart. Il arrivait que l'on joue au golf à la cour, et on faisait porter les bâtons par de jeunes garçons appelés «cadets».

Lors de son retour en Écosse où elle allait devenir reine, Marie aurait emporté avec elle le mot et le principe du cadet. Les Écossais transformèrent le rôle du cadet, qui fut aussi appelé à se rendre sur le terrain afin d'éviter que des balles soient perdues. Le golfeur criait «Forecaddie!» après s'être élancé pour le prévenir que la balle s'en venait.

Ce «Fore» aurait des origines militaires. Dans une bataille rangée, l'artillerie criait «Beware before!» avant de tirer pour avertir les soldats des premières lignes de se mettre à l'abri. Au fil du temps, un diminutif s'imposa, et «Forecaddie!» devint simplement «Fore!»

Après ça, venez donc prétendre que vous n'en apprenez pas des affaires dans cette modeste rubrique.