Théâtre - Un peu, beaucoup, passionnément...

Entendons-nous tout de suite: il y a festival et festival. Tassons d'abord les «gros», ceux qui drainent les touristes par centaines de milliers dans le centre-ville, parfois même tous en même temps maintenant que l'administration municipale a décidé de les parquer là, été comme hiver, sous les rampes d'éclairage en forme de brosses à dents du Quartier des spectacles.

Ceux-là sont devenus des phénomènes de masse, de gigantesques messes cathartiques. Ils jouissent d'un statut à part parce qu'ils ont carrément créé ici une industrie: celle du défoulement collectif massif à répétition (DCMR). Il fallait y penser: faites la fête, pas la guerre! Yeah! «Bessoir Morialllle»!

Bravo donc. Re yeah! Mais non; c'est plutôt de l'impact moins directement massif des nombreux festivals de théâtre animant la vie culturelle montréalaise toute l'année durant qu'il sera question ici. Simplement parce que l'un d'eux, le rendez-vous international incontournable que sont devenus les Coups de Théâtre, se terminait le week-end dernier après avoir touché pendant deux semaines des publics âgés de 4 à 14 ans avec des spectacles venus de partout sur la planète. Plus d'une vingtaine en fait présentés souvent devant des «tourneurs» internationaux, dont la plupart participaient en même temps aux assises de CINARS.

Mais un «petit» festival quand même. Parce que, dans le secteur, même les plus gros sont petits. On parle pourtant d'une presque douzaine d'événements théâtraux différents occupant collectivement sur une seule année à peu près tout ce que la ville peut offrir de salles... sauf celles consacrées aux messes collectives. Bien sûr, on n'arrive pas aux chiffres d'assistance des pros du DCMR. Mais l'impact est majeur à plusieurs niveaux.

On peut déjà mesurer le phénomène à ses retombées. Dans les salles de théâtre partout, les spectateurs d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'il y a dix ans à peine. Plus jeunes, plus exigeants, plusieurs d'entre eux «trempent» dans le théâtre depuis leurs premières visites à la Maison Théâtre ou aux Gros Becs avec l'école. Certains en ont vu beaucoup déjà. Et malgré tout ce que l'on peut penser, ces jeunes adultes fréquentent les petites et les grandes salles pour les bonnes raisons: ils savent que le théâtre n'est pas un divertissement à tout prix et qu'il peut, au contraire, les toucher profondément...

En même temps, on peut aussi remarquer que les thèmes abordés maintenant par les jeunes compagnies d'ici, les formes auxquelles elles font appel, même l'audace budgétaire qui les caractérise — «faire encore plus avec encore moins» —, tout cela s'inspire, tout cela vient, d'une façon ou d'une autre, du contact avec ce qui se fait partout ailleurs. De la volonté aussi de faire connaître une approche que l'on défend. Les festivals sont un peu, beaucoup, passionnément, des incubateurs de démarches et de projets à venir. Ils existent au fond pour faire le point: pour tracer le portrait de l'état des lieux à chaque nouvelle édition. Pour féconder le milieu aussi et repousser chaque fois les limites de la création, de ce que l'on peut dire et faire sur une scène... en principe du moins.

Quand on jette un coup d'oeil derrière, c'est très évidemment ce que l'on peut dire des plus importants de nos «petits» festivals de théâtre. Et très certainement des Coups de théâtre. On trouvera ailleurs dans nos pages un bilan de l'événement, mais on a d'abord voulu en souligner ici le caractère essentiel.

Tous au TdA!

On vous en a parlé la semaine dernière, mais c'est ce soir que s'amorce au Théâtre d'Aujourd'hui (TdA) la série de représentations d'Éclats et autres libertés, cette production à huit mains produite par le Théâtre Le Clou. Une fois sur place, profitez-en pour jeter un coup d'oeil aux rénovations qui ont forcé la fermeture du bâtiment à la fin de la dernière saison afin d'y aménager, entre autres, une nouvelle salle de répétition; maintenant comme on peut le lire sur le site revampé du TdA,«la salle Jean-Claude-Germain est entièrement consacrée à la diffusion de spectacles de compagnies de la relève et d'auteurs émergents».

On pourra noter aussi sur le site que désormais «les compagnies ou artistes qui désirent proposer un spectacle pour la saison 2012-2013 de la salle Jean-Claude-Germain devront déposer leurs dossiers avant le 1er juin 2011». En terminant, rappelons que c'est le dimanche 5 décembre à 15h et le lundi 6 décembre à 19h30, au Théâtre d'Aujourd'hui toujours, que l'on pourra assister à Théâtre à la une, une séance de lecture dans le cadre des célébrations du 100e anniversaire du Devoir. Sous la direction de Marie-Thérèse Fortin, Gilles Renaud, Alexis Martin, Guylaine Tremblay, Anne-Élisabeth Bossé, Sébastien Dodge, Alexia Bürger et Marie-Thérèse Fortin liront «des textes commandés spécifiquement pour l'occasion à quatre auteurs: Jean-Philippe Lehoux, Olivier Kemeid, Carole Fréchette et Catherine Léger». On se renseigne au 514 282-3900.

En vrac

-Sibyllines annonce une série de représentations supplémentaires de La Nuit avant les forêts de Bernard-Marie Koltès dans la mise en scène de Brigitte Haentjens. Porté par le comédien Sébastien Ricard qui s'est attiré des critiques dithyrambiques, le spectacle sera présenté, du mardi au samedi à 20h, jusqu'au 11 décembre et toujours au 661 rue Rose-de-Lima. On trouvera des billets au Théâtre de Quat'Sous au % 514 845-7277. Puisqu'il est question de supplémentaires, signalons que le Théâtre du Nouveau Monde annonce trois représentations de plus, les 14, 15 et 16 décembre, à 20h, du Dieu du carnage de Yasmina Reza dans la mise en scène de Lorraine Pintal. On se renseigne et l'on réserve son billet au % 514 866-8668.

-Dans l'impressionnante série de spectacles dont on ne vous a pas encore parlé à cause de l'abondance de l'offre, soulignons la 17e édition des Contes urbains qui sont présentés cette année à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. Comme à l'habitude, «sept interprètes se glissent dans la peau d'une pléiade de personnages qui nous raconteront la ville, leur ville et le temps des Fêtes». La production du Théâtre Urbi et Orbi, présentée à 19h30 notez-le, est à l'affiche jusqu'au 18 décembre.

-Signalons aussi en terminant le passage à la Maison des Arts de Laval du 5 au 8 décembre de Kamo l'idée du siècle de Daniel Pennac. Le spectacle destiné aux enfants dès 10 ans est une production du Théâtre Galiléo qui nous avait donné une version théâtrale très réussie de Monsieur Malaussène au théâtre. On en saura plus au % 1 877 667-2040. Notons que le spectacle visitera aussi la Maison de la culture Pointe-aux-Trembles du 13 au 17 décembre et dans ce cas, l'on se renseigne au 514 872-9814. Qu'on se le dise!