Coproduction Canada-Québec

Au Québec, tous les yeux sont tournés vers la circonscription de Kamouraska-Témiscouata aujourd'hui. À Ottawa, le vote qui se déroule dans l'ancien fief du défunt ministre Claude Béchard partage la vedette avec trois élections partielles fédérales. L'ensemble constitue une sorte d'avant-première de la prochaine campagne électorale canadienne.

Le possible effet domino des résultats dans Kamouraska-Témiscouata explique que l'intérêt du scrutin dépasse, pour une fois, largement les frontières québécoises. Une défaite péquiste dans une circonscription majoritairement francophone au moment où le PLQ est à un creux historique dans les intentions de vote pourrait avoir un effet dévastateur sur le leadership de Pauline Marois... et détourner le cours de la carrière de Gilles Duceppe vers l'Assemblée nationale.

Dans un tel scénario, c'est aussi bien l'hypothèse d'un scrutin fédéral pendant la première moitié de 2011 que le rapport de force entre les partis fédéralistes et le Bloc québécois aux prochaines élections qui seraient remis en question. Sous un chef néophyte, le parti souverainiste fédéral serait, tout au moins dans un premier temps, plus vulnérable aux assauts de ses adversaires que sous le doyen des leaders fédéraux qu'est devenu Gilles Duceppe.

Si, à l'inverse, le PLQ essuyait la défaite, le premier ministre Jean Charest serait encore davantage fragilisé, d'autant plus que la majorité libérale à l'Assemblée nationale est mince. Dans l'état actuel des intentions de vote telles qu'elles ont été illustrées par un sondage CROP-Cyberpresse samedi, Jean Charest est en voie, au Québec, de surpasser l'impopularité endurée pendant son dernier mandat par son mentor Brian Mulroney à l'échelle canadienne.

L'expérience de l'ancien parti progressiste-conservateur fédéral a démontré qu'il y a un point de non-retour au-delà duquel un nouveau chef ne peut plus redresser un parti en chute libre. Contrairement aux bleus de Brian Mulroney, le PLQ n'a pas en réserve une Kim Campbell ou un Jean Charest pour tenter de relever le défi.

À Ottawa et dans le reste du Canada, le départ forcé ou volontaire d'un interlocuteur fédéraliste connu comme Jean Charest ne passerait pas inaperçu. La classe politique fédérale actuelle n'a jamais cohabité avec un gouvernement souverainiste à Québec.

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Michael Ignatieff, Stephen Harper et Jack Layton pourraient tous ce soir avoir des raisons plus immédiates de souhaiter une diversion québécoise. Chacun d'entre eux joue gros jeu dans les trois élections complémentaires qui se déroulent aujourd'hui en Ontario et au Manitoba.

Une défaite libérale aux mains des conservateurs dans la circonscription banlieusarde de Vaughan, au nord de Toronto, ébranlerait fortement le moral — déjà éprouvé par une performance médiocre dans les sondages et l'enthousiasme limité d'une partie de la base militante du parti pour le prolongement de la mission afghane — des troupes de Michael Ignatieff.

Le PLC représente Vaughan aux Communes depuis 22 ans. Michael Ignatieff a déjà une grosse commande sur les bras en vue des prochaines élections. Pour avoir le nombre minimal requis pour tenter de former un gouvernement, il va devoir remporter une quarantaine de sièges supplémentaires au prochain scrutin. S'il veut y arriver, il n'a pas les moyens de perdre des circonscriptions qu'il a héritées de Stéphane Dion.

Les stratèges de Stephen Harper s'attendent à conserver facilement Dauphin-Swan River-Marquette, une circonscription manitobaine à forte tradition conservatrice. Mais le premier ministre a fait monter les enchères du vote d'aujourd'hui en recrutant l'ancien chef de la police provinciale de l'Ontario, Julian Fantino, pour représenter son parti dans Vaughan.

Le chemin d'une éventuelle majorité conservatrice passe par les grandes banlieues de l'Ontario comme celle de Vaughan et si le Parti conservateur ne peut pas la ravir au PLC avec un candidat-vedette comme Julian Fantino, il sera tentant de conclure que Stephen Harper ne mènera jamais sa formation à la terre promise.

Pour Jack Layton, la course se résume vraiment au scrutin dans Winnipeg-Nord, une circonscription que les libéraux tentent de ravir au NPD grâce au recrutement de Kevin Lamoureux, le député provincial qui le représentait à l'Assemblée législative du Manitoba. Si le chef néodémocrate veut continuer à présenter son parti comme la principale force d'opposition fédérale à l'ouest de l'Ontario, le NPD doit gagner Winnipeg-Nord ce soir.

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Dans tous les scénarios, la brochette d'élections complémentaires fédérales d'aujourd'hui n'aura aucun impact sur le rapport de force entre les partis aux Communes. Mais ces votes donnent tout de même un avant-goût de la dynamique probable de la prochaine campagne fédérale.

On y a vu Stephen Harper monter à l'assaut des fortifications ontariennes de Michael Ignatieff pendant que libéraux et néodémocrates continuent à se disputer chaque pouce du terrain qui est à gauche du territoire conservateur. Et les trois partis fédéralistes espèrent ensemble que des événements extérieurs vont modifier, à leur avantage, la configuration d'un Bloc québécois qu'ils semblent, d'autre part, incapables d'ébranler par leurs propres moyens.

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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

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chebert@thestar.ca
11 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 29 novembre 2010 08 h 17

    Pourquoi le PQ va perdre dans Kamouraska?

    Même si Charest n'a que 17% de support chez les Francophones, le PQ va perdre parce que

    1) Le comté est moins riche, moins scolarisé et plus âgé que la moyenne québécoise (le PQ est désavantagé dans ces 3 clientèles)
    2) Les Libéraux surfent sur l'héritage de Béchard
    3) Les Libéraux ont octroyé le contrat des wagons de métro à Bombardier de La Pocatière
    4) La force de l'ADQ divise le vote d'opposition
    5) Québec Solidaire enlève quelques points précieux au PQ
    6) Pauline ne poigne pas
    7) Les Libéraux ont eu le temps de remplir les boites avec le vote par anticipation

    Bref, le PQ va perdre.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 29 novembre 2010 09 h 12

    Le Québec souverainiste et le Québec fédéraliste

    Le Québec est, à peu près, divisé en 2 parties assez égales, selon la température, entre les souverainistes et les fédéralistes qui sont 2 façons de voir l'avenir du Québec dans ou hors le Canada.

    Faudrait juste trouver une solution rassembleuses entre ces 2 pôles, ces 2 groupes, ces 2 tendances du genre de l'Union européenne comme une véritable confédération canadienne formée de 2 à 5 États souverains. Autrement, nous continuerons à nous obstiner inutilement les uns les autres aux élections et, entre aussi..

    Entre-temps, voici ma suggestion pour un hymne national que le Québec fédéraliste ou souverainiste, devrait adopter pour accompagner dignement notre fleurdelysé :

    http://www.youtube.com/watch?v=uNnepxk-N04

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 novembre 2010 09 h 24

    Titres tendancieux

    Récemment, un article de La Presse annonçait des résultats d'un sondage qui mettait le PQ et le PLQ à égalité (dans la marge d'erreur) et annonçait que, malgré les scandales, le PQ ne réussissait pas à l'emporter. On aurait aussi bien pu dire que le PLQ avait vu fondre l'avance qu'il avait depuis des années, mais ç'aurait été trop négatif pour le PLQ, faut croire.

  • France Marcotte - Inscrite 29 novembre 2010 10 h 14

    Si c'est bon pour le Québec...

    Mais si le PQ perd dans Kam-Tem, Gilles Duceppe se retrouvera sans doute sous peu chef de ce parti, ce qui pourrait être une bonne nouvelle pour le Québec mais une moins bonne pour le Bloc québécois qui devra avoir un nouveau chef à sa tête, ce qui ferait le bonheur des autres partis au fédéral, comme l'explique ici madame Hébert. C'est que le Bloc fait un travail magnifique à Ottawa et cela doit pouvoir se poursuivre même sans M.Duceppe. "...les trois partis fédéralistes espèrent ensemble que des événements extérieurs vont modifier, à leur avantage, la configuration d'un Bloc québécois qu'ils semblent, d'autre part, incapables d'ébranler par leurs propres moyens".
    Et puisque madame Marois a toutes les compétences d'un bon chef sauf paraît-il le charisme pour devenir première ministre, peut-on envisager qu'elle devienne chef du Bloc québécois en remplacement de G.Duceppe? N'est-ce pas la cause du Québec qui lui tient avant tout à coeur?

  • Michel Chayer - Inscrit 29 novembre 2010 10 h 18

    Pauline ne pogne pas

    Madame Marois, c’est la dame multimillionnaire vêtue de linges griffés qui a élagué le régime de prêts et bourses alors qu’elle était ministre de l’Éducation.