Questions d'image - Alors, quoi de neuf?

Je rentre d'Europe. Un séjour particulièrement stimulant organisé par MosaiC et le BETA (Bureau d'économie théorique et appliquée) de l'Université de Strasbourg sur le thème «Créativité, Sciences et Cités». Une semaine formatrice dans l'univers de la gestion de la créativité et de l'innovation scientifique, culturelle et citoyenne. Un exercice à vous bousculer les neurones et à vous écarquiller les pupilles. On peut encore, je le confirme, la soixantaine bien sonnée, se sentir excité tel un enfant dans une pâtisserie, devant la manifestation de l'intelligence créative et innovante des humains. Un sentiment fait, tout à la fois, d'admiration, de désir et d'espoir.

À l'IRCAD, en collaboration avec le NHC (Nouvel Hôpital civil) de la ville, on forme de futurs chirurgiens qui ont choisi de se consacrer à la lutte contre le cancer de l'appareil digestif. La haute technologie médicale, les techniques audiovisuelles et vidéo haute définition utilisées aux fins de cette formation, nous montrent comment des disciplines croisées peuvent se révéler combien efficientes dans l'exercice de chirurgies adaptées à chaque morphologie, c'est-à-dire à chaque patient, réduisant ainsi les risques d'erreurs à des taux jamais atteints jusqu'à maintenant.

Quelle n'est pas notre surprise lorsque notre présentateur, le réputé professeur Luc Soler, ajoute que les technologies développées par les fabricants de jeux vidéo ont grandement contribué à améliorer la précision des interventions dans des images en mouvement, mais également à découvrir l'habileté naturelle des plus jeunes chirurgiens, familiarisés depuis des années à la pratique de jeux de plus en plus complexes et sophistiqués. Il provoque l'hilarité de la salle lorsqu'en boutade, il lance à l'assistance: «Si votre enfant de 12 ans passe son temps devant les jeux vidéo, rassurez-vous en vous disant qu'il pourrait peut-être devenir un excellent chirurgien!»

L'interdisciplinarité est l'une des sources indispensables de la créativité.

Selon Christelle Carrier, déléguée culturelle aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg, et sa complice Barbara Bay, la culture et la santé devront à l'avenir faire route ensemble. Leur objectif est ambitieux: transformer — avec l'aide de leur administration — des lieux de soins en lieux de vie. Avec la collaboration de la designer canadienne Ilana Isehayek, elles ont réussi la première phase de ce projet: une pouponnière et une salle à manger, aux lignes futuristes entièrement repensées pour procurer aux nourrissons, aux mamans, aux parents ainsi qu'au personnel soignant, un espace de quiétude, d'efficience et d'harmonie. Dans une deuxième phase, il leur a été accordé les crédits nécessaires pour réaménager dans le même esprit, l'unité des soins palliatifs.

Aux extrémités de la vie, l'innovation intègre désormais l'humain à son cahier des charges.

Le nouveau directeur du nouveau CHUM, Christian Paire, connaît fort bien ces démarches et ces approches transversales. L'accueil mitigé qu'il reçoit, pour l'instant, à la suite de ses propres propositions — qui n'ont d'autres visées que celles d'humaniser l'hôpital —, témoigne combien la route des préjugés sera longue à franchir pour arriver à ses fins. Mais à ce qu'on nous dit, l'homme est opiniâtre.

Je pourrais continuer ainsi mon carnet de voyage au coeur du génie créatif, en vous parlant également du choc reçu dans la salle d'audience à la Cour européenne des droits de l'homme, où le droit et le théâtre font vie commune dans un plaidoyer plus que crédible, dont on ne sait s'il est joué par des plaideurs ou plaidé par des acteurs. Une osmose parfaite au bénéfice d'une cause «pas si imaginaire» puisqu'elle se joue sur la trame de fond de l'expulsion des étrangers. Pour en savoir plus: www.utile-ignorance.com.

En matière de créativité et d'innovation, Montréal n'a rien à envier à d'autres villes notoirement positionnées dans la catégorie des «villes innovantes», telles Strasbourg, Copenhague, Liège ou Barcelone. Au contraire, en évoquant Montréal, on fait souvent bien des envieux. Mais une chose est certaine, une réputation ne se suffit jamais à elle-même, et il nous faudra collectivement nous solidariser bien davantage pour faire incuber, entretenir, stimuler et déployer toute la créativité voulue. L'enjeu de l'innovation est un enjeu de première nécessité. Tous les Montréalais en profiteront.

L'innovation est un morceau à quatre temps: l'idéation, le combat, la réalisation et le rayonnement.

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Jean-Jacques Stréliski est professeur associé à HEC Montréal, spécialiste en stratégie d'images.
1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 29 novembre 2010 11 h 45

    Avant-gardiste mais déconnecté

    Pas de doute monsieur, la technologie des jeux vidéo au service de la chirurgie en passant par la dextérité des enfants-robots, il y a de l'avenir là-dedans, et c'est certain que les quelques exceptions qui déplorent que ce qui manque actuellement aux soins qu'ils reçoivent c'est une touche culturelle avant-gardiste se réjouiront des nouveautés que vous rapportez dans vos bagages, mais le fait est que la population à laquelle vous vous adressez est surtout préoccupée en ce domaine médical de la réalité du manque en soins de base et de l'attente irraisonnable dans les hôpitaux dont on ne mesure pas toutes les conséquences. La lecture de cette chronique laisse avec un désagréable sentiment d'irréalité un peu comme si on nous annonçait que ce qu'on a trouvé de mieux à faire actuellement pour aider Haïti, c'était d'offrir des consoles wii aux enfants.