Se hâter lentement

Au dernier conseil général du PLQ, le premier ministre Charest avait chaudement applaudi aux propos de la nouvelle présidente de la Commission jeunesse, Maripier Isabelle, qui rappelait aux délégués la nécessité de mettre la Loi anti-briseurs de grève à l'heure d'Internet.

Après le conflit au Journal de Québec, celui qui sévit au Journal de Montréal depuis bientôt deux ans illustre de façon spectaculaire le déséquilibre que crée la possibilité de remplacer à distance des travailleurs en grève ou en lockout.

Réunis en congrès l'été dernier, les jeunes libéraux avaient adopté une résolution réclamant cette mise à jour, et Mme Isabelle voulait s'assurer qu'en dépit des protestations de bonne volonté de la ministre du Travail, Lise Thériault, le dossier ne tombe pas dans les limbes.

Le 22 septembre dernier, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une motion demandant au gouvernement de se pencher sur le dossier. Mme Thériault avait promis d'y réfléchir. Deux mois plus tard, elle cogite toujours. «Le Code du travail est un morceau important du droit québécois et il faut prendre le temps de faire les choses correctement», a-t-elle déclaré jeudi, refusant toutefois d'avancer le moindre échéancier.

Le Code est «un outil pour faire respecter les droits des travailleurs définitivement, mais aussi ceux des employeurs», a-t-elle expliqué. De quels droits parle-t-elle exactement? Il y a 30 ans, on a jugé que l'emploi de briseurs de grève conférait un avantage indu aux employeurs en cas de conflit. Maintenant que le développement de la technologie leur a redonné cet avantage, en profiter pour écraser les travailleurs serait-il devenu un droit?

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Curieusement, en 2003, le gouvernement n'a pas senti le besoin de réfléchir aussi longuement avant de modifier l'article 45 du Code du travail, malgré l'opposition unanime du monde syndical. Au bout de trois mois, le débat a été tranché par une loi spéciale.

Cela fait maintenant trois ans qu'on réclame une modernisation de la Loi anti-briseurs de grève. Et dans deux ans, les journalistes du Journal du Québec, qui l'avaient demandé en premier lieu, devront «négocier» à nouveau avec Quebecor...

Jeudi, les députés ministériels ont réservé un accueil particulièrement chaleureux à deux pétitions qui invitaient le gouvernement à agir. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, qui en a assez de lire dans Le Journal de Montréal qu'il trompe systématiquement les Québécois avec ses promesses de réduction de dépenses, frappait bruyamment sur son bureau pour marquer son approbation.

Le site des lockoutés du Journal, ruefrontenac.com, rapportait le même jour que le président de la Commission de l'économie et du travail, François Ouimet, qui est également le député libéral de Marquette, était tout disposé à ce que celle-ci se réunisse au début de 2011 pour examiner les tenants et aboutissants du conflit, à la condition d'avoir le feu vert de la ministre du Travail.

«Je n'ai pas à dire ni oui, ni non. Les membres de la Commission ont toute la latitude pour prendre un mandat d'initiative. S'ils veulent la faire, qu'ils la fassent», a-t-elle répondu hier. Bref, personne ne veut se mouiller. De toute évidence, on attend de savoir ce que décidera le premier ministre.

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M. Charest n'est pas mieux disposé à l'endroit de Quebecor que son ministre des Finances, mais il n'est pas pressé d'ouvrir les hostilités. S'il doit faire un geste, il ne l'annoncera probablement pas avant le discours inaugural de février prochain.

Petite suggestion: s'il se sent obligé d'offrir une compensation au patronat, pourquoi ne pas revoir le règlement de placement dans la construction? De cette façon, il ferait d'une pierre deux coups.

En attendant, le conflit au Journal de Montréal peut placer les parlementaires dans une situation délicate. Ils s'abstiennent généralement de lui accorder des entrevues, mais la députée péquiste de Taillon, Marie Malavoy, a dû se défendre d'avoir adressé une question à la ministre de l'Éducation. Line Beauchamp, à partir d'un article qu'il a publié cette semaine au sujet d'un voyage que des directeurs d'école avaient effectué en République dominicaine aux frais des contribuables.

Mme Malavoy a répondu qu'elle s'était plutôt inspirée d'un texte du Journal de Québec. En réalité, ce dernier avait repris à son compte le contenu d'un article rédigé par un cadre du Journal de Montréal. Faudrait-il s'abstenir de toute référence à une nouvelle publiée par un média où il y a conflit? À ce compte, tous ceux (dont l'auteur de ces lignes) qui ont commenté la fin de non-recevoir que Joseph Facal a opposée à François Legault seraient fautifs.

Le bonnet d'âne revient indiscutablement à Bernard Landry, qui s'est présenté récemment à un colloque organisé par la CSN avec un Journal de Montréal sous le bras. Interpellé par Marc Laviolette, il a répliqué: «Je veux être informé et ne pas me fier juste à Paul Desmarais.» Invité par des lockoutés à se défaire du provocant exemplaire, M. Landry a refusé. Allez donc savoir pourquoi personne ne s'en ennuie!

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mdavid@ledevoir.com
1 commentaire
  • Chryst - Inscrit 3 décembre 2010 10 h 04

    Ne pas être dérangé dans son quotidien

    On comprend les libéraux de vouloir étirer les choses mais le «je m’en foutisse» d’un ex- représentant du PQ laisse songeur.

    Michel Thibault ing. f. m. sc.