Que de prouesses pour récupérer les 350 000 $ perdus

Je lis votre chronique dans Le Devoir de manière ponctuelle et votre approche m'intéresse. En février dernier, vous avez offert une formation à distance et j'aurais aimé m'y inscrire rapidement, seulement mes énergies et mon temps étaient grandement sollicités ailleurs et j'ai dû reporter cette initiative. C'est à ce sujet que je vous écris aujourd'hui.

Ma décision est prise de me retirer des services du conseiller qui gère mon portefeuille présentement. Non seulement il me coûte cher (1,5 % de tout mon portefeuille, en fonction du montant le plus haut de chaque mois!) mais, en plus, il a fait l'erreur de ne pas respecter mon profil au départ (arrivée à son bureau à l'automne 2007, j'avais demandé 30 % de mon portefeuille en obligations, mais il n'a pas respecté cette proportion (il n'y en avait presque pas); il m'a acheté des fonds numérotés que je ne connaissais pas et je lui ai simplement fait confiance. J'ai réalisé son erreur le jour où les marchés se sont effondrés, un an plus tard. Ce jour-là, la quasi-absence d'obligations n'a pas amorti la chute et mon portefeuille a fondu de moitié.

J'ai réagi en hypothéquant ma maison de 100 000 $ que j'ai remis sur le marché le 10 ou le 11 octobre 2008 (le premier creux), n'achetant que des fonds d'actions. J'ai évité les obligations, estimant qu'il était trop tard pour cela et que ça me nuirait davantage. Quelques mois plus tard, quand notre dollar a baissé sous les 80 cents, j'ai demandé que mes placements dans des fonds américains soient remplacés par leur équivalent avec protection de la devise («hedge») afin de profiter de la remontée probable du huard.

Grâce à ces initiatives, j'ai pu rebâtir le montant initial investi auprès de ce conseiller en août 2007, mais je n'ai pas fait d'argent. Par contre, lui et sa banque en ont fait avec moi tout ce temps, soit plus de 10 000 $ par année pendant trois ans. Et ils ont sûrement bien dormi, pas moi. Aujourd'hui, je suis révoltée et je souhaite gérer mon portefeuille moi-même, réduire mes frais et mieux profiter de ce qui s'annonce comme un marché en croissance lente pour les prochaines années. Je ne pourrais prendre les risques du marché pour un petit rendement qui serait amputé de moitié par les frais.

Mais il faut que je sois prête à assumer moi-même mes choix et mes transactions. Or, si je m'intéresse depuis plusieurs années aux données macro-économiques, je ne connais pratiquement rien aux outils et produits de placement. D'où mon besoin d'une formation. Et je dois ouvrir un compte en direct pour transiger et je ne sais pas quelle plateforme est la meilleure, la plus complète. Je suis déjà une cliente de Desjardins et de la Banque Royale, mais j'ai aussi entendu parler de Disnat (ou quelque chose comme ça). Je veux suivre vos cours et m'ouvrir un compte en ligne le plus vite possible. Je dois aussi mieux comprendre et maîtriser la question de la sécurité des données sur Internet. C'est d'une importance majeure pour protéger notre avoir.

Habituellement je comprends vite. J'ai vendu presque tout mon portefeuille la semaine dernière (jeudi matin), craignant une correction et ayant récupéré mon capital (mon objectif prioritaire). Évidemment, en voyant les marchés bondir hier, j'ai un peu regretté de ne pas avoir attendu un peu... Mais bon. Je ne pouvais anticiper une décision majeure de la banque centrale du Japon.

Je ne souhaite pas que mes 687 000 $ (environ) dorment trop longtemps. Si je peux étudier les outils et préparer mes choix, je pourrais ainsi être en mesure d'entrer de nouveau sur le marché à la faveur d'un moment d'incertitude des marchés ou d'un mouvement à la baisse des actions ciblées. Je voudrais faire mes premiers pas rapidement, car j'ai sûrement bien du boulot sur la planche, puis repartir du bon pied. Ayant un bon montant et déjà 58 ans, je veux être très sérieuse dans ma démarche. Je tiens à cet argent que j'ai réussi à mettre de côté pour profiter de la vie dans plus ou moins cinq ans.

Je vous remercie à l'avance pour votre attention à la présente et j'attends votre réponse.

A. C.

Gatineau.

Ouf! Que de prouesses vous avez dû faire pour récupérer les sommes perdues durant la débâcle de 2008. Et, je dois l'avouer, vous avez un sens assez aiguisé du trading et de la prise de risque. Il faut le faire. Hypothéquer sa maison de 100 000 $ en pleine débâcle boursière pour n'acheter que des fonds communs d'actions commande du cran, beaucoup de cran. Avec cela, vous avez eu cette finesse de profiter du creux atteint par le dollar canadien en vous couvrant sur le marché des changes, vous protégeant du coup contre une éventuelle débandade du dollar américain, ce qui s'est effectivement produit.

Une histoire qui finit bien. Mais, il va sans dire, il ne s'agit pas de maintenir ce rythme effréné qui semble s'être emparé de vous. C'est ainsi que vous dites avoir récemment tout vendu vos fonds d'investissement, craignant une prochaine correction boursière. Geste que vous regrettez quelques jours plus tard, alors que les indices boursiers se sont ressaisis. Ce n'est certainement pas de cette façon que vous allez être en mesure de bâtir votre portefeuille à long terme. En gérant ainsi votre portefeuille en fonction de l'humeur des marchés, vous courrez à votre perte. Vous savez, ce que disent journaux et experts une semaine, souvent ils le dédisent la semaine suivante. Tout le monde de l'information financière ou presque semble orienté pour inciter les petits investisseurs à multiplier les transactions, au grand bonheur des courtiers en valeurs mobilières et autres argentiers. Donc, ne tombez pas dans ce piège.

Sachez que la situation des grandes compagnies canadiennes et américaines ne change pas en un seul trimestre. C'est pourtant l'impression que nous laisse le comportement des marchés boursiers et des journaux qui nous le décrivent.

À 58 ans, il est important de simplifier votre gestion et de bien contrôler le degré de risque de votre portefeuille. Une première chose à faire est de bien répartir vos quelque 687 000 $ à investir entre les deux grandes classes de valeurs mobilières que sont les obligations et les actions. Vous avez très bien compris l'importance de posséder des obligations de qualité dans votre portefeuille. À quelle hauteur? À 50 % du portefeuille global. Si vous aviez détenu une telle proportion d'obligations en 2008, cela aurait réduit de moitié les pertes essuyées lors de la débâcle boursière, la plus sévère jamais enregistrée depuis le krach de 1929. Donc, sur votre montant de 687 000 $, environ 343 500 $ devraient être consacrés à acheter des obligations négociables de qualité. Éviter ici les obligations à long terme (plus de dix ans) et faites en sorte que la durée moyenne de votre portefeuille d'obligations n'excède pas sept ans.

L'autre moitié peut être dévolue aux actions de grandes compagnies, huit au maximum, vous permettant de participer à quatre, préférablement cinq, secteurs-clés de notre économie. Et sachez qu'un tel portefeuille ne se bâtit pas en quelques semaines. Contrairement aux obligations de qualité (un portefeuille d'obligations peut se construire en quelques semaines au besoin), bâtir un portefeuille d'actions requiert temps (au minimum un an et demi) et discipline. Par discipline, j'entends le fait d'accumuler graduellement les actions sur faiblesse des cours (baisse de 7 % ou plus par rapport au sommet des 52 dernières semaines). Pour ce faire, je vous invite à choisir les huit compagnies dans lesquelles vous voulez investir (et les secteurs-clés auxquels vous voulez participer) et d'accumuler les actions de celles qui se sont repliées dans les paramètres précédents.

J'admets que vous montrez de bonnes aptitudes à gérer activement votre portefeuille. Si vous désirez le faire, je vous invite alors à établir les positions de base que vous désirez avoir à long terme dans chacune des entreprises. Une fois celles-ci atteintes, vous pourrez alors ajouter à ces positions dans le but de saisir les mouvements à plus court terme du marché boursier. Mais ne touchez pas à vos positions de base, à moins de développements majeurs négatifs et durables affectant une entreprise donnée.

Pour ce qui est du portefeuille d'actions, je vous conseille d'ouvrir un compte chez deux courtiers à escompte (exercice restreint). Et faites-le auprès des institutions avec lesquelles vous faites déjà affaire, c'est-à-dire le Mouvement Desjardins et la Banque Royale. Les deux possèdent leurs propres courtiers escompteurs (Disnat est celui du Mouvement Desjardins). Les commissions exigées par ces courtiers à l'achat ou à la vente de titres sont infimes par rapport à celles exigées par les courtiers de plein exercice.

Dans votre lettre, vous soulevez un excellent point: peut-on avoir totalement confiance en Internet pour gérer ses portefeuilles en ligne, ce que permettent de faire les courtiers escompteurs? Pour ma part, jamais je n'ai entendu dire que des pirates du Web étaient parvenus à détourner des fonds sur ces comptes. Mais, question d'éliminer tout risque, je vous conseille de répartir vos comptes entre quelques institutions et de faire affaire avec un courtier de plein exercice pour le portefeuille d'obligations.

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cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
3 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 novembre 2010 08 h 24

    Elle a battu la Caisse de Dépot

    La Caisse de Dépot a perdu 9 milliards lorsque la piasse s'est effondré à 77 cennes us. (les bolés ne l'avaient pas prévu celle-là)
    Chapeau à la dame qui a battu la grosse Caisse

  • Bernard Terreault - Abonné 27 novembre 2010 13 h 17

    Intelligente

    Pas comme moi, quand on a vu il y a un bout de temps le $can à 1,10 $US, je me suis dit ce serait le temps d'acheter des $US -- mais je ne l'ai pas fait, je suis trop indolent!

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 novembre 2010 16 h 05

    @terreault

    Il aurait fallu acheter des options sur le dollar us. Mauditement plus payant. Monsieur Parizeau s'est enrichi pendant sa jeunesse en spéculant sur les monnaies