Des assemblées de cuisine au Château

Le Château Frontenac se fait une beauté le soir, à Québec.<br />
Photo: Michel Roy Le Château Frontenac se fait une beauté le soir, à Québec.

Québec — Tout bien compté, il y a là un peu plus de 150 personnes qui, à 11h du matin, par un superbe samedi ensoleillé de novembre, se tiennent sagement assises devant un petit comptoir mobile, spécialement conçu pour les démonstrations culinaires.

L'imposante cheminée a beau trôner, magnifique, au milieu de la salle Jacques-Cartier, les immenses fenêtres ont beau fournir une vue privilégiée sur le fleuve, on se demande quand même pourquoi diable des dizaines de clients de l'hôtel préfèrent se masser dans cette pièce de réunion plutôt que d'aller prendre l'air du Saint-Laurent, lui si vivifiant depuis les hauteurs du Cap Diamant.

Nous sommes au Château Frontenac. La sous-chef Christine Kruger — ce jour-là en remplacement du chef Jean Soulard — explique à son auditoire, démonstration «au miroir» à l'appui, comment élaborer le menu de Noël concocté par la brigade châtelaine. Et de répondre, par la bande, aux questions d'un public si captivé qu'on peut entendre les frémissements dans la poêle.

Les durs à cuire et les autres

Ces «partys de cuisine», qui ont lieu les week-ends du début novembre jusqu'à la mi-décembre, s'intègrent à un programme d'activités des Fêtes au Château, où l'on peut aussi voir un artiste-peintre créant une oeuvre live, un barman élaborant des cocktails pour les célébrations de fin d'année, et l'incontournable père Noël (le vrai!) amusant les enfants, en plus de participer à une visite guidée de l'exposition de moulages de Rodin, avec des reproductions de ses sculptures les plus connues, dont Le Penseur.

Mais les ateliers de cuisine seraient de loin les plus courus, selon Catherine Lapierre, du service des communications. Doit-on en conclure que ces marmitons du samedi vont ensuite se précipiter à leurs chaudrons pour préparer le gravelax de saumon sauce à l'aneth du chef, ses scampis à la vanille et pétales de fleurs, sa côte de veau au miel, pommes à la ciboulette et chou rouge, puis ses fraises au vinaigre balsamique-sorbet de poire au gingembre? Pas sûr.

À une époque où les gens popotent de moins en moins, un si vif intérêt pour de telles assemblées de cuisine, intérêt qui d'ailleurs se manifeste également par un fol engouement pour les livres de recettes, à de quoi surprendre. Oh! Il s'y trouve toujours quelques durs à cuire, ces «bollés» des bons petits plats qui excellent à ne pas se mettre les pieds dans les plats, mais on soupçonne que pour bien d'autres, la pure curiosité rafle une bonne part du gâteau.

Et surtout la fréquentation d'un grand chef, dans cet univers clos qu'est la cuisine d'un restaurant. Lorsqu'un tel accès débouche, ô privilège, sur une visite dans les coulisses du savoir-faire de la table, c'est la totale.

Et puis, il faut bien le dire, le fait que ces coulisses soient celles du Château Frontenac ajoute à l'intrigue. On est à même de le constater sur place: le capital de sympathie pour cet hôtel de la capitale si présent dans l'histoire de Québec et du Québec est énorme. Parce que le Château, c'est le Château, voilà ce qu'on dit là-bas, au pays de Régis Labeaume.

Du reste, n'est-ce pas ce chef Soulard qui cultive ses propres herbes sur une terrasse de l'établissement, où il a également installé cette année quatre ruches qui ont essaimé en 275 kilos de miel à se fondre dans ses recettes? N'est-ce pas là aussi qu'a élu domicile le chien-guide Santol, de la Fondation Mira, qui accepte les câlins et les dons, noblement posté à la réception de l'hôtel cinq jours par semaine? Quoi, j'en entends grogner... Sachez que Santol possède, comme tout bon employé, ses cartes professionnelles et son adresse de courriel: lcf.santol@fairmont.com. Chienne de vie.

Mon beau Matto

Tant qu'à être à Québec, notons donc une nouveauté intéressante dans le Vieux-Port: l'ouverture du restaurant Matto, à même l'Hôtel 71, rue Saint-Pierre.

L'établissement d'hébergement, actuellement en rénovation pour récupérer des espaces de bureaux et les transformer en 20 chambres supplémentaires, dont quatre suites, abrite depuis quelques mois ce resto italien qui tranche avec «les tables gastronomiques et plus chères du quartier», dit la copropriétaire Sonia Gilbert.

Il existe déjà un restaurant Matto à Sainte-Foy, auquel le 71 a offert le gîte dans son très bel hôtel-boutique quatre-étoiles de la basse-ville. Même si les menus y sont abordables, le décor design de l'endroit fait super branché.