La «locomotion»

Paris — Entre 2009 et 2011, la Suisse aura sorti quatre longs métrages québécois. Les Amours imaginaires et J'ai tué ma mère sortiront en programme double à Londres avant le printemps. Vendu aux États-Unis, où il prendra l'affiche en avril, The Wild Hunt n'a plus que quelques territoires à conquérir, dont la France. Et, sur l'impulsion d'un distributeur américain déterminé à le conduire jusqu'au podium des Oscars, Incendies s'apprête à embraser le monde.

À l'international, le cinéma québécois a le vent dans les voiles. Or, un film est un film, une cinématographie, une cinématographie. Le succès du premier n'est pas garant du rayonnement de l'autre. Mais ça aide, comme le confirment les distributeurs et agents de vente internationaux rencontrés lors de la 14e édition de Cinéma du Québec à Paris, qui prend fin dimanche, après une clôture officielle demain soir sur les images... d'Incendies.

Tout comme le film de Denis Villeneuve, Les Amours imaginaires de Xavier Dolan agit comme une véritable locomotive pour notre cinéma. Il attire l'attention de la presse internationale et ses ventes (dans plus de 40 territoires) permettent de forger des alliances avec des distributeurs étrangers, que Cinéma du Québec fait fructifier au présent et tente de projeter dans l'avenir.

«Si nous n'avions pas acheté les films de Xavier Dolan, nous ne serions pas ici et nous n'aurions probablement jamais entendu parler de cet événement», me confiait hier Tim Beddows, de la société londonienne Network Distributing, spécialisée dans le cinéma d'art et essai. «J'apprécie le fait qu'ils [Cinéma du Québec] nous aient tendu la main, ce qui nous a permis de voir des films que nous n'aurions pas pu voir autrement», affirme celui qui a acheté les films de Dolan sur la foi de ses qualités artistiques. «Qu'il vienne du Québec, ça n'a pas grande importance pour nous», dit-il.

Felix Hächler, de Filmcoopi Zurich, abonde en ce sens, déclarant que dans un festival ou un marché, «on ne va pas voir le dernier film canadien, on va voir le film dont tout le monde parle». Le distributeur suisse des films de Xavier Dolan et de Léa Pool s'est déplacé dans la Ville lumière afin de rencontrer quelques vendeurs et enquêter sur la meilleure stratégie de promotion des films qu'il a déjà achetés, dont Incendies, qu'il sort fin janvier.

Est-ce que le film marche sur d'autres territoires? Comment le public de l'événement réagit-il? Est-ce que la structure officielle de la SODEC en Europe va le soutenir en l'aidant à faire venir le réalisateur pour le lancement? Ce sont là quelques-unes des questions que Hächler est venu poser au Forum des images, quartier général de Cinéma du Québec, où je l'ai attrapé au vol à la sortie de la projection de The Wild Hunt, représenté ici par son producteur, scénariste et acteur principal Mark Antony Krupa.

«Les vendeurs de plusieurs pays sont ici, mais on aimerait qu'il y en ait plus», me confiait Krupa au sortir de sa première projection au Marché du film d'Alexandre Franchi sur des rôlistes médiévaux qui dérapent. L'événement, qu'il qualifie de convivial et intimiste, lui a néanmoins permis de rencontrer des représentants de TV5 Monde et de convaincre un distributeur de Norvège, ainsi que Tim Beddows, de venir assister à sa projection.

«Je n'ai rien vu jusqu'ici qui m'a transporté», avoue Beddows. Mais sa curiosité envers le cinéma québécois est désormais éveillée: «Je me sens interpellé par la construction des films, ainsi que par leurs décors.» «On devine dès les premières images qu'un film est canadien», renchérit Felix Hächler, qui remarque «leur côté lisse, clean et leur rapport singulier à la musique.»

Incendies les allume. Les Amours imaginaires les incendie. Nos films d'auteur sont sexy. Tandis que Piché reste au sol.

Parent de Steve?

Dernières nouvelles arrachées ici au producteur Pierre Even au sujet de Café de Flore, la coproduction la plus attendue depuis Les Invasions barbares. Le tournage du film de Jean-Marc Vallée est terminé; sa postproduction s'étendra sur cinq mois; il devrait être prêt pour Cannes; la bande sonore offrira, comme dans C.R.A.Z.Y. du même producteur-réalisateur, un florilège de chansons connues. À ma question sur le talent d'acteur de Kevin Parent, qui en est la vedette, Even a déclaré à notre sortie de la Queue de cochon à deux heures du matin : «À l'écran, il est incroyablement charismatique. On dirait Steve McQueen.» Je cite de mémoire, mais quand même, ça donne faim.