Le sapin «écologique» existe

Un rituel saisonnier qui devrait donner lieu à une réflexion sérieuse.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un rituel saisonnier qui devrait donner lieu à une réflexion sérieuse.

Quel est le sapin de Noël le plus écologique? Vous seriez surpris de savoir combien de fois on me pose cette question en tant que présumé «expert» en la matière. Je me demande d'ailleurs pourquoi on ne la pose pas plutôt à certains politiciens qui se spécialisent dans l'art de nous en passer quelques-uns... Mais abordons avec un minimum de sérieux cette angoissante question annuelle.

La façon de résoudre cette énigme, qui peut donner lieu en prime à un excellent débat familial autour de la dinde, consiste à poser la question sous l'angle de la pollution et de la dépense d'énergie.

Il existe quatre sortes de sapins qui peuvent remplir cette fonction dans le temps des Fêtes: le sapin cultivé, le sapin en plastique ou artificiel, le sauvageon et le sapin cultivé chez soi. On exclut ici de ce débat les sapins géants comme celui du Rockefeller Center à New York ou d'autres du même genre, qui ne peuvent être que des arbres naturels en raison de leur taille.

Le sapin cultivé exige beaucoup d'énergie. On fait appel à des spécialistes et à beaucoup de petits pots en plastique pour préparer les semis, qu'il faut ensuite transplanter en nature après avoir déboisé et travaillé un sol forestier naturel. On se retrouve alors avec une forêt artificielle, donc un faux écosystème d'un vert trompeur. La préparation du sol forestier exige beaucoup de combustibles en raison de l'usage de machinerie lourde. Et dans la plupart des plantations, on utilise divers engrais chimiques et, souvent, des herbicides pour tuer la végétation concurrente de ce faux relent de nature qui ornera notre salon.

Quand on pense à toute l'énergie utilisée par la machinerie à toutes les étapes de la croissance de ces arbres, qu'on taille annuellement avec d'autres outils énergivores, il y a là matière à réflexion sérieuse, surtout au moment même où l'humanité va tenter, à compter de la semaine prochaine à Cancún, de réduire son empreinte sur le réchauffement de la planète, un problème attribuable à notre consommation effrénée, qui atteint son paroxysme dans le temps des Fêtes... Alors, si on ne veut pas que nos descendants doivent remplacer le sapin traditionnel par des cocotiers, c'est le temps d'afficher un minimum de cohérence...

Une nuance: les sapins cultivés sur d'anciennes terres agricoles permettent d'y reconstituer des surfaces forestières et de créer ainsi un puits de gaz à effet de serre en multipliant le nombre de ces capteurs de gaz carbonique atmosphérique. Mais ils n'en capteront jamais assez, à mon avis, pour effacer l'empreinte carbone exigée leur croissance en mode industriel.

De son côté, le sapin artificiel présente un avantage sur le sapin cultivé, car il est réutilisable plusieurs années de suite et, si on fait un bon choix, il est recyclable à la fin de sa vie utile si on a la patience de séparer le plastique ou le papier du métal utilisé dans sa structure. Le sapin artificiel fait de plastique a une empreinte écologique pire que celui de papier parce qu'il est fait de sous-produits du pétrole, une ressource naturelle en voie d'épuisement. En raison de sa réutilisation possible pendant plusieurs années, c'est un meilleur choix que le sapin cultivé. Et s'il ne sent pas aussi bon, une petite bouteille d'huile essentielle de sapin judicieusement dissimulée peut facilement compléter l'illusion.

De son côté, le sauvageon est certainement une solution de loin plus intéressante que le sapin cultivé ou l'artificiel. Le sauvageon est un sapin cueilli en nature à la suite d'une longue marche en forêt au cours de laquelle on aura examiné quelques centaines de ces petits arbres, discuté avec les enfants de la beauté des uns et des autres en surveillant surtout les trous dans la ramure près de la tête, laquelle est souvent fort dégarnie. Les petites épinettes sont, sous ce rapport, généralement mieux garnies et tout aussi agréables visuellement dans un salon.

Certains vont choisir un sauvageon, qui a poussé sans engrais, après l'avoir taillé délicatement pendant un an ou deux avant de le cueillir. Une taille légère semble stimuler la croissance ailleurs sur l'arbre, ce qui l'incite, dirait-on, à se regarnir ailleurs. Deux ou trois petits coups de sécateurs bien placés en été, un petit ruban rouge pour l'identifier au début de l'hiver et le tour est joué. Il sera plus beau que les sapins cultivés, qui ont souvent l'air d'arbres atteints d'obésité, d'un comique bedonnant plutôt que coniques.

Le problème avec le sauvageon, c'est de trouver l'endroit où le cueillir. Beaucoup de gens les cueillent sur les terres publiques en se disant, ce qui est exact, qu'un sapin coupé est immédiatement remplacé par un autre, comme du chiendent dans un champ. Si la chose est exacte sur le plan biologique, cela pose un problème légal, car les droits de coupe sur les terres publiques sont accordés par le gouvernement à des exploitants forestiers, ce qui fait que les Robin des Bois modernes n'ont pas le droit légal de se servir dans le trésor végétal régi par notre shérif forestier en chef...

Reste la possibilité de demander la permission à un fermier, parent ou pas, d'aller se cueillir un sauvageon en allant faire un petit tour en forêt avec les enfants, question d'éviter pendant un jour entier la consommation effrénée qui sévit dans les grandes surfaces commerciales en cette période de l'année. Et la balade en forêt enlève beaucoup plus de stress que l'exploration des magasins bondés. Il y a certes un coût environnemental: le plein d'essence pour la balade.

Reste la solution la plus écologique: le sapin cultivé chez soi qu'on parera de boules, guirlandes et brillants de toute sorte durant l'hiver qu'il passera dans la maison après avoir vécu tout l'été sur le balcon. Quand il aura atteint deux mètres, on démarrera la relève dans un autre pot. Ce bel arbre vert a besoin seulement d'un peu d'amour et d'eau, parfois d'une légère taille. Non seulement il ne faudra même pas un réservoir d'essence pour la balade en forêt, mais sa présence dans la maison aura un effet bénéfique sur la santé des habitants du lieu pendant l'hiver.

En effet, le sapin, comme d'autres conifères, émet un puissant bactéricide naturel, sans effet sur les humains, qui ont eu quelques dizaines de millénaires pour s'y habituer. Sa présence à l'intérieur pendant l'hiver pourrait aider à réduire la prolifération des bactéries qu'on s'échange si libéralement dans le temps des Fêtes. Certes, ce bactéricide pourra contribuer à réduire la diversité biologique de la gent microbienne dans votre maison, mais c'est un impact minimal pour le reste de la planète...

Il ne faut pas le remettre dehors après les Fêtes, surtout s'il a commencé à bourgeonner après avoir séjourné à l'intérieur une semaine avant Noël, car sa sève pourrait geler et créer des lésions dans sa structure interne.

Bonne balade d'avant Noël!

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7 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 26 novembre 2010 08 h 28

    Et où se procurer un sapin à cultiver chez soi?

    Maintenant que M. Vigor est en hibernation... c'est à vous de répondre à cette question.

  • Marjolaine258 - Inscrite 26 novembre 2010 09 h 20

    Bonne idée !

    Merci pour la suggestion du sapin cultivé sur le perron. J'achète l'idée. Je chercherai dans les centres jardins pour en trouver le printemps prochain.

  • Jean Laflamme - Abonné 26 novembre 2010 12 h 38

    Un sapin mobile

    L'idée de cultiver son sapin et de le rentrer dans la maison pour les fêtes est géniale, bien que difficle à mettre en pratique. J'ai déjà beaucoup de plantes que je rentre dans la maison avant l'hiver. L'été chanune a sa place dans un aménagement autour d'un bassin d'eau. Chacune demande une préparation particulière avant sa rentrée. Certaines prennent du volume en été et doivent être diviser. Pour un arbre de Noël de bonne dimension il faudrait le choisir avec soin et obtenir des conseils pratiques pour son déménagement. Que faire quand on a rangé les décorations de Noël? Le mettre en pension pour quelques semaines? Voilà un nouveau marché pour les pépinièristes. Ayant acheté un sapin artificiel de bonne qualité et de bonne dimension quand j'ai aménagé dans ma maison il y à 40 ans, je continue à l'utiliser, car il est encore comme un neuf.
    Jean N Laflamme, Saint-Bruno-de-Montarville

  • josemartine@hotmail.com - Inscrit 27 novembre 2010 08 h 00

    Le sapin écologique

    N'aimant pas le plastique ni les plantes artificielles, je trouve excellente l'idée d'un sapin en pot réutilisable d'année en année. Cependant j'ai toujours cru qu'un sapin avait besoin d'un hiver froid pour survivre; ce n'est donc pas vrai? Au point de vue pratique, à quel moment rentrer ce sapin, et à quel moment le ressortir. Un sapin qui a hiverné au salon supporte-t-il le gel? Merci de répondre à ces question, et je me convertis au sapin vivant.

    Martine Jeanrenaud-Facal, Sherbrooke

  • Laurette Trahan - Inscrite 27 novembre 2010 21 h 09

    Sapin écologique

    Bravo pour cette article !
    Merveilleux vos deux idées soit d'aller en forêt
    ou de cultiver son sapin
    Vos articles me sont toujours d'un grand intérêt
    Continuez votre bon travail

    L.Trahan
    Châteauguay