Repères - Corset électoral en Égypte

La crédibilité des élections législatives en Égypte, dimanche prochain, dépendra de la liberté de mouvement des quelque 14 000 observateurs locaux puisque le gouvernement dirigé par Hosni Moubarak s'oppose à la présence de témoins étrangers.

Les choses s'annoncent mal. Plusieurs organisations désireuses de déployer des observateurs attendent toujours les autorisations officielles, tandis que d'autres ONG, que le pouvoir a lui-même sollicitées, hésitent à accepter l'invitation. «Nous avons besoin que le gouvernement garantisse l'intégrité du processus électoral, car il y a de graves violations», a expliqué le président de l'Organisation égyptienne des droits de la personne, cité par Euronews.

Plusieurs grandes associations internationales de défense des droits démocratiques ont elles aussi critiqué l'organisation du scrutin. «L'effet combiné des lois restrictives, de l'intimidation et des arrestations arbitraires fait qu'il sera extrêmement difficile pour les gens de choisir leurs représentants au Parlement», notait récemment Human Rights Watch.

L'état d'urgence est en vigueur depuis l'accession au pouvoir d'Hosni Moubarak en 1981 — il y a presque 30 ans! —, ce qui l'autorise à décider arbitrairement qui a le droit de former un parti, de se porter candidat ou d'organiser des réunions.

Mohamed el-Baradeï, l'ancien patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique et candidat probable à la présidence égyptienne l'an prochain, a appelé au boycottage des législatives de dimanche.

Le Parti national démocratique du président Moubarak est assuré de remporter une fois de plus les élections haut la main. Les Frères musulmans, principale formation d'opposition, entendent participer au scrutin même s'ils ont accusé le pouvoir d'essayer de le truquer et si des centaines d'entre eux ont été interpellés par la police au cours des dernières semaines.

Puisque leur mouvement est officiellement interdit quoique toléré, les «Frères» doivent présenter leurs candidats en tant qu'indépendants. C'est ce qu'ils font dans le tiers des circonscriptions. À l'issue des dernières législatives, en 2005, ils avaient remporté 20 % des 508 sièges en jeu. «Si les élections étaient vraiment libres, les Frères musulmans remporteraient peut-être 30 % des sièges, mais je ne crois pas que la proportion de vrais intégristes dépasse 20 % en Égypte, estime Henri Habib, professeur de science politique à l'Université Concordia. C'est simplement que les gens en ont assez du régime. En Égypte comme ailleurs, les électeurs ne votent généralement pas pour quelqu'un, mais bien contre quelqu'un.»

Plusieurs autres formations politiques sont en lice, dont le Wafd, un parti laïque associé à la conquête de l'indépendance nationale dans les années 1920, et deux formations de gauche.

En 2007, des amendements ont été apportés à la Constitution égyptienne. L'un d'eux exige que 12 % au moins des sièges au Parlement soient occupés par des femmes. Une autre disposition nouvelle paraît beaucoup moins progressiste puisqu'elle transfère du pouvoir judiciaire à une commission nommée par l'exécutif le soin d'examiner les contestations après le scrutin.