Perspectives - Test pour la zone euro

Après la Grèce, l'Irlande, puis l'Espagne et le Portugal... Le marché teste la résilience de la zone euro et la capacité des Européens à délaisser la rhétorique politique pour l'action. Il faudra peut-être comprendre que la zone euro, ce n'est pas le FMI.

À trop vouloir plaire... Que dire de cette tonalité dans les discours des dirigeants politiques allemands évoquant trop facilement le péril de l'euro et de la zone en réponse à la grogne populaire? Le président de la Banque centrale allemande, Axel Weber, en a rajouté en maintenant la ligne dure, celle de l'austérité budgétaire immédiate, pour plaire aux marchés, bafouant cet esprit communautaire qui fait toujours défaut à l'eurozone dix ans plus tard.

En clair, depuis l'éclatement de la crise grecque, l'eurozone ne fait que répondre au coup par coup aux problèmes qui menacent de se répandre telle une contagion, non pas uniquement aux économies les plus fragiles de la zone, mais également à l'Espagne, quatrième économie de l'Union européenne. Avec, dans la mire, des doutes débordant sur la France.

La crise grecque a fait comprendre que le chantier ayant mené à la construction de la zone et à la naissance de l'euro en 1999 n'était toujours pas complété. Faute d'une union politique, voire minimalement d'une forme de gouvernement économique, cette crise a mis à nu l'absence d'un mécanisme de stabilité financière — une espèce de Trésor américain — pouvant compenser le fait que les pays membres renonçaient à leur levier monétaire et à la dévaluation d'une monnaie locale en cas de crise. Après un long débat politique traîné en longueur par la réticence allemande, l'urgence de la situation a abouti à la création d'une structure bicéphale de dernier recours impliquant la création du Fonds européen de stabilité financière oeuvrant dans l'ombre du Fonds monétaire international.

Or l'approche demeure coercitive. Ainsi, les élans policés reprochés au FMI durant les années 1990 demeurent la norme, bafouant l'esprit et la lettre de l'approche communautaire et alimentant l'euroscepticisme.

Sur cette base, il est faux de prétendre, comme l'a fait M. Weber, que la crise actuelle n'est pas une crise de l'euro lui-même, mais plutôt une crise de la dette souveraine dans certains pays. Car cette crise est amplifiée de beaucoup par le fait que ces pays font partie de la zone. Daniel Cohen, un économiste spécialisé dans la restructuration de la dette des pays en voie de développement, a rappelé au quotidien Le Monde l'exemple des pays émergents lors de la crise monétaire des années 1990. Souffrant d'un manque de devises leur permettant d'honorer leur dette extérieure, ces pays ont pu imposer un moratoire sur le remboursement de cette dette, le temps d'articuler un plan d'arrangement tout en protégeant leur économie domestique du choc extérieur, en disposant de leur levier monétaire et de leur banque centrale.

N'ayant plus de marge de manoeuvre sous forme de stimulation fiscale, les pays de la zone euro n'ont pas cette flexibilité monétaire. Ils n'ont pas accès à cette planche à billets. Et ils doivent, par surcroît, payer le prix de la sanction des marchés avec des taux d'intérêt dépassant hier les

5 % pour l'Espagne pour l'obligation échéant dans dix ans et de 6,8 % pour le Portugal. La Grèce et l'Irlande sont, pour leur part, frappées d'un taux généralement accordé aux obligations de pacotille, soit de près de 9 % et de 12 % respectivement. À titre de comparaison, le taux allemand, la référence dans l'eurozone, se situe à 2,6 %.

Le principe de l'euro consiste pourtant à offrir la stabilité financière en contrepartie du renoncement à un instrument: la dévaluation. «Si ce vers quoi on veut aller, ce sont deux catégories d'État, ceux qui empruntent à des taux élevés et les autres à taux faibles, alors l'euro sera mort.» Daniel Cohen préconise que, si les États s'engagent sérieusement et de manière crédible à revenir vers l'équilibre de leurs finances publiques, ils doivent pouvoir bénéficier de la solidité financière des autres États membres. Pour que cette approche communautaire fonctionne, «il faut qu'une instance les accompagne en leur prêtant à des taux d'intérêt faibles».

Or Axel Weber insistait hier pour plaider en fonction d'un renforcement de la discipline budgétaire. Dans son discours à Paris, il a été plus loin en réclamant que les objectifs fixés par l'Union européenne pour renforcer la discipline budgétaire des États deviennent un minimum nécessaire. Il a notamment déploré le fait que l'UE n'avait pas été suffisamment loin dans le mécanisme de sanctions prévues et que ces sanctions ne sont pas automatiques.

M. Weber ne semble pas lire que la réaction des marchés traduit un manque de crédibilité à l'endroit de l'eurozone. Qu'une telle austérité se veut un remède trop sévère rejeté par une population de plus en plus mobilisée.

Bref, si la zone euro prend des allures de FMI...