Théâtre - Des nouvelles du CQT

Alors que la pluie et le vent avaient pris possession du ciel tout entier en Bretagne, le Conseil québécois du théâtre (CQT) rendait public le 12 novembre dernier le Profil statistique de la saison théâtrale 2007-2008. On trouve dans cette étude — elle découle directement d'une résolution des États généraux de 2007 — des chiffres fort intéressants qui devraient ressembler beaucoup à ceux de l'année suivante et même aux données que l'on recueillera sur la saison en cours.

On a ainsi dénombré 375 productions théâtrales — 65 % d'entre elles sont des créations — montées par 212 compagnies. Cette saison-là, plus de 1168 interprètes dont 45 % étaient des femmes ont joué en moyenne 21 fois chacun des spectacles; 80 % d'entre eux étaient de la plume d'auteurs québécois. Un peu moins du tiers de ces productions ont circulé à travers le Québec ou à l'étranger. Ici, les représentations pour les jeunes publics totalisaient 67 % de l'ensemble des spectacles en tournée et plus de la moitié des 26 productions ayant circulé sur les réseaux internationaux. Ce qui souligne une fois de plus la vitalité et l'importance de ce secteur que certains continuent pourtant à ignorer en déguisant à peine leurs préjugés...

Tout cela est néanmoins fort réjouissant. Cependant, on s'en doute bien, l'étude met par contre au jour des pans de réalité plutôt désolants. Ainsi, si 45 % des interprètes sont âgés de 18 à 34 ans, ils et elles gagnent en moyenne un misérable salaire de 8765 $ par année. On notera aussi que, du côté des concepteurs, l'écart était toujours de 20 % entre les hommes et les femmes. Désolant. D'autant que leur revenu moyen s'établissait à peine à 6770 $. On pourra lire tout cela en détail sur le site de l'organisme: www.cqt.ca

Éclats en tous genres


Benoît Vermeulen était en France, à Auxerre, hier, en tournée avec Assoiffés, alors que nous l'avons joint pour qu'il nous parle de cet étrange objet théâtral difficilement identifiable qui prend l'affiche du Théâtre d'Aujourd'hui jeudi et qui porte le titre Éclats et autres libertés, un texte à huit mains dont il signe la mise en scène. Quatre auteurs donc (Marie-Josée Bastien, Mathieu Gosselin, Étienne Lepage et Jean-Fréféric Messier) servis par quatre jeunes comédiens.

C'est une première à plusieurs titres pour Vermeulen et pour le Théâtre Le Clou qui souhaitaient explorer de nouvelles voies: Éclats a donc d'abord pris la forme d'un atelier. Le metteur en scène y a convoqué 18 personnes; des auteurs et des comédiens, bien sûr, mais aussi des concepteurs, des musiciens et des artistes en arts visuels. Dans le but d'ouvrir les vannes. De décloisonner. Il a regroupé ensuite tout ce beau monde dans des équipes de cinq personnes et il leur a demandé «d'essayer des choses autour de la notion d'effort». Tout en retenant les services de la performeuse Nathalie Derome parce que, inspiré peut-être par Seuls de son patron Mouawad au CNA, Vermeulen souhaitait «une forte présence des arts visuels dans ce spectacle où le décor est en transformation constante».

Concrètement, le spectacle met en scène quatre personnages — Lili, Philémon, Anaïs et Thibault joués par Ève Duranceau, Philippe Racine, Ève Landry et Kim Lavack-Paquin — dont la devise pourrait être «le seul territoire valable est celui de l'imaginaire». Ils viennent «prendre la parole en créant sur scène un espace de liberté». Comme le souligne le metteur en scène qui a structuré l'ensemble, «c'est un spectacle qui parle de la force qu'il faut pour oser être différent des autres en employant des "armes" comme la poésie ou l'art. Cela parle de la recherche de la liberté, oui, mais de façon ludique et festive».

On pourra vérifier tout cela dès jeudi.

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En vrac

- Pour nos lecteurs de la région d'Ottawa — et puisque Benoît Vermeulen est autant au Clou qu'au Théâtre français du Centre national des arts (CNA) —, signalons comme ça le passage de l'édition exceptionnelle des Zurbains 2010 dont on vous avait parlé au printemps dernier lors de la création à Montréal. La production du Théâtre Le Clou, qui est la résultante d'une longue opération impliquant des centaines de collégiens, on le sait, s'adresse à un public de 14 et plus. Ça se passe au Studio du CNA et l'on offrira une représentation publique le samedi 27 novembre, à 20h. C'est un spectacle qui vous étonnera par son audace et par la grande vitalité des styles qu'il propose. On peut réserver à www.cna-nac.ca

-7n À compter de ce soir et jusqu'au 19 décembre, le minuscule Studio-Théâtre de l'Illusion, rue de Bienville sur le Plateau, reprend Pain d'épice, une adaptation fort sympathique de Claire Voisard du fameux conte traditionnel. Le spectacle est réservé aux tout-petits dès 2 ans et notez que les samedi et dimanche, on en propose quatre représentations à 9h30, 11h, 13h et 15h. On se renseigne au 514 523-1303.

- Jusqu'à samedi, au Centre Segal, la compagnie de théâtre Nu présente la reprise de Passages, un texte écrit et interprété par Catherine Dajczman et mis en scène par Marcel Pomerlo. On raconte ici «l'histoire d'une jeune femme qui revisite l'histoire de sa famille». Il est en même temps question des camps nazis où a vécu son grand-père juif polonais et de sa grand-mère Lucienne, une Québécoise qui a donné naissance à 11 enfants... On se renseigne sur l'horaire des représentations au 514 739-7944

- Deux livres, fort différents l'un de l'autre, sont tombés sur mon bureau depuis quelques semaines. D'abord, un texte dramatique de Normand Chaurette paru chez Leméac-Actes Sud, Ce qui meurt en dernier, dont l'action se déroule à Londres, à l'époque trouble où sévissait Jack L'Éventreur. On se souviendra que Denis Marleau avait dirigé Christiane Pasquier dans ce drame étrange il y a quelques années. Dans un tout autre ordre d'idées, le journaliste Jean-François Lépine signe chez Libre Expression la biographie de l'une des comédiennes les plus attachantes du milieu, Janine Sutto. Fort bien documenté — Lépine est le gendre de la comédienne, on le sait —, le livre est truffé d'archives photographiques retraçant l'enfance, la vie et la carrière de Mme Sutto. Mais Vivre avec le destin trace aussi en parallèle le portrait du milieu à travers des époques fort différentes puisque Janine Sutto est arrivée ici en provenance de Paris via New York au début des années 1930. Elle a effectivement été de toutes les aventures du théâtre d'ici, de la troupe de Pierre Dagenais jusqu'à sa complicité avec Gilles Latulipe et sa présence sur toutes les scènes montréalaises. Janine Sutto a joué tous les rôles et vu toutes les pièces et l'on peut encore la rencontrer souvent, fidèle au poste, les soirs de première. C'est l'histoire d'une grande dame que Jean-François Lépine nous raconte ici en multipliant, de façon un peu gênante disons-le, des détails intimes qui pourront sembler parfois un peu superflus.