Et puis euh - C'est l'émotion

Si la facture générale de la présente œuvre paraît donner dans le chevrotement, veuillez excuser, c'est l'émotion. L'émotion induite par un passage au Stade olympique, source naturelle de bon vieux temps. Certes, quand on arrive tôt et qu'on part tard, on le voit vide, le Big O, et il n'a pas en l'occurrence la mine particulièrement réjouie. Il s'agit peut-être d'une illusion, mais on dirait que les sièges sont de plus en plus dépareillés.

Mais plein, le temps d'un match, il sait encore vibrer (même si le mot «vibration», compte tenu de son état, reste à déconseiller). L'acoustique est déplorable, mais le bol a la qualité de son défaut, il se transforme en gigantesque caisse de résonance. On peut légitimement croire que les joueurs de l'attaque des Argos de Toronto avaient de la misère à s'entendre, dimanche, quand les 58 000 se mettaient à crier et à jouer de la trompette et autres vuvuzelas. Selon des sources, le journaliste moyen soi-même en personne a éprouvé des difficultés à s'écouter penser et à confectionner une phrase qui se tienne.

Cinquante-huit mille. Source de bon vieux temps? À l'époque, le Manic, le Manic, membre d'une ligue assez broche à foin merci, atteignait des pointes dans ce secteur. Nos Expos, on n'en parle même pas. Peux-je à ce sujet vous partager une tranche de vie dont vous sortirez déçus de la faiblesse du punch? (Vérification faite dans les archives universelles, je vous ai déjà fait part de cette tranche, mais c'était il y a longtemps, et vous avez sans doute tout oublié, et sinon, dites-vous que radoter, à mon âge, ne relève pas de l'extraordinaire.)

Donc, ça se passait en 1979, et nos Expos connaissaient la première vraie bonne saison de leur histoire. Je m'étais dirigé vers une succursale de la chaîne Miracle Mart, où il y avait une machine qui vendait des billets. Je m'étais procuré quatre tickets pour un match contre les Pirates de Pittsburgh qui devait avoir lieu deux mois plus tard, et les meilleurs disponibles se trouvaient au niveau 700 derrière la clôture du champ droit. Autant dire dans un code régional différent de celui du marbre.

Et pour montrer que le temps passe à toute vitesse emportant avec lui des choses apparemment immortelles, je mentionnerai que le Miracle Mart en question jouxtait un supermarché Steinberg. Vous pouvez d'ailleurs, en compagnie de la petite famille au souper ou pour être la vedette incontestée d'un cocktail mondain, vous amuser à lancer comme ça des noms de magasins qui n'existent plus. Genre Woolco, Pascal, Distribution aux consommateurs, Perrette, Dominion, Direct Film, Bonimart, Castor bricoleur et Wise. Des heures et des heures de plaisir sans briser votre linge.

Et puisqu'il est question de linge, voici une grosse nouvelle. Mais commençons par le commencement.

En 2004, quelqu'un quelque part aux États-Unis a eu une idée formidable: pendant la mi-temps du Super Bowl, concurrencer le spectacle dans le stade en présentant, sur une chaîne payante, un match de football mettant en vedette des madames en sous-vêtements. Il fallait quand même y penser.

L'événement a connu un tel succès qu'il a été repris les années suivantes. Puis, l'an dernier, on a carrément décidé de créer la Lingerie Football League. Les noms des équipes sont de nature à faire rêver: Denver Dream justement, Chicago Bliss, Los Angeles Temptation, Philadelphia Passion, Miami Caliente, San Diego Seduction, Dallas Desire, etc.

Or la LFL a récemment annoncé une expansion à Oklahoma City. Sans en parler d'abord aux autorités de la ville. Et le maire Mick Corbett a rapidement répliqué que ça ne se passerait pas comme ça.

Il y aura vote au conseil municipal, et si la majorité des élus appuient le premier magistrat, la LFL sera empêchée de se produire dans les deux principaux amphithéâtres de la ville, le Cox Convention Center et l'Oklahoma City Arena, qui sont propriété publique.

Le maire a déclaré que la situation soulevait un trop grand nombre de problèmes et qu'il ne voulait pas en évoquer un seul. Le commissaire de la LFL, Mitchell Mortaza a pour sa part dit: «Les gens de l'Oklahoma devraient avoir la possibilité de choisir pour eux-mêmes. Je pensais que notre projet d'expansion était pour Oklahoma City, pas pour la Corée du Nord.»

Voilà un dossier à suivre, chers amis.

La prochaine fois, nous verrons qu'une erreur s'est glissée dans mon papier de lundi sur le match des Alouettes. 48 points n'est pas un record d'équipe en éliminatoires, puisqu'ils ont gagné 56-18 contre C.-B. l'an passé. On nous a refilé une information erronée sur la galerie de presse. Ça devait être l'émotion.