De mieux en mieux

Voici de quoi contredire radicalement les prophètes de malheur et la sinistrose ambiante. Vous savez, celle qui vous fait répondre presque automatiquement, lorsqu'on vous questionne sur le destin de l'humanité en 2010... que «le monde va mal», de plus en plus mal, et qu'il court même à sa perte.

Et la litanie commence... Le réchauffement climatique. Les bulles immobilières. Une récession sans précédent depuis 70 ans. Les inégalités «croissantes». Le triomphe d'une droite obscurantiste aux États-Unis. La Chine antidémocratique et arrogante, exploiteuse éhontée de ses travailleurs au rabais...

Sans oublier la disparition des grenouilles (pas seulement celles du Québec), les sécheresses en Afrique, les pluies catastrophiques au Pakistan et en Haïti, la dictature en Russie, les Palestiniens bafoués depuis 60 ans, la menace nucléaire iranienne, la montée de la xénophobie en Europe... et bien sûr, le terrorisme — afghan, yéménite ou autre — qui se réclame d'Allah, et se rappelle régulièrement à notre (mauvais) souvenir... même lorsque ses pétards sont mouillés.

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Eh bien non! Tout cela ne serait — en exagérant à peine — que l'écume des choses, une série de gros titres paresseusement retenus par les journalistes et les éditeurs, des anecdotes périphériques qui parsèment un feuilleton qu'on choisit de se raconter, mais qui n'est pas la vraie vie... Car la vérité, la vérité vraie, souterraine, têtue et puissante... elle est ailleurs. Et voici la phrase qui la résume le mieux:

«La plupart des habitants de la planète sont aujourd'hui en meilleure santé, vivent plus longtemps, sont mieux éduqués et ont davantage accès aux biens et services qu'en 1990.»

Et vlan! Que les Cassandre professionnelles et les pourfendeurs de tous ordres mettent ça dans leur pipe! La phrase précitée est tirée du Rapport 2010 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Ce sont eux qui ont inventé, en 1990, le fameux «indice de développement humain» (IDH), un composite qui tient compte du revenu par habitant, mais aussi de l'accès aux services de santé et d'éducation, pour tenter d'évaluer et de comparer la situation matérielle des différentes populations de la planète.

Le rapport 2010 présente une méthodologie révisée, ainsi qu'un comparatif temporel sur deux décennies, ce qui fait cette année son intérêt particulier. Et quel intérêt! Quel scoop, même: depuis 20 ans, nous lance le PNUD, la vie des populations — dans tous les pays du monde, sauf trois! — s'est améliorée, voire grandement améliorée, que ce soit en matière d'éducation, d'accès aux soins de santé ou d'espérance de vie. Une révélation riche de leçons.

Il ne s'agit évidemment pas de faire de cet IDH l'étalon absolu de la réussite humaine, politique ou économique. Ce classement — qui place la Norvège au premier rang, et le Zimbabwe au dernier — ne dit pas tout sur tout. La réussite et le bonheur sont insaisissables, et le taux de suicide reste bien plus élevé au Japon (11e à l'IDH) qu'en Haïti (145e). Sous les tropiques misérables et ensoleillés, c'est bien connu, on sourit davantage et on se suicide moins.

Et puis, dans ce bulletin de santé des individus et des États, des facteurs aussi importants que la démocratie ou la liberté des peuples ne sont pas du tout pris en compte. La Chine grimpe au classement grâce à la hausse vertigineuse des revenus dans ce pays, mais pour les autres facteurs, elle reçoit relativement peu de points. On peut présumer que les Tibétains se fichent pas mal de l'IDH de la Chine au classement du PNUD.

Enfin, la plupart des statistiques utilisées dans cette étude sont des agrégats et des moyennes au niveau national, ce qui peut laisser dans l'ombre des réalités très contrastées. Soulignons toutefois que le rapport 2010 tente de mieux mesurer les inégalités à l'intérieur des pays, et d'en tenir compte dans son classement.

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Il n'empêche: malgré toutes ces réserves, ce rapport du PNUD n'est ni un mensonge ni une illusion d'optique.

LE-MON-DE-VA-MIEUX. Voilà une vérité oubliée que masque le train-train souvent déprimant des guerres, des pays envahis, des élections volées et des catastrophes naturelles. À savoir que, malgré les apparences, le «négatif» n'est peut-être pas aussi déterminant qu'il en a l'air, et que l'idée d'une marche de l'humanité, de toute l'humanité, vers le progrès n'est ni absurde ni utopique.

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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

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francobrousso@hotmail.com
11 commentaires
  • Gabriel RACLE - Inscrit 8 novembre 2010 07 h 35

    Millénaire pour le développement

    Il faudrait également faire .tat du Rapport 2010 sur les Objectifs du Millénaire (OMD) pour le développement Ce document très intéressant confirme en partie les constatations positives du Rapport 2010 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), mentionnées par François Brousseau,
    Voici quelques exemples précis de progrès réalisés.
    Les efforts entrepris collectivement pour réaliser les OMD ont permis des avancées dans de nombreux domaines. La croissance économique a maintenu un bel élan dans les régions en développement et l’on peut déduire des nombreux succès remportés même dans les pays ayant à relever le plus de défis que la réalisation des OMD reste à notre portée.
    La réduction de la pauvreté continue d’avancer, en dépit de revers notables suite au ralentissement économique de 2008-2009 et aux crises alimentaire et énergétique.
    La scolarisation des enfants a fait d’énormes progrès dans beaucoup des pays les plus pauvres, dont une majorité en Afrique subsaharienne.
    Des interventions clés pour le contrôle du paludisme et du VIH ou la vaccination anti-rougeoleuse, ont connu des améliorations remarquables.
    De 2003 à 2008, le nombre de personnes recevant une thérapie antirétrovirale a décuplé.
    Même s’il reste inquiétant, le taux de déforestation semble avoir ralenti, grâce à des plans de reboisement combinés à l’expansion naturelle des forêts.
    Le recours accru à des sources d’eau améliorées dans les zones rurales a réduit l’écart important avec les zones urbaines.
    La téléphonie mobile est en pleine expansion dans le monde en développement.
    «Il y a eu progrès, mais de façon inégale. Si l’on n’y met pas un grand coup, la plupart des régions n’atteindront pas un certain nombre de cibles OMD. Des obstacles anciens ou nouveaux menacent de ralentir encore les progrès dans certains domaines, voire d’en réduire certains à néant.»
    «Le monde possède les ressources

  • ARKA777 - Inscrit 8 novembre 2010 07 h 59

    oui mais

    le monde va mieux, mais a-t-il évolué ?

  • oracle - Inscrit 8 novembre 2010 08 h 26

    Un autre paramètre ?

    Que valent finalement toutes ces statistiques d'un monde-qui-va-mieux, quand les suicides et tentatives de suicide y augmentent de façon exponentielle ? Comme pour dire, la richesse matérielle n'assure point contre le mal-être.

    Et si on mesurait la bonne santé des sociétés au pourcentage de psychoses et de névroses qu'elles génèrent !

    Pierre-Michel Sajous

  • Denis Poussart - Inscrit 8 novembre 2010 08 h 31

    SVP Indiquez vos sources!

    Merci d'avoir signalé ce rapport.

    Heureux qu'une telle analyse - avec les aléas évidents qu'implique une étude aussi globale - vienne faire contre-poids aux manchettes qui ne rapportent généralement que les nouvelles négatives.

    Mais pourquoi ne pas donner la référence directe à la source?

    En fait, pourquoi ne précise-t-on à peu près jamais les sources qui permettraient au public intéressé de creuser d'avantage? Ne serait-ce pas là une des raisons pour lesquelles il se tourne de plus en plus vers le web pour se tenir informé?

    Le document du PNDU, très fouillé, est disponible ici:

    http://www.undp.org/publications/hdr2010/fr/HDR_20

    Et il fournit un grand nombre de sources...

  • Alain Ambrosi - Abonné 8 novembre 2010 12 h 34

    En finir avec le "progrès" et le "développement"

    Quel paradoxe en effet que ce constat de progrès de l'ONU au moment où notre planète et ses habitants s'en vont à vau-l'eau aux plans alimentaire, environnemental,économique, et politique avec un déficit démocratique grandissant au plan global. Il n'y a qu'à lire les autres titres qui font la une de la présente édition du Devoir pour le confirmer (Biodiversité, Gaz de schiste, Élections truquées,etc). Ce paradoxe n 'est-il pas au centre de la véritable crise de civilisation que nous affrontons en ce début de XXIème siècle? Une humanité mieux éduquée, en meilleure santé et « globalement » mieux nourrie (pour éviter de parler du milliard d'humains qui meurent ou souffrent de la faim) est incapable de donner une réponse collective aux défis majeurs de la planète.
    Ne sont-ce pas justement les notions mêmes de « développement » et de « progrès » qu'ils fussent uniquement économique ou « humain » qu'il faut critiquer ? Les réactions et nouveaux mouvements populaires ici même au Québec sur le dossier des Gaz de Schiste par exemple ne nous invitent -ils pas à envisager un nouveau paradigme du « bien vivre » et du « bien commun » qui nous remet en phase avec la nature tout en nous invitant à une participation citoyenne responsable. C'est ce que ne fait pas la conclusion de votre chronique qui , finalement, nous dit qu'il vaut mieux affronter la catastrophe finale bien éduqués et en meilleure santé plutôt qu'analphabètes, pauvres et malades.....