Le test du réel

En juin 2009, les réflexions à voix haute de Jacques Parizeau sur l'utilité de la crise politique comme moyen de faire monter la fièvre souverainiste avaient mis du piquant dans la campagne à l'élection partielle dans Rivière-du-Loup.

Dans cette circonscription exclusivement francophone où il présentait le meilleur candidat possible, le Parti québécois aurait dû l'emporter. La défaite de Paul Crête avait été douloureuse, mais elle n'avait pas ébranlé le leadership de Pauline Marois.

La chef du PQ avait refusé d'y voir un désaveu de son nouveau «plan pour un Québec souverain», qui avait été dévoilé en cours de campagne. Au contraire, «notre plan est très bien accueilli par les Québécois et nous allons continuer d'en parler», avait-elle déclaré.

Gilles Duceppe avait abondé en ce sens. M. Crête avait eu beau terminer 12 points derrière Jean D'Amour, à l'éthique pourtant très douteuse, le chef du Bloc avait réussi à y voir un «bon gain».

Le 29 novembre prochain, une autre élection partielle sera tenue dans la circonscription voisine de Kamouraska-Témiscouata, laissée vacante par le décès de Claude Béchard. Les résultats pourraient être plus lourds de signification.

Encore une fois, M. Parizeau a jeté un pavé dans la mare en critiquant la démarche vers la souveraineté proposée par Mme Marois, qu'il ne trouve pas assez musclée. Si même au sein de son parti on doute qu'elle soit la femme de la situation...

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France Dionne, qui tentera de récupérer le siège qu'elle avait occupé pendant 12 ans (1985-1997) dans la plus grande discrétion avant d'être nommée déléguée à Boston, est très loin d'avoir le charisme de M. Béchard.

Le Parti libéral du Québec mise évidemment sur le souvenir de l'ancien ministre, dont le décès à l'âge de 41 ans, après un combat courageux contre le cancer, a ému tout le Québec. Le contrat des voitures du métro de Montréal, attribué sans appel d'offres à Bombardier, et la brutale intrusion du premier ministre dans le travail du Directeur général des élections, qui aura vraisemblablement pour effet d'empêcher Kamouraska-Témiscouata de disparaître de la carte électorale, pèseront également dans la balance.

Une autre victoire libérale, alors que l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement atteint un sommet, soulèverait néanmoins de sérieuses questions sur la capacité de Mme Marois à récupérer les sièges dont le PQ a besoin pour s'assurer une majorité à l'Assemblée nationale. À l'approche d'un congrès où elle devra se soumettre à un vote de confiance, ce serait très fâcheux.

Certes, Claude Béchard était un député très populaire, mais l'influence de Mario Dumont, qui s'étendait à tout le Bas-Saint-Laurent, favorisait un fractionnement du vote profitable au PLQ. Même en 2008, quand l'Action démocratique du Québec s'est effondrée dans l'ensemble du Québec, elle a recueilli 21,5 % des voix dans Kamouraska-Témiscouata.

Malgré une longue domination libérale, il ne s'agit pas d'une forteresse inexpugnable. En 1976, le péquiste Léonard Lévesque l'avait arrachée de justesse, mais il l'avait emporté avec une confortable majorité de 54,9 % en 1981.

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Même si sa situation peut sembler désespérée, il ne faudrait pas croire que la partielle du 29 novembre laisse Jean Charest indifférent. Il répète à qui veut l'entendre qu'il est loin d'envisager une retraite. Une victoire dans Kamouraska-Témiscouata serait un signe encourageant. Il n'y a rien comme le test du réel pour savoir exactement où on en est.

Empêtré dans les questions d'intégrité depuis un an, il n'a retiré aucun dividende de la situation économique relativement avantageuse du Québec, mais un taux de chômage inférieur à ceux du reste du Canada et des États-Unis devrait éventuellement se refléter dans les sondages, et le discours inaugural qu'il prononcera au début de 2011 sera résolument axé sur l'économie.

Après les semaines difficiles de la commission Bastarache et le débat houleux sur le gaz de schiste, il entrevoit enfin une éclaircie. Un nouveau parti dirigé par François Legault nuirait clairement au PQ, et M. Charest observe avec un plaisir non dissimulé les difficultés que rencontre Mme Marois au sein de son parti. Même après 40 ans de querelles intestines, l'indiscipline péquiste demeure un sujet d'émerveillement pour un libéral.

M. Charest a toujours apprécié les interventions de M. Parizeau. Sa déclaration au cégep de Shawinigan, le jour du débat des chefs durant la campagne électorale de 2003, avait complètement déstabilisé Bernard Landry et ouvert la voie au chef libéral.

Tout ce qui peut forcer la chef péquiste à radicaliser son discours sert les libéraux. Même la lettre des 136 militants qui se sont portés à la défense de Mme Marois pourrait donner des munitions à M. Charest, puisqu'elle présente la «gouvernance souverainiste», axée sur la réclamation de nouveaux pouvoirs, comme un tremplin pour un référendum.

«Chaque fois, le gouvernement fédéral aura deux options: répondre aux demandes du Québec ou risquer un ressac avec le PQ au pouvoir, prêt à tenir un référendum sur la souveraineté.» De quoi M. Parizeau se plaint-il au juste?

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