Médias - Twitter ou ne pas twitter?

La récréation est finie. Le Washington Post (très sérieux et très vieux média) demande à ses journalistes de ne plus répondre aux commentaires «twittés» au journal.

La décision arrive après qu'un journaliste a répondu aux critiques concernant la publication d'un article controversé sur l'homosexualité. La direction juge que la défense du journal ne reprenait pas les bons arguments, enfin, les siens propres. Résultat: elle coupe les ponts entre la salle et le site de microblogage.

«Même si nous encourageons tout le monde dans la salle de rédaction à adopter les médias sociaux et les outils pertinents, il est absolument vital de se rappeler que le but est d'utiliser les comptes du Post comme plate-forme pour promouvoir des nouvelles, apporter du contenu généré par les utilisateurs et augmenter l'implication du public dans le journal», explique une note de service distribuée à tous par le rédacteur en chef.

Bref, selon cette logique pas bête du tout, les directives journalistiques s'appliquent partout, sur toutes les plateformes, y compris les personnelles. Après tout, si un reporter ne doit pas utiliser sa page Facebook pour parler au nom de son média, pourquoi utiliserait-il les comptes du média pour parler en son nom personnel?

Reproche

Et ici? La question a été posée clairement la semaine dernière au sujet des pratiques du Devoir et de Cyberpresse. Le blogue 2 têtes à l'affiche a reproché aux sites Facebook des deux quotidiens de ne pas répondre aux commentaires, de ne pas engager de conversation. D'abord, c'est faux. Ensuite, la règle appliquée strictement laisse répondre les responsables désignés des espaces virtuels, comme ils filtrent et modèrent les commentaires sur les sites des journaux.

Ce qui ne règle pas le problème des comptes personnels, enfin de ceux liés à des journalistes et des patrons de presse. Devraient-ils pouvoir gazouiller sur leur média, voire comme bon leur semble et sur tous les sujets? En fait, à l'oeil, la plupart se soumettent à des règles informelles en ne publiant pas n'importe quoi. On croise bien de petites dérives ou des insignifiances ici et là, mais, franchement, il s'en trouve beaucoup moins que sur certains sites des pros des nouveaux médias.

Celui de Michelle Blanc (qui vient de publier le guide Médias sociaux 101 sur du bon vieux papier) concentre l'autopromotion et le nombrilisme au pur jus. La semaine dernière, entre quelques liens de pro, madame causait vaginite. Du très profond ego inc.

«Plutôt que d'inventer des cas d'espèce fictifs comme certains autres auteurs qui ont écrit sur le sujet l'ont fait, j'utilise un cas qui est notoirement publicisé, pour faire diverses démonstrations de l'utilité des médias sociaux et il s'avère que ce cas est moi-même», a candidement expliqué Mme Blanc sur son blogue.

Fixer une limite plus claire


Franchement, qui se plaindrait si les journalistes fixaient une limite plus claire entre le privé et le public? Quoique, justement, le chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé a twitté cette semaine qu'il n'avait pas et n'avait jamais eu de vaginite...

Faut-il donc distinguer les gazouillis des préposés à l'opinion et ceux des préposés aux faits? Ou bien l'un devient l'autre, et tout se mélange en 140 caractères, de tous les côtés, y compris le public et les marketologues?

La consigne du Washington Post s'avère aussi d'une troublante candeur en parlant très franchement d'une «plateforme pour promouvoir des nouvelles». Le mot important ici, c'est promouvoir...

C'est là que beaucoup se rejoignent finalement, dans l'utilisation du site de microblogage pour la promotion de soi et de son entreprise. D'ailleurs, dans cet exercice, l'échange circulaire se fait souvent de manière consanguine, familiale et corporatiste, une telle d'un média suivant un tel d'un autre qui le lui rend bien. C'est de l'entre nous twitté serré. Suis-moi et je te suivrai...

Oui, oui, bien sûr, on le sait, le twittjournalisme existe et on apprend vite plein d'affaires là-dedans. Seulement, là encore, les bonnes vieilles règles du métier s'appliquent, le premier commandement du décalogue journalistique exigeant de tout vérifier: vérifie, vérifie vérifie, même si ta mère «twitte» qu'elle t'aime, vérifie! Par contre, rien n'oblige à lui répondre publiquement...

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

3 commentaires
  • bruno boutot - Inscrit 1 novembre 2010 08 h 50

    Twitter, journalisme et médias

    Un des grands sujets de l'heure pour la profession!

    Comme vous le soulignez, il ne 'agit pas seulement des journalistes mais aussi des objectifs et des stratégies des éditeurs et des rédactrices en chef.

    Il y a en fait trop de sujets passionnant dans votre article!
    Je voudrais juste d'abord signaler que celui de l'utilisation professionnelle de Twitter a été examiné en profondeur ici:
    http://webmedias.boutotcom.com/2010/05/06/twitter-

    Par ailleurs, il y aurait une discussion intéressante sur ce que vous appelez "la règle appliquée strictement laisse répondre les responsables désignés des espaces virtuels, comme ils filtrent et modèrent les commentaires sur les sites des journaux". Il y a toute une autre école selon laquelle chaque journaliste peut être le responsable des conversations qui suivent (ou même qui précèdent) son article. Bien sûr, ceux qui veulent s'en occuper doivent avoir la formation et les outils pour le faire, mais tout cela est facilement disponible.

    En attendant, il peut être intéressant de suivre les travaux de Clay Shirky, Jay Rosen ou Jeff Jarvis, et d'examiner les expériences en cours avec Steve Buttry au TBD à Wahsington ou John Paxton dans les journaux de The Journal Register Company.

  • Michelle Blanc - Inscrit 1 novembre 2010 10 h 43

    Ma réponse à votre article

    Comme je suis une férue du Web et que celui-ci fonctionne par hyperlien, voici donc ma réponse à vos propos
    Gourou, vaginite et sphère publique/privée
    http://is.gd/gzxmC