Faire le pont entre 56 et 60 ans

J'aimerais avoir votre opinion sur ma situation financière. Je viens tout juste de prendre ma retraite de l'enseignement. Je reçois une rente annuelle de 30 000 $ après impôt. J'ai 56 ans. J'estime recevoir à 60 ans une rente de la RRQ de 7200 $ avant impôt. Comment augmenter mes revenus pour les quatre prochaines années en attendant cette rente et en hypothéquant le moins possible mes économies? Je n'ai aucune dette. Voici mes actifs:

1 - REER de 72 000 $ à la FTQ.

2 - Épargnes Placement Québec: 75 000 $, dont

10 000 $ à l'intérieur d'un CELI.

3 - Valeur de la résidence située à Mirabel:

250 000 $, en copropriété avec mon épouse. Aucune hypothèque.

Pour vous aider à évaluer notre situation familiale, sachez que mon épouse, enseignante, prendra sa retraite dans six ans, à 60 ans. Elle recevra environ 62 % de son revenu actuel (autour de 70 000 $). Voici ses actifs:

1 - REER de 70 000 $ à la FTQ. Elle épargne 3000 $ annuellement.

2 - Épargnes Placement Québec: 72 000 $, dont

10 000 $ à l'intérieur d'un CELI. Elle épargne

10 000 $ annuellement.

3 - REER de 4000 $ dans un fonds équilibré chez Desjardins.

Nous souhaitons maintenir un niveau de vie semblable à celui que nous avions lorsque nous étions tous les deux au travail. J'estime ne plus être capable d'économiser comme le fait encore mon épouse. Je vous remercie d'avance pour vos conseils.

P. N.

Avec deux rentes de l'ordre de 44 000 $ avant impôt par année, il va sans dire que vous êtes promus à une belle retraite. De telles rentes à prestations déterminées valent leur pesant d'or, surtout dans le contexte actuel des taux d'intérêt très faibles. En multipliant vos rentes globales par 10 (un multiple correspondant à un environnement plus normal des taux d'intérêt), leur valeur actuelle avant impôt s'élève à 880 000 $ ou 528 000 $ après impôt (selon un taux d'imposition effectif de 40 %; je tiens compte ici du fait que le taux d'imposition réel à la retraite peut être plus élevé que le taux indiqué alors que les retraités perdent des crédits et autres avantages fiscaux ou financiers au fur et à mesure que leur revenu imposable augmente).

À la valeur après impôt de vos rentes s'ajoute celle de votre maison libre d'hypothèque (250 000 $) et celles combinées de vos portefeuilles hors REER (incluant le CELI: 147 000 $).

Enfin, vous possédez ensemble des REER d'une valeur de 142 000 $, soit l'équivalent de 99 400 $ après impôt.

Votre avoir net après impôt totalise un peu plus d'un million de dollars, ce qui vous assure d'une retraite très confortable. Certes, vos rentes seront inférieures à vos salaires, de 30 % environ. Les revenus de placement de vos portefeuilles REER et hors REER permettront de combler une partie de la différence.

Par ailleurs, le coût de la vie à la retraite est généralement moins élevé. En effet, les enfants ne sont plus à votre charge. Vous utiliserez moins souvent votre voiture (au point qu'une seule voiture suffira pour le couple). Vous dépenserez probablement moins pour l'habillement et les repas du midi au restaurant. Ces économies feront en sorte que vous maintiendrez probablement un niveau de vie assez comparable à celui que vous aviez au moment de travailler, avec en prime tout le temps voulu pour profiter de la vie.

Quant à la question de faire le pont entre 56 ans et 60 ans, soit l'âge où vous recevrez votre rente du Québec estimée à 7200 $ par année avant impôt, vous devrez mettre à profit votre REER de 72 000 $ à la FTQ. C'est-à-dire établir un plan de retraits annuels de votre régime tout en préservant si possible votre capital. Pour ce faire, les retraits ne devraient pas excéder le rendement annuel obtenu de vos placements dans ce régime.

Maintenant que vous êtes à la retraite, vous devriez considérer l'idée de retirer vos billes des unités du fonds FTQ pour les placer dans un REER autogéré ou un REER chez Épargne-Placement (vous connaissez déjà cet organisme du gouvernement du Québec). Le rendement des unités du fonds FTQ est faible, voire presque nul pour les cinq dernières années. Certes, vous connaissez déjà les produits d'Épargne-Placement. Mais, dans le contexte actuel, les rendements offerts sont très faibles, soit autour de 2 % à 3 %.

Les seuls bons rendements se trouvent à la Bourse, plus spécifiquement parmi les actions des grandes entreprises canadiennes et certaines américaines, qui montrent un long historique de versements d'un dividende élevé et croissant. C'est parmi ces titres que vous pouvez prétendre obtenir un rendement composé à long terme de 6 % à 8 % tout en maintenant un rapport risque/rendement raisonnable. Et, vu qu'une part importante de votre avoir se compose de la valeur actuelle de rentes garanties somme toute par le gouvernement du Québec, je crois que vous êtes en mesure de mettre l'accent sur les actions de quelques grandes compagnies pour vos REER et portefeuilles hors REER et d'en supporter le risque accru qu'elles représentent. Ces placements contribueront à moyen terme à hausser vos revenus de placement.

Pour ce faire, je vous recommande de vous abonner à une bonne lettre financière 100 % objective qui vous permettra de connaître ces grandes entreprises et de suivre adéquatement leur développement.

Oubliez les débentures pour votre portefeuille

Bonjour,

J'ai 55 ans et je n'ai pas de fonds de retraite. Je voudrais placer mes économies dans des débentures qui versent des intérêts fixes ou des coupons détachés. Je ne veux pas risquer une baisse de marché à la Bourse. Mon courtier ne veut me vendre que des fonds de placement ou des obligations de la Banque Nationale. Il doit y avoir des compagnies ou des villes qui offrent des débentures. Comment faire pour les acquérir? Pouvez-vous m'aider? Je suis moi-même comptable agréée à mon compte et je comprends bien les finances.

Merci de me répondre.

Odile

Vos propos montrent qu'il y a confusion de votre part pour ce qui est des différents types d'obligations. C'est ainsi que vous confondez obligations négociables émises par des gouvernements et celles émises par des entreprises.

Dans ce dernier cas, on les nomme «obligations corporatives» et, souvent, débentures lorsqu'elles ne disposent d'aucune garantie directe sur l'actif. Or les débentures comportent un niveau de risque autrement plus élevé que celui des obligations de grande qualité émises par le gouvernement du Canada, les provinces et les municipalités. Tout petit investisseur doit à mes yeux s'en tenir uniquement à ces dernières lorsqu'il s'agit de bâtir la portion à très faible risque (elle doit représenter généralement entre 40 % et 60 % du portefeuille) de ses portefeuilles REER et hors REER.

Quant aux obligations corporatives, incluant les débentures, elles constituent un mauvais compromis au chapitre du rapport risque/rendement. Certes, le coupon d'intérêt et le rendement de ces obligations seront plus élevés que ceux des obligations gouvernementales. Mais le risque n'en vaut généralement pas la chandelle. Quant à investir dans une entreprise, je leur préfère de loin les actions ordinaires, en particulier pour les grandes entreprises qui paient de généreux dividendes. Avec des taux de dividende annuels souvent de 4 %, voire plus, ces actions recèlent une plus-value potentielle sensiblement plus élevée que les obligations corporatives émises par ces mêmes entreprises. Il ne faut pas oublier que, comme pour toute autre obligation négociable, la valeur marchande des obligations corporatives évolue inversement à la tendance des taux d'intérêt. Lorsque ceux-ci grimpent, la valeur marchande de la débenture baisse, et vice-versa. Or, avec des taux d'intérêt présentement au plancher, les probabilités que la valeur de ces obligations puisse s'apprécier sont faibles. En fait, les probabilités sont que leur valeur marchande reculera alors que les taux d'intérêt risquent à terme de grimper.

La seule exception ici: les débentures convertibles. Ces débentures peuvent être converties en un certain nombre d'actions de l'entreprise émettrice. Advenant que les profits et ventes de l'entreprise explosent, il en sera alors de même pour le cours de ses actions et la valeur de ses débentures convertibles en actions. Le hic: les grandes entreprises n'émettent que très rarement des débentures convertibles. Ce sont presque uniquement les plus petites entreprises, de nature beaucoup plus risquée, qui émettront de telles débentures afin de séduire les investisseurs. Selon les propos tenus dans votre lettre, je déduis que ce type d'entreprises n'est pas pour vous, puisque vous nous faites part d'une forte aversion au risque.

Bref, si vous désirez limiter vos placements aux titres à revenus fixes, achetez uniquement les obligations gouvernementales ou les produits d'Épargne-Placements Québec.

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