Coup Double chez PFK : 30 grammes de gras à la face des ayatollahs de la bonne bouffe

Le nouveau Coup Double de l’empire du colonel Sanders se vante de révolutionner l’art de la sandwicherie en remplaçant le pain par... deux tranches de poitrine de poulet frit. <br />
Photo: Source PFK Le nouveau Coup Double de l’empire du colonel Sanders se vante de révolutionner l’art de la sandwicherie en remplaçant le pain par... deux tranches de poitrine de poulet frit.

Le paradoxe est plutôt indigeste. Alors que, ces dernières années, les autorités sanitaires nationales tout comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS) appellent en chœur à la responsabilisation des industriels et des chaînes de restauration rapide pour contrer la prolifération de la malbouffe, l'empire du poulet frit du colonel Sanders débarque, lui, au Québec, avec un tout nouveau sandwich, le Coup Double, qui donne l'impression qu'à trop baigner dans le graillon du poulet frit Kentucky on finit par devenir sourd.

Cette version francophone du Double Down, coup d'éclat alimentaire lancé l'an dernier au pays de Barack Obama — où 41,1 % de la population masculine est en surpoids —, tranche dans un univers qui appelle régulièrement au calme.

Un doute? Le Coup Double se vante de révolutionner l'art de la sandwicherie en remplaçant le pain par... deux tranches de poitrine de poulet frit qui unissent rien d'autre que du bacon, du fromage en tranche et de la sauce.

Au compteur des apports nutritionnels, la créature fait frissonner les gardiens de la santé publique avec ses 540 calories, soit le quart de l'énergie nécessaire dans la journée d'un adulte. Il vient aussi faire entrer dans son organisme la moitié des quantités de gras requis en 24 heures ainsi que 1,7 gramme de sel, soit 0,2 gramme de plus que la recommandation de Santé Canada. Le tout en un seul sandwich, qui est loin de représenter un repas complet.

Une pause pour allumer un projecteur: la surconsommation de sel est un véritable fléau dans les sociétés modernes qui carburent aux plats surgelés, aux repas-minute et autres aliments industriels et homogènes. Ce sel agit en effet sur l'hypertension artérielle et induit à terme des maladies cardiovasculaires.

Les jeunes adultes masculins, à qui s'adresse cet assemblage de mauvais goût, sont les plus grands consommateurs de sel au Canada, souligne régulièrement la Fondation canadienne des maladies du coeur.

Avec son Coup Double, PFK, royaume de la panure au poulet, ne fait certainement pas cavalier seul dans cette course à la démesure en format malbouffe. Après tout, aux États-Unis, Wendy's a lancé récemment son Baconator — 630 calories de «bonheur» coulant sur 35 grammes de gras et 1,1 gramme de sel.

Quant à Burger King, il a mis en marché son Triple Whopper — 1250 calories, 84 grammes de gras et 1,6 gramme de sel — pour conserver son statut de roi de la malbouffe.

Malgré les indicateurs de la santé publique régulièrement affolés par des régimes alimentaires collectifs douteux, ces gros des repas-minute ne semblent donc pas trop chercher à mettre de l'éthique dans leur menu, donnant du coup des munitions à ceux qui dénoncent depuis des lunes l'inefficacité de cette autorégulation souhaitée par l'agroindustrie pour enrayer l'obésité. Un «laissez-nous-faire» qui prend très vite des allures de laisser-faire devant le comptoir de commande d'une chaîne de restauration rapide.

Bien sûr, PFK cherchait un peu à se dédouaner en présentant la semaine dernière son Coup Double comme un événement d'une durée limitée, un coup d'éclat, en somme, visant à attirer dans ses restaurants sa clientèle cible, des adolescents et des jeunes hommes qui construisent leur identité dans l'extrême et l'abus.

Le coup semble d'ailleurs avoir porté, à en croire les responsables de la chaîne qui, dans les jours suivant l'apparition du monstre, ont annoncé que les ventes de ce sandwich sans pain mais avec des protéines avaient dépassé les attentes de la multinationale du gras. Sans s'aventurer toutefois dans les chiffres.

La curiosité des consommateurs, le goût du neuf (une caractéristique de la clientèle cible), tout comme l'épandage de messages commerciaux alimenté par PFK dans les réseaux sociaux, les blogues et autres espaces où la jeunesse se perd souvent, seraient à l'origine de ce feu de paille que la chaîne présente plutôt comme le début d'une «légende».

Une légende, oui, mais qui n'a rien du récit fabuleux amplifié par l'imagination. Il s'agit plutôt d'une petite ligne placée en-dessous d'un cliché social et sur laquelle on pourrait lire: «Quand l'industrie de la malbouffe se propose d'être responsable, il est préférable de ne pas y croire.»
6 commentaires
  • Lapirog - Abonné 30 octobre 2010 08 h 55

    Le grand MAL intérieur des USA.

    Le plus grand ennemi des citoyens des USA n'est pas le grand Satan Al Quaida, mais la malbouffe qui ne souffre certainement pas des dénonciations des exaltés du Tea Party qui encourageraient plutôt ces capitalistes sans scrupules qui s'enrichissent au détriment de la santé de leurs compatriotes.
    L'obésité qui vient en très grande partie de la malbouffe Made in USA, tuera un très grand nombre de personnes sans compter les coûts exponentiels des soins de santé reliés à ce garnd mal intérieur.
    Les primates de la droite exaltée eux, n'y voient que du feu!

  • Guy Rochefort - Inscrit 30 octobre 2010 11 h 26

    Le grand MAL intérieur de l'Amérique du Nord

    Alors que notre système de santé croule sous les coûts, qu'attendons-nous pour adopter une véritable loi sur la sécurité publique, qui mettra hors-la-loi cette nourriture de merde (OGM, gras trans, graisses végétales hydrogénées, canola (contient les poisons suivant: thiouracil, glucosinolates, acide érucique), colorants cancérigènes, caféine ajoutée, aliments trop gras, trop sucrés, trop salés, résidus de pesticides, de métaux lourds, mélamine, etc.) qui est une des causes majeures de maladies cardiovasculaires, cancer, alzheimer, diabète, obésité, dégénérescence articulaire, etc.
    Pourquoi ne pas inclure dans la Charte des droits le droit à une alimentation saine pour tous?

  • 93Licar - Inscrite 30 octobre 2010 13 h 31

    Ouach!

    Je suis loin d'être «granole», mais comment peut-on manger ce genre de bouffe?

    Quand on écrit : «La curiosité des consommateurs, le goût du neuf (...)» le goût du neuf! c'est vraiment incroyable que pour certains un nouveau sandwich ou hamburger coulant de fromage insignifiant, de légumes panés et frits, d'une rondelle de tomate à peine mûre, quasi en plastique, de viande panée entourant du bacon, ce soit de la nouveauté!

    On peut bien ne plus savoir qu'une carcasse de poulet, ça sert à faire du bouillon de poulet et que non, ça ne pousse pas «dans les cubes ou les poudres de bouillon»!

    Plutôt «qu'écoeurer» et culpabiliser les gens à leur dire qu'ils sont trop gros, les bons gouvernements, si soucieux de notre santé, devraient peut-être interdire la publicité pour ce genre de produits qui sont aussi nocifs à la santé que la cigarette, la vitesse ou ne pas attacher sa ceinture de sécurité en auto!

  • MJ - Inscrite 30 octobre 2010 13 h 51

    A quand des politiques de santé publique visant à interdire la malbouffe industrielle?

    Le Dr Richard Béliveau, médecin-chercheur de l’Université de Montréal, accomplit un excellent travail de sensibilisation sur les bons aliments à consommer pour la santé et dénonce sans vergogne cette malbouffe industrielle, provenant d’une industrie qui dépense des fortunes en publicité pour nous convaincre de consommer cette nourriture indigeste et néfaste pour la santé.

    Ce qui est dommage, c’est que ce sont surtout ceux dont le budget est limité qui sont clients de cette nourriture infecte et bon marché de la restauration industrielle. Voir le film: “L’aile ou la cuisse” avec Louis de Funès, une comédie satirique sur la bouffe industrielle.

  • MJ - Inscrite 30 octobre 2010 13 h 54

    A quand des politiques de santé publique ... (2)

    Avez-vous une idée des conditions dans lesquelles des poules sont élevées afin d’augmenter la production de la viande de volaille? Un reportage à la télé nous montrait comment les poussins sont entassés les uns sur les autres dans l’obscurité perpétuelle, dans un espace si réduit que certains en meurent écrasés dans ces usines où l’on s’applique à les faire engraisser, le plus vite possible, pour les transformer en poulets destinés à la consommation humaine. C'est à devenir végétarien!

    Et que dire des mauvais traitements qu’on fait subir au bétail: boeufs, porcs et autres, recroquevillés et empilés les uns contre les autres durant le transport routier par camion en vue de les mener à l’abattoir. Quand on pense aussi que l’élevage du bétail (boeuf, etc.) réduit la surface des espaces disponibles pour la culture des céréales et que celle-ci permettrait de nourrir plus de gens sur la planète...