VOD, vous dites?

Incendies, avec à l'avant-plan Lubna Azabal et Mélissa Désormeaux-Poulin, fait dans le contexte actuel figure d'exception. En effet, dans un Québec qui se complaît dans la peinture de mâles en déroute et les blagues de taverne, les films d'ici soudés à des profils féminins forts, qui réussissent à obtenir l'attention de la part des médias et des spectateurs, sont plutôt rares et espacés dans le temps.

Tout récemment, Guylaine Tremblay a campé un de ces magnifiques profils féminins dans Trois temps après la mort d'Anna, de Catherine Martin. Le film a trop peu été vu, malheureusement, par la faute des exploitants de salles, qui n'en ont pas voulu. Cette semaine, la formidable Évelyne Rompré nous en propose un nouveau, celui d'une épouse victime de la violence de son mari qui prend la fuite avec son fils adolescent, dans 2 fois une femme. Là encore, l'excellent film de François Delisle — qui est en train de devenir le François Truffaut du Québec par la profondeur des personnages féminins qu'il crée (Le bonheur est une chanson triste, Toi) — n'a pas la cote auprès des programmateurs de salles, plus sensibles aux états d'âme du commandant Piché et qui boudent notre cinéma d'auteur en attendant pour les Fêtes Lance et compte et L'Appât avec Guy A.

Qu'à cela ne tienne, se sont dit les gens de FunFilm, distributeur de 2 fois une femme. Bien qu'à l'affiche du Parallèle à Montréal, du Clap à Québec et de la Maison du cinéma de Sherbrooke, leur film est depuis lundi, et jusqu'au 21 janvier, offert à la location au poste 900 du terminal Illico de Vidéotron, dans l'onglet Festival du nouveau cinéma. Une première au Québec. Plus d'un million d'abonnés du service y ont accès, pour la somme de 5,99 $, peu importe le nombre de spectateurs installés au salon.

La VOD (video on demand) serait-elle la planche de salut pour la diffusion du cinéma d'auteur au Québec? «Certainement», répond Martin Desroches, responsable des acquisitions chez FunFilm. Celui-ci trouve qu'à ce niveau, nous sommes en retard sur nos voisins du Sud et sur la France. Il reste que les expériences de sorties simultanées en salle et en VOD («day and date», dans le jargon des distributeurs) se négocient encore au cas par cas, même dans ces pays où les fenêtres de distribution sont protégées. Mais tout cela est appelé à changer.

Ainsi, la compagnie torontoise Mongrel Media, qui distribue ses films au Québec sous l'enseigne de Métropole Films, vient d'emboîter le pas à IFC Films, pionnière américaine de la VOD. Par l'intermédiaire de NetFlix (compagnie de «streaming» états-unienne qui est en train de s'implanter sur le marché canadien), elle offre simultanément à leur sortir en salle une sélection de films étrangers, tels Vision de Margarethe von Trotta et Le Père de mes enfants de Mia Hansen-Love.

En dehors des grands centres urbains, les exploitants n'ont plus envie de programmer ces films qui demandent une attention particulière et un bouche-à-oreille anachronique en cette époque où l'offre hollywoodienne, démesurée par rapport à la demande, monopolise leurs écrans et remplit leurs caisses.

Mais est-ce que la VOD va fonctionner tout de suite au Québec? «Pas nécessairement, pense Martin Desroches. Mais il faut commencer quelque part», soutient celui qui croit que ce mode de distribution pourrait, parce qu'il présente une solution de rechange au cinéma commercial, développer le goût des spectateurs au point de modifier en leur faveur, à moyen ou long terme, l'offre en salle. Pas fou du tout, sachant que les cinéphiles d'aujourd'hui ont été formés par la télévision (les quadragénaires en montant) et la vidéo/DVD (les trentenaires en descendant).

Il est encore trop tôt pour connaître les résultats de 2 fois une femme sur Illico. Mais quels qu'ils soient, une porte vient de s'ouvrir. Par ici la visite.

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Comme j'aimerais être à Los Angeles la semaine prochaine. Parce que David Lynch jouera le rôle de directeur artistique invité au festival de l'American Film Institute (AFI Fest), qui s'ouvre jeudi. Le réalisateur de Blue Velvet et de Mulholland Drive s'est fait offrir de créer une sélection parallèle composée des cinq films qui l'ont le plus influencé dans sa carrière. Au programme: L'Heure du loup d'Ingmar Bergman, Lolita de Stanley Kubrick, Mon oncle de Jacques Tati, Rear Window d'Alfred Hitchcock et Sunset Boulevard de Billy Wilder. Ce dernier sera jumelé, pour une séance de samedi, avec son propre Eraserhead. «Je pense que ces films sont des chefs-d'oeuvre [...], ils représentent ce que je considère comme le cinéma à son meilleur», déclarait Lynch cette semaine (propos rapportés dans Screen Daily).