Et puis euh - On n'apprend pas vite

Si l'on frappe aux portes de novembre, une chose est claire, il y a encore du gros baseball qui se joue. Le sport postmoderne se présente ainsi: long. Certains esprits pressés d'en finir diront même: interminable. Un de ces quatre, je vous jure, une équipe du Nord se retrouvera en Série mondiale, et un blizzard prématuré de tous les diables sévira, et les matchs seront reportés tous les jours pendant six mois, et Bud Selig fera savoir qu'il est franchement désolé mais qu'il n'était pas au courant au sujet de l'hiver et que les coupables seront punis dès qu'on les identifiera, c'est-à-dire jamais.

Mais dans la série «on n'apprend pas vite», regardez-moi plutôt un peu ça: cette semaine, l'Association des joueurs des ligues majeures s'est dite ouverte à l'idée d'inclure davantage de clubs dans les séries et donc d'allonger celles-ci. (La nouvelle formule entrerait en vigueur en 2012.) Nous ne sommes pas loin d'une classique de Noël.

Bien sûr, on observera, après un examen minutieux du calendrier grégorien, que présenter plus de séries n'entraînerait pas nécessairement la prolongation d'une campagne: il n'y aurait qu'à amputer la saison régulière de quelques joutes. Sauf que ça ne se passe pas comme ça: pour les équipes qui ne se rendent pas au détail ou tombent au premier tour, cela signifierait moins de matchs, donc moins de revenus. Et au prix où les joueurs sont payés, vous comprendrez qu'une telle hypothèse ferait mal dans la région.

Pour leur part, plusieurs joueurs s'y opposent. Vous avez beau gagner 10 millions de dollars par année, votre haut du corps — et à la rigueur votre bas — a ses limites.

En somme, ne retenons pas notre respiration pendant que le dossier chemine.

Donc, la Série mondiale démarrait hier soir, et un bon moyen de faire de l'argent rapide serait de publier un best-seller provisoirement intitulé Les Rangers du Texas pour les nuls. C'est qu'ils sortent de nulle part, ceux-là, et qu'on ne les voit pas tellement souvent, même en se forçant.

Les Rangers en sont à leur première participation à la grande danse. On rappellera pour mémoire que les Rangers furent autrefois les Senators de Washington; non, pas les Senators de Walter Johnson qui remportèrent la Série mondiale en 1924, ceux-là ont déménagé au Minnesota en 1960, mais plutôt les Senators seconde mouture, nés de l'expansion de 1961 et qui prirent le chemin du Texas en 1972. Leur copropriétaire est le grand Nolan Ryan, sept matchs sans point ni coup sûr et 5714 passages dans la mitte en carrière, qui trouve que les lanceurs sont un peu moumounes, ou du moins traités comme tels par leurs entraîneurs, et qu'ils ne devraient pas se contenter de cinq ou six manches dans un match et viser la partie complète, comme cela se faisait dans le bon vieux temps. Radicalement impossible d'être en désaccord avec pareille approche.

À part ça, les Rangers ont eu un autre copropriétaire célèbre, en la personne de George W. Bush, de 1989 à 1998. Selon des sources, la grande ambition du monsieur était moins d'accéder à la présidence des États-Unis que de devenir commissaire du baseball. On peut d'ailleurs, à l'occasion d'un souper en famille ou d'un cocktail mondain, s'amuser à jouer à «que se serait-il passé si» et à se demander où en serait l'Irak, par exemple, ou quand Alex Rodriguez se serait fait pincer pour usage de substances louches, si W. avait succédé à Selig au lieu de Bill Clinton. Ça ne mène à rien, mais ça remplit du temps.

Pour le reste, si vous regardez les Rangers, vous apercevrez Vlad, l'ancien porte-couleurs de nos Expos. Vlad n'a plus ses jambes d'antan, mais il continue de s'élancer sur tout ce qu'on lui offre et de frapper avec pas de gants, un comportement exemplaire.

De l'autre côté, on retrouve les Giants de San Francisco. Eux aussi n'ont pas savouré le bon goût de la victoire ultime depuis un sacré bout de temps. Pour vous situer un peu, la dernière fois, c'était en 1954, alors que l'équipe représentait encore New York et que le jeu se déroulait en noir et blanc. Depuis leur arrivée sur la côte du Pacifique en 1958, trois participations à la Série mondiale, et c'est à peu près ça.

Les principales têtes d'affiche des Giants, dans le sens de, sont la chevelure du lanceur partant Tim Lincecum — qui a 26 ans mais en paraît 15 — et la barbe/moustache du releveur Brian Wilson. Les deux systèmes pileux possèdent leur page Facebook respective, et je ne vous raconte pas de blague lorsque je vous transmets cette information cruciale. Les internets, c'est mental, vraiment.

Cet affrontement était inattendu, puisque les experts avaient largement pronostiqué que les Yankees et les Phillies auraient le dessus dans leur série de championnat de ligue respective. Mais voilà le problème des experts: ils se fient au passé et analysent à partir de trucs sur papier alors que chacun sait que ça se joue maintenant, sur le terrain, et qu'avec les nouvelles technologies de communication qui bouleversent nos vies de fond en comble, le papier est appelé à disparaître.

Par ailleurs, en dernière heure, j'ai le plaisir de vous informer que le successeur de Paul le poulpe, le devin de la dernière Coupe du monde, à l'aquarium d'Oberhausen, s'appelle aussi Paul. Il est d'origine française, étant né près de Montpelier. Il sera présenté au public la semaine prochaine.

Non mais, y s'en passe-tu, des affaires.