Piètre performance

Lorsque le Portugal a remporté un siège au Conseil de sécurité de l'ONU, la plupart des experts ont vu dans sa victoire un rejet de la politique étrangère canadienne. Il est vrai que certains des exemples cités par ces mêmes experts — comme l'engagement des soldats canadiens à la guerre en Afghanistan ou le déclin de notre engagement au maintien de la paix — ont débuté sous des gouvernements libéraux. Mais il est indéniable que la plupart des éléments impopulaires de notre politique étrangère ont été introduits par le gouvernement de Stephen Harper.

Entendre Lawrence Cannon et Dimitri Soudas rejeter tout le blâme sur le chef de l'opposition a paru pour le moins bizarre. Certes, les commentaires de Michael Ignatieff — qui avait prétendu quelques semaines avant le vote que le Canada ne méritait pas ce siège — étaient malavisés. Cela dit, l'explication offerte par MM. Cannon et Soudas était si farfelue que M. Harper lui-même ne l'a pas reprise. Cela n'a pas empêché 31 % des Canadiens de se dire en accord avec elle, selon un sondage de la Presse canadienne. Force est de comprendre que M. Ignatieff a un gros problème de crédibilité auprès des Canadiens...

Une majorité est néanmoins d'avis — à raison — que ce vote montre que les politiques du Canada ont été rejetées par la communauté internationale. Quand on creuse un peu, il paraît clair que MM. Ignatieff et Harper sont d'accord là-dessus, même s'ils tirent des conclusions bien différentes de cette rebuffade. M. Harper en fait une fierté, celle d'avoir été reconnu comme un gouvernement de principes. M. Ignatieff — dont le père a été ambassadeur à l'ONU — y a plutôt vu une honte.

Après sa bourde, le dossier a rebondi sur le bureau de Bob Rae. Le jour du vote, le porte-parole de l'opposition en matière d'affaires étrangères a eu pour tâche d'attaquer le gouvernement à la Chambre des communes. «Monsieur le Président, examinons les faits, a-t-il dit. Le refus obstiné du gouvernement de seulement discuter avec le gouvernement de la Chine pendant de nombreuses années; la décision d'exclure des pays africains de l'aide canadienne; le gel du budget de l'ACDI pendant une période indéterminée; la négation totale de notre responsabilité concernant les changements climatiques. Quand le gouvernement assumera-t-il la responsabilité d'un échec diplomatique majeur pour le Canada?»

Voici la réponse de John Baird, le leader du gouvernement aux Communes. «Monsieur le Président, dès le départ, le premier ministre et le gouvernement ont pris des décisions fondées sur des principes en matière de politique étrangère. Nous n'avons aucune excuse à faire. Nous sommes incroyablement fiers du magnifique leadership du premier ministre, particulièrement cette année, où nous avons été l'hôte des sommets du G8 et du G20. Je le répète, notre politique étrangère est fondée sur ce qui est juste, pas sur ce qui est populaire.»

Je note toutefois qu'un enjeu majeur — le Proche-Orient — était absent de la liste des méfaits conservateurs dressée ce jour-là par M. Rae. Cette absence notoire n'a pas été commentée par les journalistes à Ottawa. Pourtant, même si personne ne connaîtra jamais avec certitude les motivations de ceux qui ont participé à ce scrutin secret, cet enjeu figure dans à peu près toutes les explications données par les experts pour justifier cet échec.

À en juger par un récent entretien accordé au Canadian Jewish News, ce point de vue n'est pas partagé par M. Rae ni par le Parti libéral du Canada. Dans cet hebdomadaire, M. Rae a longuement exposé les politiques des libéraux au Proche-Orient. L'intervieweur lui a demandé si le fait que le Canada n'a pas été élu au Conseil de sécurité pouvait être le résultat, du moins en partie, de ses politiques au Proche-Orient. «Pas vraiment, a répondu M. Rae. Le Canada a toujours appuyé Israël.» Cette analyse a été confortée quelques jours plus tard dans une déclaration émanant directement du bureau de Michael Ignatieff.

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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail

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nspector@globeandmail.ca
7 commentaires
  • Socrate - Inscrit 28 octobre 2010 05 h 10

    Omar

    C'est la faute d'Omar à n'en point douter.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 28 octobre 2010 08 h 07

    Et si ça avait été Duceppe?

    Et si Duceppe avait dit, quelques semaines avant le vote, que le Canada ne méritait ce siège?

  • François Dugal - Inscrit 28 octobre 2010 09 h 28

    Souvenirs, souvenirs.

    On n'a plus le Canada qu'on avait.
    Est-il disparu à jamais?
    De son glorieux passé,
    Les traces sont effacées.
    A-t-il perdu son honneur,
    Sous le gouvernement conservateur?

  • Norman Spector - Inscrit 28 octobre 2010 10 h 22

    Réponse à M. Tremblay

    M. Tremblay
    Il l’a dit (le 12 mai):
    Monsieur le Président…Comment le premier ministre peut-il prétendre au titre de membre du Conseil de sécurité de l'ONU alors qu'il n'a toujours pas signé la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones?...
    Monsieur le Président...Comment le premier ministre peut-il aspirer à siéger au Conseil de sécurité de l'ONU alors qu'en matière de changements climatiques, il n'a posé aucun geste concret et a même mis en doute leur existence?
    Et il a ajouté dans un scrum (The Globe and Mail, le 13 mai)
    “Ideological positions about the environment, women’s rights and aboriginals … they’ve caused enough trouble here,” Mr. Duceppe said. “With this attitude does the Prime Minister understand that Canada doesn’t deserve a seat at the UN under this government?”

  • Pierre Rousseau - Abonné 28 octobre 2010 10 h 52

    Dérive canadienne

    Il faut dire que les Libéraux ont commencé cette dérive du Canada en militarisant notre politique étrangère dans la guerre en Afghanistan et en prenant des positions plus agressives et moins nuancées au niveau international. Les Conservateurs ont continué sur cette lancée et il est ironique de voir les Libéraux se déchirer la chemise alors qu'ils ont eux-mêmes commencé le bal!

    Par ailleurs, les Libéraux ont participé activement à finaliser l'Accord de libre-échange avec la Colombie (en particulier Scott Brison) en y insérant un article bidon qui demande aux deux gouvernements (canadien et colombien) de produire un « rapport » annuel sur les droits de l'homme dans chaque pays... Rien de plus alors que la Colombie a un des pires dossiers en matière de violaction des droits fondamentaux et où les défenseurs des droits humains, les leaders syndicaux et les dirigeants autochtones sont souvent menacés, voire assassinés et où on compte plus de 4 millions de déplacés internes à cause d'un conflit armé interne qui dure depuis plus de 45 ans.

    Le reste du monde voit bien que les propos vides du Canada en matière de droits humains ne sont que ça, des propos vides, et on ne voit pas ce que le vide pourrait apporter de plus au Conseil de sécurité.