Et puis euh - Du football raffiné

Il était possible, sans même se forcer, de visionner l'Histoire en train de se faire en fin de semaine. C'est que, voyez-vous, si on prend un exemple au hasard, le hockey professionnel mettons, les choses ne changent pas vite, vite. Un joueur se rend coupable d'un mauvais coup? La sanction qu'on lui impose relève de la loterie. Vous pourriez parier un match, trois matchs, six matchs, une demi-saison que vous auriez dans chaque cas autant de chances de gagner. On va discuter de nouveaux règlements en comité de suivi des initiatives, il faut bien prendre le temps de soigneusement réfléchir aux enjeux, on pourrait pas gosser encore un peu et tout ça.

Alors qu'au football américain, messieurs dames, on ne niaise pas avec la procédure. On tire d'abord, on s'explique ensuite.

Résumons-nous un peu à l'intention de ceux qui ont une vie et ne peuvent conséquemment se tenir au courant de tout ce qui se trame dans le merveilleux monde du sport™. Dimanche de la semaine dernière, plusieurs violentes collisions ont eu lieu dans la NFL, causant des dommages collatéraux sous forme de commotions cérébrales. Vous allez me dire, à l'instar de ce vieux sage de Qohelet — on a des lettres ou on n'en a pas —, que tout est vanité et qu'il n'y a pas grand-chose de nouveau sous le soleil, que quoi qu'on dise quoi qu'on fasse le football sera toujours une discipline brutale, il a semblé se produire comme un déclic. Trois joueurs ont été mis à l'amende pour des sommes variant de 50 000 $ à 75 000 $.

De sorte que dès mardi, les dirigeants envoyaient aux équipes une note de service prévenant joueurs et entraîneurs que, dorénavant, ça ne se passerait plus comme ça, non monsieur. Les coups illégaux (portés avec le casque, et notamment casque contre casque) qui n'étaient jusque-là punis que par une amende allaient maintenant entraîner, en plus, une suspension. Avant-hier était donc le premier jour de la nouvelle ère du football raffiné, en quelque obscure sorte.

Aucun incident notable ne s'est produit. Le vice-président du secteur football de la NFL, Ray Anderson, a d'ailleurs cru bon de faire une sortie publique, hier, pour féliciter les joueurs de s'être retenus. Il a nommé le demi de sûreté des Chargers de San Diego Brandon Meriweather et le demi de coin des Patriots de la Nouvelle-Angleterre James Harrison, deux des individus mis à l'amende la semaine précédente. Harrison avait pris une journée de congé, mercredi, affirmant qu'il songeait à prendre sa retraite.

Nous avons donc affaire à une ligue qui rend hommage à ses employés parce qu'ils respectent les règlements. Ne vivons-nous pas à une époque formidable?

Là-dessus, on verra bien ce que cela va donner, car chassez le naturel, n'est-ce pas, il revient au bungalow. Or plusieurs joueurs se sont élevés contre cette nouvelle politique de la NFL, même si elle vise leur propre sécurité. La nature du jeu ne se change pas du jour au lendemain, ni sa culture. Et il est bien question de culture, ici. La plupart ont grandi dans l'univers de violence qu'est, en soi, le football, et ils s'y plaisent. Harrison a noté que lorsqu'il frappe, «c'est pour faire mal. Pas pour blesser, mais pour faire mal».

Il y a aussi l'inévitable. Les joueurs courent rarement en ligne droite, et il n'est pas facile de prévoir où se produira l'impact et quelles parties du corps seront en cause. Et tout va tellement vite que les demis défensifs, par exemple, ne peuvent se permettre la moindre fraction de seconde d'hésitation. Et si on se met à plaquer moins durement, a fait valoir Sheldon Brown, des... Browns de Cleveland, il se trouvera bien des entraîneurs pour trouver que le joueur est un peureux, ou un mollasson.

Du côté des joueurs à l'attaque, d'autres craintes ont été émises. Les défenseurs vont chercher à moins agripper le haut du corps et, on l'a vu à quelques reprises dimanche, vont s'en prendre davantage aux jambes, avec ce que cela suppose de genoux et de chevilles démantibulés.

Et puis, bien entendu, il ne faut pas oublier la communauté des amateurs, celle qui remplit les stades et s'enchaîne à son téléviseur chacun des dimanches et lundis d'automne et permet à la NFL d'engranger des milliards de beaux dollars en droits de diffusion. La NFL qui, d'ailleurs, a toujours fait son marketing en faisant ressortir la robustesse du jeu.

Sheldon Brown a magnifiquement résumé la situation. «La NFL est le circuit professionnel numéro 1 pour une raison. Les fans adorent la violence. J'aime en voir, moi aussi, parce que je sais le courage que ça prend pour être impliqué dans certains de ces jeux», a-t-il dit.

«Mais tant que les joueurs se relèvent, je pense qu'on ne devrait rien changer. Quand quelqu'un mourra à la suite d'un coup violent, alors nous devrons changer la façon dont ce sport est joué.»

En attendant, le football américain demeure en effet le favori des masses. Tenez, lundi soir de la semaine dernière, était présentée une joute de la série de championnat de la Ligue nationale de baseball mettant aux prises les Yankees de New York — qui suscitent généralement de bonnes cotes d'écoute, plusieurs amateurs en proie à la Schadnfreude les suivant dans l'espoir de les voir perdre — aux Rangers du Texas. Or ce match a attiré moins de téléspectateurs que la rencontre entre les Titans du Tennessee et les Jaguars de Jacksonville, deux équipes de petits marchés dont l'affrontement a commencé en retard et qui s'est révélé d'un ennui total, remporté 30-3 par les Titans.

Au fond, on en veut, des collisions.
5 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 26 octobre 2010 03 h 24

    Certainement qu'on en veut, des collisions

    C'est l'essence même du football nord-américain. Un substitut à la guerre. Un sport d'homme à l'état brut(e).

    L'obsession sécuritaire va vraiment trop loin. Un confrère à vous (dans la grosse Presse) a même dit qu'il fallait "protéger les joueurs d'eux-mêmes".

    Non mais... ça va pas la tête???

    Sérieux.
    GB, une fan finie du football

  • Normand Chaput - Inscrit 26 octobre 2010 10 h 18

    pas de casque

    C'est le seul sport ou le casque protecteur ne sert pas à protéger.

  • Sirolepi - Inscrit 26 octobre 2010 14 h 28

    La journée internationale de Qohelet?

    Quelle coïncidence aujourd'hui de retrouver Qohelet cité dans deux articles traitant du football (rond et ovale) de chaque côté de l'Atlantique! Le merveilleux monde du sport (TM) ne cesse de m'éclairer et contribuer à mon épanouissement culturel.

  • Jo Bio - Inscrit 27 octobre 2010 07 h 28

    Any given sunday...

    Le "spearing" a toujours et demeure interdit.

    Une amende de 25 000$ à côté du gros bonnet d'âne qui échoit à celui qui se mérite la punition de 15 verges qui met son équipe dans le trouble devant 100 millions d'américains, ça ne pèse pas lourd.

    Comme le disait l'innénarable T.O.: What's ten Grand, for me?

  • Jo Bio - Inscrit 27 octobre 2010 07 h 40

    Titiller par un doute...

    je rectifie, après vérification, l'auteur de la citation plus haut.... Elle est bien de Randy Moss, au sortir d'une rencontre avec les autorités de la NFL où il avait écopé d'une amende de 10 000$ pour une célébration post-touché, sauce scato.