Théâtre - Deux fois plutôt qu'une...

L'actualité se fait parfois si dense que l'on est souvent forcé, dans un quotidien comme ailleurs, de faire des choix... qui sont toujours plus ou moins justifiables. C'est la vie comme disait Toe Blake et c'est ainsi que, la semaine dernière, nous ne vous avons pas parlé du dévoilement de la programmation de deux festivals qui prennent l'affiche autour de la mi-novembre: il s'agit des Coups de Théâtre et du Festival de théâtre à l'Assomption connu précédemment sous la dénomination du FAIT.

C'est d'autant plus frustrant que la majorité des gens ont à peine idée du rôle capital que les festivals ont joué et continuent à jouer ici dans la plupart des disciplines, et particulièrement en théâtre. Le Festival de théâtre des Amériques, avant qu'il se rebaptise Festival TransAmériques (FTA) en se donnant une tribune danse, a ainsi permis au milieu de s'abreuver, dès 1985, des explorations les plus marginales d'ici comme d'ailleurs et de s'ouvrir aux formes les plus diverses. Sans même parler de son impact sur le spectateur «ordinaire», le FTA aura allumé des consciences, élargi des démarches et modelé ainsi, en y inscrivant tout au moins des repères, les contours changeants et multiples de l'expérience théâtrale que l'on mène ici. C'est une contribution majeure, «structurante» comme disent les gens sérieux.

Mais il faut constamment répéter que, depuis plus de 20 ans, les Coups de théâtre ont joué le même rôle dans ce secteur multiple qui s'adresse aux jeunes publics de tous les âges. En filiation lui aussi avec le Festival québécois du jeune théâtre qui a animé le milieu pendant si longtemps — le fameux FQJT a connu plus d'une quinzaine d'éditions annuelles, on le sait —, le festival, qui en est à sa 11e édition, aura joué le même rôle de tremplin tout en sachant s'ouvrir sur le répertoire mondial.

En plus d'offrir une vitrine aux compagnies d'ici et de dresser, tous les deux ans, une sorte d'état des lieux du jeune public, Coups de théâtre aura aussi permis aux visiteurs étrangers de se nourrir des démarches ayant pris racine ici, comme le théâtre ados, par exemple. C'est ainsi que Le Clou, la compagnie phare du secteur qui a souvent participé au festival, a pu séduire là — en plus d'un auditoire qui continue de s'amplifier — des programmateurs européens... qui ont fait rouler le spectacle chez eux... et qui ont ainsi créé là-bas un soudain engouement pour le théâtre ados. Jusque-là, les Français n'arrivaient pas à imaginer des ados captivés par du théâtre qui parle d'eux et de ce qu'ils vivent!

Cette année, les Coups de théâtre proposeront, du 15 au 28 novembre, 22 spectacles — danse, théâtre, musique et multimédias confondus — dans une dizaine de salles du centre-ville, le tout pour des publics de 4 à 12 ans, selon le spectacle. En plus des productions, on rendra un hommage à Jasmine Dubé, on offrira plusieurs lectures et même un colloque sur la mise en scène qui se tiendra ici et à Québec.

La création est au rendez-vous avec les compagnies d'ici (L'Illusion, PPS Danse, DynamO Théâtre, Les Confettis, le Motus, le Youth Theatre, le Gros Mécano et plusieurs autres) et l'on verra revenir avec plaisir les Danois du Teatret Møllen (avec Oskar), les Néerlandais du Stella den Haag (Thick Skinned Things), le grand Laurent Dupont avec son Moi Seul et les objets bizarres du Bob Théâtre (Princesse K). Le festival propose aussi le travail des Norvégiens de la Jo Stromgren Kompani (A Dance Tribute to the Art of Football), des Belges de la compagnie Kopergietery (Satin et vin blanc), des Allemands du Mummpitz (The Terrific Adventures of Brave Joan Woodworth) et des Australiens des Jessica Wilson Productions (Doctor Egg and the Man with no Ear). On reviendra là-dessus plus longuement à l'ouverture du festival.

Du côté de L'Assomption, on vous propose une sorte d'injection massive avec pas moins de douze spectacles en quatre jours à peine, du 10 au 13 novembre. Il y a là des choses que l'on pourra rattraper ou revoir avec plaisir, comme Abraham Lincoln va au théâtre, la production du PàP du texte de Larry Tremblay, Rêvez, montagnes! produit par le NTE — on se le rappellera —, La Robe de Gulnara du Théâtre I.N.K, et Un suaire en SaranWrap de Manon Lussier que l'on avait pu voir au théâtre La Chapelle.

Mais il y aura là plein de nouveautés aussi, dont un spectacle très attendu sur Michel Garneau (MG, poète convertible et décapoté) avec Marcel Sabourin et Christian Vézina. On trouvera le programme complet au www.fait.ca, mais sachez comme ça que si vous avez raté En attendant Le Songe mis en scène par Irina Brook, lors de son passage à l'Usine C, le spectacle sera présenté là le vendredi 12 novembre...

En vrac


- Dès demain à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, la compagnie Bruit Public propose une pièce que l'on monte plutôt rarement ici: Jeux de massacre d'Eugène Ionesco, un texte créé en 1970 au Théâtre Montparnasse. Dans cette fable virulente soulignant à quel point la barbarie nous guette au moindre détour, on reconnaîtra des figures familières — journalistes, politiciens et opportunistes de tous styles — qui tentent de tirer profit d'une situation de crise. «À travers une série de courts tableaux, tous plus absurdes les uns que les autres, les nombreux personnages — 47 joués par 8 acteurs — vivent l'absurdité de situations dont Ionesco sait tirer un comique plutôt mordant.» Éric J. St-Jean signe la mise en scène du spectacle qui gardera l'affiche jusqu'au 13 novembre. On se renseigne au TDP au 514 253-8974.

- Dès lundi prochain et jusqu'au 7 novembre, les finissants de l'École nationale de théâtre (ENT) présentent Un fil à la patte de Georges Feydeau; c'est Normand Chouinard qui signe la mise en scène du spectacle qui sera présenté à la salle Ludger-Duvernay du Monument-National. «Ponctuée de chansons, cette pièce du maître incontesté du vaudeville nous plonge dans l'ambiance gouailleuse du Paris de la Belle Époque... dans une atmosphère de café-concert», précise le communiqué. Soulignons que c'est le premier exercice public de la saison 2010-2011 et que l'École amorce ainsi les célébrations entourant son 50e anniversaire de fondation. Le prix des billets est fixé à 9 $, et l'on peut réserver au 514 871-2224.

- Vite vite comme ça en terminant, on vous signale le passage très rapide au Théâtre Outremont, ce soir, à 19h30, d'une production de La Manufacture: Après la fin de Dennis Kelly dans la traduction admirable de Fanny Britt. Maxime Denommée joue et met en scène ce drame impossible tout en porte-à-faux qui donne aussi la vedette à Sophie Cadieux dans son rôle le plus percutant depuis Cette fille-là. On se renseigne au 514 495-9944.