Entre retraites et austérité

Le peuple français est dans la rue... contre un délai de DEUX ans dans l'arrivée à la retraite! Alors même qu'on va vivre aisément, au XXIe siècle en Occident, dix voire vingt années de plus qu'au XXe siècle... et en bien meilleure santé. Derniers venus au front d'un mouvement qui secoue la France: les lycéens et universitaires de 15 à 25 ans, pour qui, oui, «la retraite, c'est une affaire de jeunes»!

Il est fort tentant de critiquer cette «vieille France» qui refuse de s'adapter, attend tout du biberon de l'État et défend ses «acquis sociaux» avec une intransigeance suspecte quant à ses mobiles, peut-être destructrice quant à ses effets.

Et les arguments ne manquent pas: dans ce pays individualiste, où les riches — et les moins riches — sont assis sur une myriade de privilèges cachés, une bonne partie de la population attend mer et monde du gouvernement.

Non seulement qu'il assume l'éducation des jeunes et la sécurité des vieux — normal en social-démocratie —, mais qu'il garantisse du travail à tous les autres. Comme si l'idée de base était: «l'État me le doit, qu'il n'essaie pas de me l'enlever!»... sinon, comme l'insupportable petit Pépé dans Astérix en Hispanie, «je cesserai de respirer jusqu'à ce qu'il arrive quelque chose». D'où ces grèves et manifestations à répétition.

On est aussi prompt à citer la France, pays des «ponts» innombrables... non, pas le pont du Gard ni celui d'Avignon, mais ceux qui font se multiplier les week-ends de quatre jours, entre Pentecôte et Toussaint lorsqu'elles ont le bonheur de tomber un mardi ou un jeudi.

Mais les contre-arguments ne sont pas à rejeter du revers de la main...

L'approche du gouvernement Sarkozy-Fillon est arrogante, et la confrontation sa méthode: ce conflit, il l'aurait donc cherché. Elle est également hypocrite, parce que la question de fond n'est pas seulement celle de l'ajustement des retraites, mais d'une crise généralisée des finances publiques. Et puis, les fameux acquis sociaux, c'est aussi «un style de vie» que l'on défend: la valorisation du temps libre, est-ce un péché?

Paresseux, les Français? Ils seraient, selon l'OCDE, la population la plus productive du monde... par heure travaillée! Non pas par semaine, ni par année, à cause de ce qui précède. Ils ne veulent peut-être pas souvent travailler... mais lorsque les Français travaillent, ils travaillent.

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Toute cette folie autour de l'élévation de l'âge de la retraite de 60 à 62 ans, dans un grand pays d'Occident, laisse perplexe. Mais si l'on regarde ailleurs — à commencer, tout à côté, par la Grande-Bretagne —, on voit se déployer une tout autre idéologie que celle des manifestants français: l'idéologie de l'hyper-austérité, immédiate et à tout prix, avec des coupes sans précédent. Même Maggie Thatcher n'est jamais allée si loin. Et ce, dans un contexte social beaucoup plus calme, marqué par le stoïcisme proverbial de la population britannique.

En cette fin 2010, ne peut-on pas, tout à la fois, critiquer la fixation des Français sur «l'État-qui-me-doit-tout»... et trouver dangereuse l'idéologie opposée, cette pratique de l'austérité radicale qui triomphe de Londres à Berlin? Alors qu'il y a deux ans à peine, les mêmes gouvernants ne juraient que par la relance par l'entremise des dépenses publiques. Et alors même que guette, plus que jamais, la rechute économique de l'Occident.

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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

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francobrousso@hotmail.com
21 commentaires
  • Socrate - Inscrit 25 octobre 2010 03 h 36

    congés

    Des weekends de 3 jours contre des retraites à 65 ans seraient beaucoup plus intéressants à long terme assurément.

  • Adario - Inscrit 25 octobre 2010 07 h 33

    Suivre davantage le dossier, plutôt que d'improviser la nouvelle

    M. Brousseau, malgré le bon travail que vous faites habituellement, je suis surpris que vous ne mentionnez pas le noeud du problème : contre qui les français sont-ils en furie ? Contre celui qui est le responsable du dossier des retraites, dont je vous propose un article à lire :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Woerth-Betten

  • Frédéric Quinci - Inscrit 25 octobre 2010 07 h 46

    Bien ou pas bien ?!

    Tout n'est que question de motivation...
    Mais comme en France la motivation est difficile à connaître quand on vous apporte tout (et "tout cuit") dès le plus jeune âge, c'est sûr que les nouvelles générations voient cette "réforme" (heureusement que ce n'est que 2 ans de plus!) différemment. Les plus âgés, eux, voient ce changement de dernière minute comme "être pris pour un con". Il est vrai que le travail d'hier et celui d'aujourd'hui n'est pas le même en terme d'effort, qualité, salaire et surtout reconnaissance.
    Pour la reconnaissance professionnelle aujourd'hui, je conseille aux jeunes d'effacer ça de leur vocabulaire... ça n'existe pratiquement plus !

    Seule la motivation professionnelle peut permettre d'affronter ce passage... et je le conseille vivement !

    Frédéric (35 ans - PARIS, France)

  • Jacques Morissette - Inscrit 25 octobre 2010 09 h 59

    Le petit 2 annnées de plus que les français contestent m'indique quelque chose.

    Ça donne une idée de ce que pense les contestataires du métier qu'ils font. Le monde du travail serait à revoir, de la cave jusqu'au grenier. Réflexion faite, est-ce contre le monde du travail que les contestataires en ont ou s'ils en ont contre la société marchande? À ces jeux de la fortune qui limitent les choses, il est tellement facile d'y perdre son âme.

  • chat58 - Inscrit 25 octobre 2010 10 h 19

    La retraite.

    Bonjour.
    Les francais on raison de manifester leur mécontentement quand le gouvernement retarde leur retraite 2 ans plus tard. Ici au Québec c' est la meme chose, ca s' en vient. on nous dit que nous allons vivre plus vieux, foutaise, on est au prise avec une épidémie de cancer, problêmes cardiaques, etc, etc,. Ils nous mentent en plein visage. Ici dans mon millieu presque la moitié des gens meurent avant l' age de 65 ans alors beaucoup moins de retraite a payer avant 65 ans. L' argument du fond de retraite épuisé du gouvernement du Québec ne tient plus.
    chat58( Gaston Dufour, Alma, P. Québec)