REER: planifier les retraits tout en protégeant le capital

J'aimerais connaître votre opinion concernant un des deux scénarios que j'envisage d'utiliser quand viendra le moment de prendre ma retraite, soit dans un an, lorsque j'aurai 60 ans.

Voici mes actifs:

1- placement REER de 390 000 $ à la Standard Life;

2- placement REER de 140 000 $ à la Banque

Nationale;

3- placement hors REER de 110 000 $ en actions de grosses compagnies canadiennes (revenus en dividendes de 5000 $/an);

4- mon épouse reçoit une rente d'un service public de plus ou moins 42 000 $.

Premier scénario possible

Laisser mon avoir dans mon compte avec la Standard Life, me créer un FERR et ensuite, à 71 ans, me créer un autre FERR avec celui de la Banque Nationale.

Cela me donnerait un revenu de 19 000 $ + RRQ 8000 $ + div. 5000 $, soit plus ou moins 32 000 $ par année avant impôt.

Ensuite, à 65 ans, je recevrai la pension du Canada (+/- 6200 $/an) et, à 71 ans, je me fais un FERR avec mon REER de la Banque Nationale, que j'estime à environ 215 000 $ (4 % par année pendant 11 ans).

Cela me donnera un revenu supplémentaire pour contrer l'inflation, les soins de santé, les imprévus, etc. (+/- 10 000 $/an).

Deuxième scénario possible

Fusionner mes deux REER à la Banque Nationale dans «Gestion privée de placement». Avec la somme de 530 000 $ (390 000 $ + 140 000 $), ouvrir un FERR rapportant un revenu annuel de 24 000 $ + RRQ de 8000 $ + div. 5000 $, soit plus ou moins 37 000 $ par année avant impôt.

(Note: que pensez-vous du programme de la Banque Nationale «Gestion privée de placement»?)

Une autre question

De plus, je possède des actions de Manitoba Télécom et mon courtier me conseille de les vendre parce qu'il considère que la compagnie ne pourra pas soutenir un dividende aussi élevé en rapport avec leurs bénéfices. Ainsi, il me conseille d'acheter des actions de Telus. Est-ce une bonne stratégie de placement?

Merci de votre attention.

Y. D.

D'emblée, je dirais que répartir vos comptes entre différentes institutions financières (deux ou trois selon votre avoir actuel) n'est pas une mauvaise affaire. Cela vous permet d'obtenir les points de vue de différents conseillers et, donc, d'avoir un son de cloche plus juste sur votre situation. Évidemment, comme je l'ai toujours dit, il est impérieux de ne pas vous en remettre totalement aux décisions de ces conseillers. Une fois leurs avis connus, c'est à vous de trancher. Pour ce faire, vous devez donc avoir des connaissances suffisantes du monde du placement pour être en mesure de faire preuve d'un esprit critique envers leurs propositions. Vu que vous possédez déjà un portefeuille d'actions de grandes compagnies canadiennes, vous disposez probablement de cette connaissance suffisante du monde du placement pour discerner entre le bon et le moins bon des propositions faites par ces conseillers qui cherchent régulièrement à vendre des produits financiers offerts par leurs institutions.

À propos de votre portefeuille d'actions, je pense qu'il y aurait lieu, dans votre cas, de le développer davantage. Il correspond à 17 % de la valeur totale de 630 000 $ de vos divers portefeuilles. En présumant que 50 % de la valeur totale de ceux-ci doit aller, question de sécurité, aux obligations et titres à revenus fixes de grande qualité, le reste, soit 315 000 $, peut être dévolu aux actions de grandes sociétés canadiennes. En plus de votre compte hors REER de 110 000 $, vous pourriez allouer 90 000 $ de vos REER aux actions de ces entreprises, portant ainsi à 200 000 $ la valeur de titres de compagnie détenus directement dans vos portefeuilles et, si possible, que vous gérerez vous-même. Évidemment, faites-le uniquement si vous êtes déjà satisfait de la performance de votre portefeuille de 110 000 $ constitué d'actions de grandes entreprises. Il reste que les dividendes de ces grandes sociétés sont alléchants et que dans bien des cas ils surpassent le coupon d'intérêt des obligations à long terme de grande qualité, une situation rarement vue par le passé. À vous donc d'en profiter.

Cela dit, le scénario 1 est celui que je favorise. Il préconise une approche graduelle des retraits de vos REER et donc, inversement, met davantage l'accent sur la protection du capital. Ce scénario propose de convertir dès le début de votre retraite, soit à 60 ans, le REER de 390 000 $ à la Standard Life en FERR (Fonds enregistré de revenus de retraite) et d'attendre ensuite à 71 ans pour faire de même avec le REER à la Banque Nationale. Vos retraits annuels du FERR devraient cependant correspondre au minimum exigé, soit 3,33 % de sa valeur en début d'année, ce qui donne un montant annuel de près de 13 000 $ au lieu de celui de 19 000 $ (ce qui correspond à 4,8 % de la valeur du FERR) sur lequel vous tablez. En tenant compte de la rente du Québec et de vos dividendes, vos revenus annuels globaux se chiffreraient à 26 000 $ au lieu de 32 000 $ pour les premières années de retraite. Ces revenus ajoutés à ceux de votre épouse (soit une rente de 42 000 $) vous donneraient un revenu familial de 68 000 $, ce qui est suffisant pour vivre une retraite confortable. D'autant plus qu'au besoin, vous pourrez toujours ajuster à la hausse vos retraits (si vous désirez faire un voyage, acheter une voiture ou autre chose). À 65 ans, votre revenu se gonflera de la pension de la sécurité de la vieillesse (il atteindra alors près de 32 000 $) et, plus tard, à 71 ans ou avant si vous en sentez le besoin, vous pourrez mettre à contribution le REER à la Banque Nationale en le convertissant en FERR (ce qui portera vos revenus annuels à près de 42 000 $).

En plus de préconiser une approche plus graduelle des retraits de vos REER, le scénario 1 maintient la répartition de votre avoir entre deux institutions, ce qui est préférable. Quant à la qualité du service de gestion privée de la Banque Nationale, je ne puis me prononcer là-dessus. Mais je vous invite à suivre de près les divers frais associés à la gestion de votre avoir et à l'achat des divers produits dont les fonds communs d'investissement. Ces frais seront sensiblement supérieurs à ceux encourus si vous décidiez de gérer vous-même vos portefeuilles par l'entremise d'un courtier escompteur.

Telus

Pour ce qui est de Manitoba Telecom, votre courtier avait vu juste. La société a décrété durant l'été une réduction de 35 % de son dividende. Évidemment, le cours de l'action s'est sensiblement replié à la suite de cette annonce. L'achat des actions de Telus, la seconde firme de télécommunications en importance au pays, vous aurait évité cette débandade. Idem si vous aviez choisi BCE au lieu de Manitoba Tel.

Maintenant que la tempête est passée, si vous possédez encore les actions de Manitoba Tel, il vaut mieux les conserver. La raison: le cours de l'action est aujourd'hui assez faible par rapport à la valeur intrinsèque de l'entreprise. Tellement faible que Manitoba Tel pourrait actuellement se départir de sa division de la téléphonie sans fil et racheter pour près de 40 millions de ses actions en circulation. Ce faisant, elle serait capable, une fois sa division sans fil vendue, de soutenir un dividende de l'ordre de 3,22 $ l'action, contre actuellement 1,70 $. Un tel dividende aurait pour effet de faire remonter le cours de l'action à 39 $, peut-être plus.

Il reste que les actions de Manitoba Tel ne doivent pas composer une part trop importante de votre portefeuille. Il s'agit d'une société de taille moyenne et donc de second plan par rapport aux actions de BCE, le seul conglomérat des télécommunications au pays, qui, elles, méritent une place de premier plan dans votre portefeuille si vous désirez participer au secteur des télécommunications.

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