Sale job

Pauline Marois n'en est pas à sa première gaffe depuis qu'elle est devenue chef du PQ, mais c'est sans doute la plus spectaculaire. Le «quelque chose comme un grand peuple», lancé par René Lévesque le soir du 15 novembre 1976, est une de ces rares phrases qui sont allées droit au cœur de tous les Québécois.

Dans le contexte du débat sur les écoles passerelles, il était clair qu'en parlant d'un «petit peuple», Mme Marois faisait allusion à son faible poids démographique, mais le premier ministre n'allait pas manquer une aussi belle occasion de la crucifier.

Inévitablement, cette bourde va renforcer le sentiment déjà largement répandu que la chef du PQ n'est pas à la hauteur. Se pencher sur «le cas Pauline Marois» est à la mode ces temps-ci, et il y a fort à parier que l'examen se fera de plus en plus critique à l'approche du congrès du printemps prochain.

Mme Marois a ses défauts, mais un faux pas ne doit pas faire oublier tout le reste. Si le gouvernement Charest bat présentement des records d'impopularité, c'est au moins en partie parce que l'opposition a su mettre sa turpitude en lumière.

Le problème est que l'opposition n'est jamais assez performante aux yeux de ceux qui sont insatisfaits d'un gouvernement. Elle devient en quelque sorte victime de son succès. Et quand un gouvernement a la cote, ceux qui le critiquent passent pour des chialeux. Tous ceux qui en ont fait l'expérience le confirmeront: le poste de chef de l'opposition est un sale job.

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Certains ont la mémoire étonnamment courte. Ce qu'on disait de Jean Charest à l'époque où il était dans l'opposition était bien pire que tout ce qu'on entend aujourd'hui au sujet de Mme Marois. Après tout ce qu'il a enduré, il faut reconnaître sa remarquable résilience.

En avril 2000, le conseil d'administration du Conseil du patronat, André Fortier, avait exprimé brutalement la déception que le chef du PLQ avait causée dans les milieux d'affaires. «Il faut qu'on ait mieux que ça», avait-il lancé sur les ondes de TVA.

Trois semaines plus tard, L'actualité rapportait sans l'identifier les propos d'un ancien ministre libéral, selon lequel M. Charest n'avait tout simplement pas l'envergure intellectuelle requise. Dur. Même Bernard Landry n'a jamais osé dire publiquement une chose pareille de Mme Marois. Les militants libéraux avaient beaucoup plus de raisons d'être inquiets à l'époque que les péquistes ne peuvent en avoir aujourd'hui.

M. Charest n'était pas le premier à vivre ce calvaire. Avant de devenir premier ministre — et même après —, Jacques Parizeau avait multiplié les gaffes. Plus encore que Mme Marois, il était clair qu'il ne «pognait» pas dans le «petit peuple». Si le PQ avait perdu les élections de 1994, comme cela a bien failli se produire, Dieu sait ce qu'il lui serait arrivé.

On l'a oublié, mais même René Lévesque avait dû faire face à une sérieuse contestation. En 1974, Claude Charron avait ouvertement remis son leadership en question. Après une élection partielle dans Johnson, où le PQ était arrivé troisième derrière l'Union nationale et le PLQ, Robert Burns et Lucien Lessard avaient également tenu des propos très sévères sur sa façon de diriger le parti. À peine deux mois avant la victoire «historique» de novembre 1976, le leadership de M. Lévesque était encore mal assuré.

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On semble surpris que Mme Marois soit moins populaire que son parti, et à peine plus que Jean Charest. Cela n'a pourtant rien d'étonnant, encore moins d'exceptionnel. Dans l'opinion publique, la fonction de premier ministre a toujours conféré un avantage, souvent marqué, à celui qui l'occupait.

En rétrospective, certains chiffres pourront surprendre. Ainsi, selon un sondage IQOP réalisé en novembre 1974, 39 % des Québécois préféraient Robert Bourassa à René Lévesque (24,5 %), qui était lui-même moins populaire que le PQ (28 %). En décembre 1993, selon la maison SOM, le PQ arrivait en tête dans les intentions de vote, mais Daniel Johnson était nettement plus populaire (43 %) que Jacques Parizeau (32 %).

En avril 2000, au moment où un ancien ministre libéral s'interrogeait sur ses capacités intellectuelles, Léger et Léger accordait une avance de deux points au PLQ sur le PQ, mais la cote personnelle de Jean Charest n'était que de 16,2 %, loin derrière celle de Lucien Bouchard (39,2 %) et de Mario Dumont (24,6 %).

En décembre 2002, la même maison plaçait le PLQ en tête avec 36 % des intentions de vote, devant l'ADQ (33 %) et le PQ (29 %). Pourtant, Jean Charest, qui allait devenir premier ministre quatre mois plus tard, avait la faveur de seulement 18 % des Québécois, troisième derrière Mario Dumont (37 %) et Bernard Landry (25 %).

Bref, les choses ne vont pas si mal pour Mme Marois. Relativement à ses adversaires, elle est même plus populaire — ou moins impopulaire, si on préfère — que l'étaient tous les chefs de l'opposition qui ont réussi à prendre le pouvoir au cours des 40 dernières années. Il est certainement mortifiant de se mettre le pied dans la bouche, comme elle l'a fait lundi, mais il lui suffira de se comparer pour se consoler.

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