Perspectives - La réalité rattrape Flaherty

Dans un discours prenant soudainement une saveur politique, Jim Flaherty surfe sur cette vague qui a placé le Canada au rang des modèles économiques dans cette récession couplée d'une crise financière. Celui que le magazine Report on Business (RoB) a positionné comme étant l'un des plus grands ministres des Finances de l'histoire canadienne voit aujourd'hui la réalité économique le rattraper.

Depuis quelques jours, le ministre fédéral des Finances multiplie les discours politiques et partisans avertissant du pire advenant un déclenchement des élections et l'avènement d'un gouvernement de coalition. Il n'hésite pas à mettre à profit cette résilience de l'économie canadienne lors de la grande récession.

Et à donner une note quasi parfaite au programme de stimulation économique de son gouvernement. D'un gouvernement qui, quelques mois après la faillite de Lehman Brothers et le plongeon des grandes économies dans la récession, croyait encore que le temps était propice à l'achat d'actions en Bourse, que le Canada allait éviter la contraction économique. Celui qui, selon l'édition de septembre du RoB, pourrait être l'un des plus grands ministres des Finances de l'histoire canadienne surfait alors sur une reprise vigoureuse, qui n'aura duré que deux trimestres.

Aujourd'hui, la croissance chétive observée ici et là dans l'univers des pays industrialisés fait pleinement sentir ses effets sur une économie ouverte comme celle du Canada, qui souffre également d'une devise forte. La croissance décélère rapidement et la confiance des consommateurs s'érode depuis quatre mois.

Les ménages canadiens ont continué de s'endetter lors de la récession et ils ont alimenté la reprise en devançant leurs achats grâce aux stimulants et à la faiblesse historique du loyer de l'argent. Aujourd'hui, ils affichent un taux d'épargne trois fois plus faible que celui des ménages américains. Ils font face à une correction du marché immobilier et ils devront répondre de la détérioration des finances publiques. Voilà pour la note quasi parfaite!

Rappelons aussi les conclusions tirées par les experts. Dans sa Revue de fin d'année: 2009, l'analyste Philip Cross, de Statistique Canada, disait que des pays comme les États-Unis ont connu leur pire ralentissement depuis la Grande Dépression. Par comparaison, la récession canadienne a été moins profonde et plus courte que dans les autres pays du G7. Il en a été ainsi de la contraction du taux d'emploi, qui a été moins prononcée au Canada, «en partie attribuable au fait que les ajustements à la main-d'oeuvre occupée au Canada étaient liés à une réduction de la semaine de travail plutôt qu'à une diminution de l'emploi».

Aux États-Unis, qui peinent à créer des emplois depuis, les contractions du marché du travail ont pris la forme de pertes sèches, liées essentiellement à l'effondrement du marché de la construction ayant conjugué ses effets aux énormes gains de productivité cumulés par les entreprises américaines.

L'analyste a également observé que la récession de 2008-2009 a été moins sévère que les deux périodes précédentes de repli de l'activité économique.

Dans son étude, le spécialiste de Statistique Canada associait cette performance relative du Canada au fait «qu'il était en meilleure position pour faire face à la récession mondiale que d'autres grandes économies occidentales, principalement grâce aux épargnes telles qu'elles sont reflétées dans notre bilan national. Le déséquilibre de l'épargne et les prix des actifs ont, en effet, joué un rôle important dans la récession mondiale de 2008-2009, à la différence de la plupart des récessions d'après-guerre, où les déséquilibres des stocks ou les prix à la consommation étaient des facteurs décisifs». À mettre, donc, à l'actif du rééquilibrage des finances publiques lancé par le gouvernement précédent au sortir de la récession de 1990-1992.

Le Conference Board acquiesce. Dans un survol récent pronostiquant un retour plus rapide que prévu d'Ottawa dans l'univers des surplus budgétaires, les analystes de l'organisme privé concluaient que le gouvernement fédéral récoltait les dividendes de sa gestion prudente pratiquée au sortir de la récession de 1990-1992. Le gouvernement fédéral et quelques provinces ont remboursé graduellement leur dette au cours de cette décennie. «Le ratio dette/PIB du gouvernement fédéral est passé de 68 % au cours de l'exercice financier 1995-1996 à seulement 29 % en 2008-2009. Lorsque la crise financière et la récession ont commencé, le Canada était en meilleure posture fiscale que la plupart des autres pays industrialisés», ont souligné les analystes du Board.

Ils ont rappelé qu'ailleurs, en Europe, au Japon et aux États-Unis, la dette publique avait plutôt augmenté au cours de cette période faste dominée par une croissance économique soutenue. «Le Canada disposait d'une marge de manoeuvre que les autres n'avaient pas lorsque la récession a commencé», a résumé le Conference Board.

Voilà pour le mérite!