De Maclean's à Bastarache

Puisque j'ai grandi à Montréal, je ne peux pas dire que j'ai été totalement surpris de lire à la une du Maclean's que la corruption existe au Québec. Cela étant dit, je voudrais bien jeter un œil sur les recherches que les journalistes de la revue Maclean's ont effectuées avant de conclure que la Belle Province est la plus corrompue du Canada — si ces recherches existent.

Prenons la Colombie-Britannique, par exemple, si vous me permettez de dire un mot de la province où je vis maintenant. Il s'agit de la première juridiction du Commonwealth à avoir expédié un ministre en prison — c'était dans les années 50 et Robert Sommers, ministre de l'Agriculture, des Forêts et des Mines, fut reconnu coupable de corruption, ce pour quoi il servit une peine de 29 mois. Plus récemment, deux premiers ministres de la Colombie-Britannique ont dû quitter leurs fonctions en raison de conflits d'intérêts. L'un d'eux mène une lutte contre la taxe de vente harmonisée (TVH) et les médias passent outre ce scandale pour décrire plutôt sa carrière passée comme ayant été «colorée».

Toutefois, même si d'autres provinces mériteraient assurément d'être en lice pour le titre de championne de la corruption au Canada — ai-je mentionné que j'ai aussi travaillé en Nouvelle-Écosse? —, il est difficile d'imaginer qu'une couverture de Maclean's provoquerait la même indignation si on y plaçait Anne of Green Gables plutôt que Bonhomme Carnaval...

La dernière controverse du genre avait mis en scène la journaliste du Globe and Mail Jan Wong et son analyse farfelue de la fusillade survenue au collège Dawson. À l'époque, le premier ministre Jean Charest avait écrit au Globe and Mail, et plus mystérieusement au Devoir, pour exiger que Mme Wong ait «la décence de s'excuser auprès de tous les Québécois».

Deux jours plus tard, nul autre que le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a écrit aux mêmes quotidiens. Puis, les députés à Ottawa ont adopté à l'unanimité une résolution exigeant que «des excuses soient accordées à la population du Québec pour les commentaires insultants». Et lorsque le Globe and Mail a rejeté cette demande, le chef du Bloc québécois a déclaré que le quotidien devait s'excuser parce que les députés l'avaient demandé à l'unanimité — de la part de Gilles Duceppe, cela témoignait d'une bien imparfaite maîtrise des relations entre le Parlement et la presse.

Cette fois, la bonne nouvelle est que ce sont les journalistes — du côté francophone au moins — qui débattent de l'analyse de Maclean's. Quant à eux, les politiciens semblent avoir d'autres préoccupations.

Ainsi, le jour où Maclean's a été publié, le premier ministre Jean Charest témoignait devant la commission Bastarache. Gilles Duceppe a réagi la semaine dernière au fameux reportage en s'interrogeant sur la «xénophobie» du Canada anglais, et M. Charest vient tout juste de demander des excuses à Maclean's. Cette fois-ci, les députés du Bloc à Ottawa sont restés relativement silencieux, afin de ne pas aider M. Charest à se sortir du pétrin.

En regardant son témoignage devant la commission Bastarache, j'ai été frappé de voir à quel point le jeune député un peu nerveux que j'ai connu il y a vingt ans — mais que je n'ai pas vu depuis autrement que lors de ses brèves apparitions à la télé — était devenu un clone de Brian Mulroney. La même élocution. La chemise blanche et la même tenue chic et de bon goût. Des pointes d'humour semblables en guise de riposte à des critiques. Le calme devant des sondages désastreux. Mais surtout, le même type d'explications incroyables que celles livrées par M. Mulroney devant la commission Oliphant, alors qu'on scrutait ses relations avec Karlheinz Schreiber.

Ainsi, selon M. Charest, il n'y a eu aucune partialité dans les nominations à la magistrature du Québec. Il n'y avait rien d'inapproprié dans le fait que les collecteurs de fonds soient passés à son bureau dans le but d'identifier des candidats destinés à des fonctions publiques. Rien d'inapproprié non plus dans le fait que la responsable des nominations, ancienne candidate libérale, avait accès à la courte liste des candidats destinés à des fonctions juridiques, et qu'elle prenait note de leur allégeance politique. Pas plus que dans le fait que le premier ministre donne son opinion sur les candidats avant même que le ministre de la Justice fasse sa propre recommandation au cabinet.

Le premier ministre l'a assuré: le tout a été fait dans le but de promouvoir des candidatures féminines et multiculturelles. De plus, comme M. Charest l'a répété à plusieurs reprises, dès le début de son premier mandat, son gouvernement a reconduit 65 % des nominations qui venaient à terme. Voilà précisément le type d'explications que Brian Mulroney aurait données dans des circonstances similaires.

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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
17 commentaires
  • yannick.legault@sympatico.ca - Abonné 30 septembre 2010 00 h 46

    La reconduction de 65% des nominations ??

    Voilà un chiffre que Jean Charest a sorti de sa poche l'autre jour !
    Le 65% en question doit inclure tous les petits conseils d'administration de l'état, dont la grande majorité sont des postes non rémunérés. .. Évidemment...

  • Ciceron Derome - Inscrit 30 septembre 2010 07 h 13

    À Norman Spector

    Bien sûr, à vous lire, il semble que ce soit anormal qu'un gouvernement libéral embauche dans ses officines du personnel à allégeance libérale. Étant donné que vous ne parlez pas du PQ, il serait bon de rappeler aussi que ces pratiques se répètent à chaque gouvernement, selon le parti en cause. Pensez-vous sérieusement que ce phénomène, que vous semblez taxer d'anormal, se produit seulement au PLQ. Pensez-vous sérieusement que le PQ porte le foulard blanc au pouvoir? Ne trouvez-vous pas qu'il serait plutôt anormal que le personnel politique engagé au gouvernement soit celui du ou des partis adverses? Pensez-vous que, notamment dans le domaine du privé, les entrepreneurs font affaire avec leurs adversaires dans la réalisation de leurs oeuvres? Il y a ici un angélisme qui me stupéfie monsieur Spector.

    Est-ce que vous demandez, au fond, à monsieur Charest de ne pas se défendre? Est-ce que vous demandez à monsieur Charest de conserver l'innocence et l'hésitation de ses premiers pas en politique? Avez-vous conservé cette innocence? Pourquoi demander la perfection dans ce monde imparfait? Quelles sont les raisons derrière tout cela? Préférez-vous l'émotivité de Pauline Marois à la ratio de Jean Charest? N'est-ce pas elle qui a claironné hier, dans la Tribune de Sherbrooke que le jugement de la Cour Suprême dans le dossier de la loi 101 est le fait "d'un tribunal contrôlé exclusivement par une autre nation" (La Tribune,29 septembre 2010, p. 13)? Est-ce ce genre de discours que vous préférez? Je ne suis pas un conservateur monsieur Spector, mais dans l'imperfection de ce monde, il serait intéressant, aussi, de louer les bonnes oeuvres de ces hommes et de ces femmes qui, dans le contexte social actuel, essaient de mener à bien les destinées des québécois en particulier et des canadiens en général. La nature contradictoire des débats, notamment parlementaires, commande aussi le respect des personnes et des instit

  • Trobadorem - Inscrit 30 septembre 2010 09 h 03

    À Ciceron...et celle qui l'accompagne (??): Votre intention est noble mais dangereuse...

    Vous avez certes raison d'inviter Spector et les lecteurs au respect des personnes et des institutions mais là où vous errer selon moi, c'est lorsque vous demandez à Spector, "Pourquoi demander la perfection dans ce monde imparfait?"

    IL NE DEMANDE PAS LA PERFECTION MONSIEUR CICERON. IL DEMANDE LE MINIMUM D'UN PREMIER MINISTRE.

    LE RESPECT.

    Et ce respect se mesure à la qualité de l'écoute d'un Premier Ministre. La plupart des décisions de Charest au cours des 3 derniers mandats étaient conditionnées par un souci de servir ceux qui l'ont mis au pouvoir. Je ne me réfère pas au maigre - 35 % de la population, mais bien à ses bailleurs de fonds.

    Quant au blanc bonnet, bonnet blanc...vous avez probablement raison. PQ et libéraux sont dans un bateau qui prend l'eau...c'est là où les dangers sont à craindre pour notre démocratie. La relève ne se pointe pas.....pas pour le moment en tout cas.

  • Gilbert Talbot - Abonné 30 septembre 2010 09 h 15

    La province la plus corrompue ?

    Moi j'aimerais bien savoir quelle est vraiment la province canadienne la plus corrompue. J'en met trois en lice : l'Ontario, la Colombie Britannique et le Québec. Je demande une enquête royale sérieuse sur la question pour aller au fond des choses : une super commission Gomery, avec un juge impartial, si ça existe.

  • Ciceron Derome - Inscrit 30 septembre 2010 10 h 35

    À Trobadorem... le respect

    Avec respect, je porte à votre attention que le jugement de valeur que vous portez quant à la "qualité" de l'écoute du premier ministre Charest n'est pas réaliste et qu'il sent même la partisannerie. Je ne suis pas d'accord avec vous sur ce point. Il s'agit de faire le tour de l'ensemble des réalisations de ce gouvernement pour constater qu'il est à l'écoute des québécois malgré certains hauts cris d'une opposition qui pense beaucoup plus à son capital politique qu'aux intérêts supérieurs du Québec et de ces quelques "constatations" qui relèvent de certains sondages opportunistes aux questions bien orientées, arrimés aux momentums des effets de toges d'une opposition avide de pouvoir. Pas certain monsieur Trobadorem que la majorité des québécois se fient à certains de ces sondages pour le moins tendancieux. Il y aura toujours certains projets, peu importe le parti au pouvoir, qui feront l'objet de critiques importantes, projets et décisions qui, souvent, sont réglés en début de mandat. Mais, ce n'est pas toujours le cas car parfois il y a des opportunités, notamment économiques, intéressantes à saisir en cette période de marasme.