Théâtre - Ça y est, c'est parti!

Même si certains directeurs de théâtre ont commencé à développer de nouveaux réflexes et à étaler ainsi le début de la saison — certaines compagnies démarrent maintenant, on le sait, début septembre et d'autres encore plus tôt, en août —, c'est cette semaine et la semaine prochaine que le grand raz-de-marée déferle sur les salles de spectacle montréalaises avec ses 38 premières en même temps ou presque. À vos marques...

Dans les faits, les arrivages sont un peu moins nombreux qu'à l'habitude et cela s'explique par le fait que le Théâtre d'Aujourd'hui et La Licorne sont hors circuit pour un bon bout de temps pour cause de rénovation ou carrément de reconstruction dans le deuxième cas — sur www.theatrelalicorne.com/2010/travaux.php, on trouvera des photos de la démolition du théâtre de la rue Papineau. N'empêche qu'il faudrait songer à donner un prix aux «happy few» qui réussiront à tout voir. Cette semaine seulement, vous aurez à choisir entre L'Opéra de Quat'Sous au TNM, la reprise d'Opium 37 au Quat'Sous, Les Amateurs de sport dans la petite salle du Prospero, L'Envol de l'ange à la Maison Théâtre et Mobycool au Théâtre La Chapelle... si vous avez trouvé le temps la semaine dernière de voir Rêves, chimères et mascarades à l'Espace Libre, le Vassa d'Alexandre Marine et Sylvie Drapeau au Rideau-Vert, Norway.today chez Prospero... et j'en passe. Mais consolez-vous, notre équipe de critiques devrait vous permettre d'avoir une bonne vue d'ensemble de l'incroyable activité des compagnies de théâtre à Montréal comme à Québec. Rideau!

Plus de 50 ans de carrière

Malgré l'avalanche qui se profile à l'horizon, l'événement de la semaine tourne autour de la publication d'un livre: celui d'Albert Millaire, Mes amours de personnages que les Éditions de l'Homme lançaient en grande pompe hier en fin de journée dans le foyer de l'Espace Go. Vous le verrez tout de suite — c'est un gros livre de plus de 300 pages farci de photos noir et blanc —, l'ouvrage frappe d'abord par la qualité de son iconographie. On y trouvera des photos rares retraçant les 50 ans et plus de carrière du comédien qui fut un pionnier autant à la télévision qu'au théâtre — les plus vieux se souviendront certainement des séries télé D'Iberville et Le Courrier du Roy...

Joint au téléphone, Albert Millaire explique que sa très riche collection de photos remonte aux années 1950 parce qu'il était un ami du premier grand photographe de plateau que l'on ait connu ici: André Le Coz. «Le Coz était partout; il prenait des photos de tous les spectacles et je lui en achetais systématiquement 10 ou 15 de chacune des productions dans lesquelles je jouais. Quand j'ai réussi à vaincre le cancer il y a une dizaine d'années et que des amis se sont mis à me suggérer de me faire auteur et de raconter tout cela, je me suis dit que l'occasion était belle d'illustrer ce qui s'est passé chez nous avec ces photos. C'est de là que m'est venue l'idée de choisir 50 personnages qui ont marqué des étapes et des moments différents de ma carrière.»

C'est une idée riche parce que l'on verra là des photos étonnantes de ces hommes et de ces femmes passionnés qui ont littéralement tout inventé ici, et Albert Millaire en était. Il a tout joué, les Grecs et les modernes, Molière comme Shakespeare et Feydeau, les jeunes premiers comme les aventuriers et les personnages de téléthéâtre, en français surtout, mais aussi en anglais. Durant plus de cinq décennies qui, dans le livre, seront racontées, cela allait de soi, en cinq actes. «On ne trouvera pas là de règlements de comptes ou d'analyses, poursuit le comédien. Mais des anecdotes, oui, rappelant le contexte politique ou social; et des souvenirs qui s'étalent comme des petites nouvelles, des petites histoires écrites à la main racontant sans prétention les étapes de ma carrière.»

Albert Millaire aura mis quatre ans à mener à bien son projet.

Bien sûr, il est un peu plus jeune que les Gratien Gélinas, Fred Barry, Jean Gascon, Denise et Gilles Pelletier, Yvette Brind'Amour, Paul Hébert, Jean-Louis Roux et les autres qui ont réussi contre vents et marées à implanter le théâtre ici. Mais il était là quand tout a commencé vraiment sur le petit écran et sur les planches. Son parcours, des quartiers du sud-ouest de Montréal jusqu'à Stratford ou à la direction du Théâtre populaire du Québec (TPQ) — où il a permis l'éclosion du Grand Cirque Ordinaire —, témoigne de l'acharnement des gens d'ici à s'inscrire dans l'histoire, même culturelle... ce qui n'allait surtout pas de soi à une époque encore dominée par les robes noires en tous genres.

Albert Millaire est de ceux qui ont fait de nous ce que nous sommes devenus, et ce livre en est une fascinante illustration.

En vrac

-C'est demain en début d'après-midi, lors d'une conférence de presse tenue au CNA à Ottawa, que l'on fera connaître le successeur de Wajdi Mouawad à la direction du Théâtre français. Ce personnage entrera en fonction en 2012... ce qui signifie que Mouawad dispose encore d'une autre année (la saison 2011-2012) pour programmer les sept tragédies grecques qu'il veut mettre en scène avant d'abandonner le théâtre pour l'écriture.

-Depuis qu'il est devenu un événement annuel, le Carrefour international de théâtre de Québec fait appel à la communauté pour l'aider à boucler son budget. Cela donne lieu à la deuxième Soirée des étoiles filantes qui aura lieu ce jeudi 30 septembre de 17h30 à 20h au Pavillon des Arts à ExpoCité. Des invités de marque comme Sylvie Bernier, Alain Côté et le maire Labeaume participent à ce cocktail-bénéfice en jouant des extraits de pièce avec l'aide d'un metteur en scène. Cette soirée-bénéfice met fin à la campagne de financement 2010 du Carrefour dont l'objectif est de 100 000 $. Les billets pour la Soirée des étoiles filantes sont en vente au coût de 150 $ chacun au 418 692-3131. Ceux qui souhaitent contribuer par un don peuvent également le faire sur le site Internet du festival et par téléphone.

-L'impresario torontois David Mirvish annonçait la semaine dernière que le Theatre Museum of Canada résiderait bientôt dans un tout nouveau local qui sera construit au 355, King Street West, en plein coeur du «theatre district» de la capitale ontarienne. On en serait déjà à planifier le contenu de ce musée qui couvrira plus de 900 mètres carrés et que l'on décrit comme une «addition vitale au riche héritage théâtral canadien». Le communiqué parle aussi d'une programmation à trois volets comprenant des expositions permanentes, des présentations spéciales et tout un programme éducatif sur le modèle de la série Backstage déjà administrée par le musée. Précisons que le Theatre Museum organise des expositions temporaires depuis 1991 un peu partout à Toronto et dans la péninsule du Niagara. Au fait, où en est donc le projet québécois d'un Musée du théâtre?