La victoire, malgré tout

Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas. L'an dernier, le premier ministre Stephen Harper avait boudé l'assemblée annuelle des Nations unies et l'assemblée extraordinaire sur les changements climatiques. Il avait même interrompu son séjour à New York pour participer à un événement dans un Tim Hortons ontarien.

Cette année, il n'a rien manqué, malgré un aller-retour à Ottawa pour le vote sur le registre des armes à feu. Il a multiplié les rencontres bilatérales et s'est adressé à l'assemblée deux fois plutôt qu'une, la première fois pour discuter des objectifs de développement du millénaire et la seconde, pour faire valoir la candidature du Canada au Conseil de sécurité des Nations unies.

Cinq des dix sièges non permanents changeront de main le 1er janvier prochain. Deux font l'objet d'une course, ceux destinés au groupe de l'«Europe de l'Ouest et autres», dont le Canada fait partie. L'Allemagne, le Portugal et le Canada se font la lutte. La première serait pratiquement assurée d'en obtenir un, forçant les deux autres pays à se disputer le second. Pour l'emporter, un pays doit, le 12 octobre prochain, obtenir l'appui des deux tiers des pays présents, ce qui veut dire, si tout le monde y est, 128 sur 192.

À trois semaines du vote, le caractère intéressé des deux allocutions de M. Harper n'avait donc rien d'étonnant ni de choquant. Les trois pays font campagne. Lors du premier discours, le premier ministre a annoncé que le Canada verserait 540 millions de dollars de plus sur deux ans au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Lors du second discours fait devant un auditoire clairsemé, il s'est employé à rappeler la longue contribution canadienne à la naissance de l'ONU, à ses programmes d'aide, à ses missions pour la paix.

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Si un des deux discours devait faire une différence, ce serait ce dernier, car la longue et bonne réputation du Canada demeure un de ses meilleurs atouts, bien davantage que la performance internationale du gouvernement Harper. Comme le dit en entrevue l'ancien ambassadeur du Canada à l'ONU Paul Heinbecker, «une victoire serait celle du Canada avant tout, pas celle de ce gouvernement».

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Harper s'est rangé sans nuances derrière Israël, ce qui a déplu aux pays arabes et musulmans. Il a maintenu l'aide à l'Afrique, mais a rayé huit pays africains de la liste des pays prioritaires pour recevoir l'aide bilatérale directe du Canada. En matière de changements climatiques, il a sans cesse mis les freins, au grand dam des petits pays insulaires et des Européens.

En matière d'aide publique au développement (APD), le gouvernement Harper a respecté les engagements pris en 2002 de doubler son budget global ainsi que l'aide accordée à l'Afrique. Le problème est que cette croissance n'a pas suivi notre enrichissement collectif. En 2009, l'APD ne représentait toujours que 0,3 % de notre produit intérieur brut (PIB). La cible fixée par la communauté internationale est de 0,7 %. Cela n'est pas près de s'arranger puisque le gouvernement a annoncé dans le dernier budget que l'APD serait gelée au niveau de 2010 dès l'an prochain.

La faible participation du Canada aux différentes missions de paix des Nations unies ne passe pas non plus inaperçue, bien qu'elle soit le résultat de la décision prise par des gouvernements libéraux et conservateurs successifs de s'engager de façon importante en Afghanistan. Il reste cependant que le Canada, pays des Casques bleus, n'en déploie pratiquement plus.

Et il y a le respect de l'institution même que le Canada espère diriger avec 14 autres pays. Stephen Harper ne lui a jamais témoigné une grande affection avant cette année.

«Les pays fondent rarement leur choix sur un seul enjeu. Leur vision est large, ce qui joue en notre faveur. Par contre, il y a peu de choses qui se sont produites en politique étrangère canadienne au cours des dernières années qui nous avantagent», explique M. Heinbecker en entrevue.

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Mais il y a aussi ces facteurs externes sur lesquels le gouvernement n'a aucun pouvoir, mais qui le servent drôlement bien. Ainsi, un des arguments de poids qu'on invoque depuis toujours n'est rien d'autre que la composition du Conseil. L'Europe, ou plus précisément l'Union européenne, compte deux membres permanents avec droit de veto, la France et la Grande-Bretagne. L'élection de l'Allemagne et du Portugal porterait à quatre le nombre de représentants européens au sein du cénacle onusien. Pour plusieurs pays, ce serait trop, ce qui défavoriserait les Portugais.

Par le passé, le Canada a toujours obtenu les sièges qu'il convoitait. Une défaite serait donc une humiliation monumentale pour le gouvernement Harper. La victoire ne sera pas facile cette année, disent les experts, mais elle est fort probable. Et peu importe que le gouvernement Harper la doive à un réservoir de capital politique accumulé depuis des décennies et à des préoccupations d'équilibre géopolitique au sein du conseil, une victoire restera une victoire. Pour Stephen Harper, ce serait un coup majeur qui lui permettrait de faire taire ceux qui l'accusent d'avoir terni l'image du pays sur la scène internationale. Sa propre stature et son image d'homme d'État en profiteraient. À la veille d'une possible élection générale, cela ne se refuse pas.

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mcornellier@ledevoir.com
3 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 27 septembre 2010 06 h 05

    En effet, il faut nous souhaiter la victoire...

    Je suis certain que les observateurs conservent toujours une très bonne impression de l'action internationale du Canada. Ils savent que les régimes politiques démocratiques ne sont pas toujours de la même idéologie, mais aussi qu'ils sont temporaires. Il faut croire et espérer que les dégats imposés par le régime de Stephen Harper soient moins importants à l'extérieur du Canada qu'ils ne le sont à l'intérieur.

  • Eric Allard - Inscrit 27 septembre 2010 12 h 31

    Au contraire, que l'ONU nous montre nos erreurs présentes.

    Au contraire, M. Paquet. Il faudrait que la communauté internationale montre clairement que les années de pouvoir de M. Harper ont grandement nui à la réputation internationale du Canada. Autrement, ce serait une caution de sa façon de gouverner.

    Il faudrait que la population canadienne aie le pouvoir de faire signer une pétition demandant à l'ONU de rejeter la candidature canadienne.

  • André Loiseau - Inscrit 27 septembre 2010 22 h 50

    La corruption des autres

    Il gagne ses partielles au Nouveau-Brunswick...Le ROC le gardera toujours. Le ROC est l'inverse, le contraire du Québec.
    Je me demande pourquoi personne, chez nos amis anglophones, ne dénonce la corruption idéologique des nouveaux conservateurs, des usurpateurs à double visages. Il n'y a pas que celle des dollars.