Obama cède aux Israéliens

Le président Mahmoud Abbas est l'homme le plus accommodant, dans le camp palestinien, que les Américains et les Israéliens auront jamais eu comme interlocuteur dans le conflit israélo-palestinien.

Alors que Barack Obama en a fait «un homme d'un grand courage» et que Benjamin Nétanyahou a déclaré voir en lui «un partenaire de paix», il a été traité de tous les noms par plusieurs de ses compatriotes: vendu, lavette, jouet des impérialistes... En somme, le dindon d'une tragi-comédie sans fin intitulée «Les négociations israélo-palestiniennes».

En 2009, le monde entier demandait à l'État d'Israël de suspendre immédiatement et complètement les constructions nouvelles en Cisjordanie. Dans certains cas, la demande s'étendait à Jérusalem-Est, où des Palestiniens sont encore, en 2010, chassés manu militari de leurs demeures pour faire place à des colons juifs qui ont tous les droits.

L'arrêt net de cette colonisation est une condition sine qua non pour discuter d'une éventuelle paix en Cisjordanie et à Gaza: telle était la position de Barack Obama lui-même lorsqu'il est arrivé à la présidence.

Fin novembre 2009, le premier ministre israélien cédait un pouce: «Bon, d'accord, on suspend les permis de construction. Mais pour dix mois. Et en Cisjordanie, pas à Jérusalem-Est.» C'est cette suspension qui vient d'arriver à échéance. Suspension que M. Nétanyahou a refusé de prolonger, ce qui cause aujourd'hui un énième psychodrame israélo-palestinien.

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On se retrouve dans la situation ironique où une position israélienne «intransigeante» au printemps 2009 devient tout à coup, après mûre réflexion, acceptable à Washington... moyennant quelques changements de détail.

En substance, on disait aux autorités israéliennes: arrêtez, s'il vous plaît, cette provocation de tous les instants qui consiste non seulement à occuper un territoire que les Palestiniens considèrent leur, mais à augmenter continuellement la proportion du territoire couvert par les constructions juives.

Mais Benjamin Nétanyahou, depuis un an et demi — et avec cette pause tactique de dix mois qui a permis, début septembre, la belle annonce d'une «reprise des négociations» sous ombrelle américaine —, a tenu tête et roulé dans la farine ses chers «partenaires-alliés-arbitres» de Washington. Au point que le tandem Obama-Clinton ne pose même plus cette condition — le fameux «maintien du moratoire» — comme un absolu... Le moratoire devient plutôt un élément de négociation supplémentaire!

Plus encore, on demande maintenant à la partie palestinienne, n'est-ce pas, d'être «modérée» et de ne pas jeter de l'huile sur le feu en «instrumentalisant» une éventuelle reprise de la construction de colonies pour quitter la table des négociations, ou relancer les troubles... Ah, les vilains Palestiniens!

En éditorial, le quotidien Haaretz de Jérusalem écrivait pourtant hier: «Il n'y a pas de plus grande folie que l'expansion de la colonisation, au moment même où l'on tient des négociations censées mener à la création d'un État palestinien.»

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Cet épisode est un test crucial pour Israël, son caractère démocratique et son image dans le monde. C'est aussi un test pour la crédibilité de la politique étrangère américaine.

En Israël, un mouvement très fort, à la base du succès politique de Nétanyahou, mais dont il essaie aujourd'hui — de façon plus ou moins convaincante — de se distancier, a fait de la colonisation de toute la Judée-Samarie (la Cisjordanie en langue moderne) le devoir fondamental et éternel du peuple juif... Hier, ce puissant lobby politico-millénariste triomphait, et recommençait, sans même attendre minuit (heure officielle de la fin du moratoire), les pelletées de terre symboliques en territoire contesté.

Ce jusqu'au-boutisme est de mauvais augure. Il projette d'Israël l'image d'un pays nombriliste, obsédé par lui-même, qui envoie promener le monde entier, persuadé d'être haï tous azimuts et résistant obstinément aux appels venus d'ailleurs.

C'est aussi un grave moment pour la politique étrangère américaine. Marquée par quelques beaux discours de M. Obama, par les navettes de Mm Clinton, elle donne depuis 18 mois l'impression d'une politique de belles paroles et de bonnes intentions... mais sans plus.

À voir M. Obama céder aujourd'hui aux Israéliens, et considérer comme négociable ce qui était hier un préalable — le gel de la colonisation —, on se dit, comme Mahmoud Abbas samedi aux Nations unies, qu'«Israël doit choisir entre la paix et les colonies». Et l'on se désole qu'il ne soit pas capable de prononcer lui-même ces quelques mots précis.

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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

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francobrousso@hotmail.com
17 commentaires
  • oracle - Inscrit 27 septembre 2010 07 h 45

    Des jugements intempestifs.

    La politique internationale est un domaine extrêmement complexe, où les conflits ne se règlent jamais dans les déclarations publiques et encore moins dans des conférences de presse. Ça nous prend des fois plus de cinquante ans pour connaître la vérité sur certains événements. D'où cet appel à la prudence.

    Pourquoi par ailleurs, dans le cas qui nous concerne ici, oublier le plus récent "revirement" du principal intéressé, Mamoud Abbas lui-même, pour se rabattre sur le président Obama ? Devrait-on se montrer plus royaliste que le roi ?

    Pierre-Michel Sajous

  • Gilles Bousquet - Inscrit 27 septembre 2010 08 h 37

    David contre Goliath...encore

    Il est écrit dans l'article : «Le président Mahmoud Abbas est l'homme le plus accommodant, dans le camp palestinien »

    S'il n'était pas accommodant, il pourrait faire quoi exactement ?

    Faire quoi contre Israël qui a les États-Unis et le Canada, où règnent les lobbies juifs, comme amis principaux ? Rien sauf risquer de se faire tous tuer, emmurer, coloniser, bombarder, occuper etc.

    Est-ce que vous avez déjà vu un mouton apeuré, tenter de négocier sa vie à un lion affamé ?

  • Denis Paquette - Abonné 27 septembre 2010 10 h 49

    le monde n'est pas sorti de son animalité d'origine

    Comme M.Obama a promis de revoir le dossier Israel Palestine et que ce sont des radicaux qui détiennent la balance du pouvoir, que voules-vous que le monde fasse et surtout ne me dite pas que c'est nouveau. Voila la quadrature du cercle, que faire avec des radicaux sans en devenir un soi-meme.

  • lephilosophe - Inscrit 27 septembre 2010 11 h 13

    Ad nauseam

    Et dire qu'on nous répète ad nauseam que ce sont les islamistes du Hamas la cause du piétinement des négociations israélo-palestiniennes! Oslo a vécu depuis belle lurette. Il n'a permis que la colonisation accélérée des «Territoires occupés». Et ce sont les Clinton qui sont responsables, historiquement, de cette situation. Comment pourraient-ils aujourd'hui reculer? La solution des deux États a vécu, Israël est de facto souverain sur l'ensemble de la Palestine historique, et ce n'est pas le maintien sous perfusion de «l'Autorité palestinienne» qui y changera quoi que ce soit. La seule option pour les Palestiniens est de revendiquer leurs droits démocratiques dans le cadre juridique nommé «Israël», leur poids démographique en fera la majorité dans une décennie. Mais si les Palestiniens renoncent à avoir leur État à eux, il faudra que les juifs sionistes ou non, abandonnent le caractère «exclusivement» juif de leur État. Je crois qu'il n'y a plus aujourd'hui aucune autre issue et que ces négociations, de toutes façons, ne sont qu'une autre opération de communication israélo-américaine pour satisfaire au moins en image la diplomatie internationale, au premier chef européenne.
    Oslo est mort! Vivement un seul État démocratique et laïc pour tous et toutes!

    Bernard Gadoua

  • Gilbert Troutet - Abonné 27 septembre 2010 11 h 23

    La raison du plus fort


    Je ne faisais pas grande confiance jusqu'ici au président Obama pour tenter de régler le problème israélo-palestinien. Les masques viennent de tomber. On voit clairement aujourd'hui que le lobby israélien mène le président américain (et surtout Hilary Clinton) par le bout du nez. Même attitude du gouvernement canadien, qui n'a pas levé le petit doigt quand l'armée israélienne a bombardé sauvagement le Liban en 2006, puis Gaza en 2009. Pilate n'aurait pas fait mieux.