Un gros merci de quatre millions

Je me permets cette semaine de publier le suivi fait par un lecteur dont les propriétés familiales en Saskatchewan se trouvent sur le vaste gisement Bakken (dont la grande partie se situe aux États-Unis). Les réserves pétrolières de cette région pourraient être supérieures à celles des sables bitumineux. Ce lecteur désirait connaître la marche à suivre pour évaluer les propriétés familiales desquelles une entreprise avait déjà commencé à extraire du pétrole tout en versant des redevances à la fiducie familiale (elle possède les terres).

J'avais répondu à celui-ci dans une chronique intitulée «Du pétrole sur les propriétés familiales qui vaut son pesant d'or». Dans cette chronique, j'avais expliqué qu'il lui fallait calculer la valeur actuelle des redevances potentielles. Pour ce faire, j'avais conseillé de retenir les services de géologues et d'un bon fiscaliste. Le but de l'exercice: déterminer les réserves potentielles enfouies dans les propriétés familiales afin de déterminer les redevances annuelles possibles et leur durée (5, 10, 15, 20 ans ou plus). En utilisant un rendement composé annuel de 15 %, j'avais donné un aperçu de ce que pouvaient valoir ces propriétés, soit plus de deux millions de dollars. Aussi lui avais-je dit d'entreprendre les démarches même si elles devaient coûter plusieurs dizaines de milliers de dollars. J'avais écrit cette chronique le 5 décembre 2009. Depuis, le lecteur en question a entrepris les démarches. Agréable surprise: les propriétés valent quatre millions de dollars. Voici le compte rendu que m'a fait parvenir ce bienheureux lecteur du Devoir il y a quelques semaines.

Bonjour Monsieur Chiasson,

Quelques mots pour vous remercier des excellents conseils que vous m'avez donnés concernant le sujet ci-haut mentionné.

Afin de trouver la valeur marchande des droits minéraux que nous détenons toujours, à votre suggestion nous avons donc procédé comme suit.

À la suite de votre article du 5 décembre, nous avons communiqué avec un gestionnaire exécutif de BMO-Harris Bank, qui nous a suggéré les bons offices d'un fiscaliste.

Ce fiscaliste est entré en communication avec un avocat de Regina spécialisé dans le domaine pétrolier, qui nous a dirigés vers une firme (Spectrum Land Services Ltd) de Calgary spécialisée dans l'évaluation des droits minéraux (productifs et non productifs). Cette même firme est alliée à une équipe professionnelle de géologues.

L'équipe de Spectrum a procédé à l'évaluation des droits minéraux "non productifs" (zone non exploitée) en analysant les registres de la province de la Saskatchewan pour toutes les transactions effectuées (achats et ventes de droits minéraux) depuis les cinq dernières années dans un rayon de 6 km. Cette étude avait pour but de déterminer une valeur marchande sur les droits minéraux non productifs.

Par la suite, l'équipe de Spectrum a procédé à l'évaluation des droits minéraux "productifs" (zone exploitée où se trouvent les puits de pétrole). Comme vous le disiez si bien dans votre texte, on a procédé à cette évaluation en appliquant la "Present Value Methodology", soit: l'évaluation de la durée de vie de ces puits (20 ans), le depletion rate (un puits perd environ 40 % de sa production après quatre ans), la courbe des volumes de production (réels et estimés) pour les prochaines 20 années, une étude sur les prix estimatifs du pétrole pour les prochaines années et une compilation de ces données avec des taux d'escompte de 5 %, 10 %, 15 %, 20 %.

À la suite d'une analyse de l'étude par notre fiscaliste et aussi des discussions entre notre fiscaliste et les responsables de Spectrum, la détermination de la valeur présente (Present Value) a été exécutée avec un taux de 10 %. Les arguments donnés pour le choix de ce taux de 10 % sont principalement que le risque de ne pas trouver du pétrole dans cette zone du Bakken est très faible, en somme le risque est quasi inexistant.

Ainsi, la valeur marchande totale de ces droits minéraux (productifs et non productifs) se chiffre à environ quatre millions de dollars.

Monsieur Chiasson, la stratégie que vous nous avez suggérée, dans votre article paru le 5 décembre 2009, était des plus professionnelles et des plus bénéfiques, nous évitant de nombreuses erreurs.

Le total des coûts (comptable et fiscaliste, ainsi que ceux de Spectrum Land Services Ltd) se chiffre à environ 25 000 $. Nous avons reçu un service et un rapport de très grande qualité. Ces 25 000 $ représentent pour nous un investissement et non pas une dépense pure et simple.

Encore une fois, merci pour vos précieux conseils.

J. C.

Gatineau

Caisse de retraite: l'oeuf ou la poule?

À quelques reprises, vous avez analysé dans vos articles l'à-propos pour un retraité de retirer la valeur du fonds de retraite, par opposition au versement à vie d'une rente qui, dans le cas de votre article du 18-19 septembre 2010 comme dans d'autres articles de référence que vous avez produits, démontre des rendements actuariels de l'ordre de plus ou moins 6 %.

Dans chaque cas, vous avez conclu qu'il était préférable de prendre la rente à vie que de spéculer sur les meilleures intentions d'émuler les rendements offerts, voire de faire mieux.

Malgré que je sois en accord avec les conclusions de votre réflexion, j'ai quand même opté pour le pécule à gérer. Voici pourquoi.

Au décès du retraité, sa retraite peut encore se prolonger, selon le cas, en faveur du conjoint survivant à hauteur de, disons, 50 % environ. Elle cessera complètement au décès de ce dernier. Ça ne pouvait me satisfaire, car je voulais en céder au maximum à mes survivants.

Mon choix fait en sorte que mon portefeuille ira à ma femme à 100,% et que celle-ci pourra également le transmettre à 100 % à nos héritiers.

Nous avons de plus pris une assurance-vie importante, payable au décès du dernier survivant, de ma femme ou de moi, à nos héritiers afin de régler les impôts, retenues, etc., et laisser le meilleur capital possible.

Je crois que mon cas n'est pas unique dans le choix fait. Au temps où j'avais pris ma retraite, j'avais consulté des actuaires et des gestionnaires de portefeuille.

Je souhaite lire vos commentaires. Je lis votre chronique assidûment. Merci d'avance.

J. L.

Contrecoeur

D'emblée, je tiens à dire que je ne recommande pas toujours d'opter pour la rente. Tout dépend du rendement implicite de la rente que doit battre le retraité s'il opte pour l'encaissement de la valeur actuelle de son fonds de retraite pour ensuite le gérer. Lorsque ce rendement est de 4 % ou moins, je recommande généralement la seconde option, soit celle d'encaisser et de gérer soi-même la valeur actuelle du fonds de retraite. Mais, à un rendement implicite de 6 %, choisir la rente m'apparaît plausible.

Le rendement n'est pas toutefois la seule chose à considérer pour exercer le bon choix. Vous le démontrez très bien dans votre lettre. Dans votre cas, l'avoir laissé aux héritiers constitue un point important. Aussi est-il justifié pour vous d'encaisser la valeur de votre fonds de retraite. Comme vous le constatez très bien, un fois vous et votre conjoint décédés, la rente se termine. Plus un iota pour les héritiers. Alors que les sommes accumulées dans le REER, FRV, FERR ou CRI ainsi que les plus-values accumulées iront à vos héritiers, à 100 % si, comme vous le dites dans votre lettre, vous avez au préalable pris une assurance-vie à la faveur de ces derniers, assurance-vie dont le montant forfaitaire couvrira les lourds impôts à payer.

Une autre chose à considérer: votre aptitude à bien gérer votre argent. Malheureusement, malgré toute la bonne volonté qu'ils peuvent avoir, beaucoup de gens sont et seront toujours inconfortables d'investir eux-mêmes leur argent. Beaucoup d'entre eux, par manque d'intérêt ou tout simplement par méconnaissance ou crainte de ne jamais pouvoir comprendre le monde du placement, s'en remettent totalement à d'autres supposés experts. Et, parfois, ils sont gravement floués. Ces gens-là feraient mieux d'opter pour la rente.

Dans votre cas, vous semblez assez au fait du monde du placement, suffisamment du moins pour faire montre d'un esprit critique envers toute personne vous proposant des produits financiers.

Pour terminer, il serait intéressant que vous nous indiquiez dans une autre lettre comment vous gérez votre pécule.

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