Longue vie aux faibles taux... et au dividende

Il ne se passe pas un jour sans qu'un analyste, quelque part, révise à la baisse son scénario de croissance économique pour 2010 et 2011. L'idée dominante demeure une croissance faible, sous la barre du plein potentiel et du niveau nécessaire à une création nette d'emplois, mais pas un retour à la récession. Du moins, cela vaut pour les États-Unis, mais le Canada sera rattrapé par la morosité ambiante. Pour l'investisseur moyen, cet environnement incertain alimente l'attrait des valeurs refuges ou plus conservatrices, tels les métaux précieux et les titres obligataires. Pour l'épargnant et l'emprunteur, cet environnement anémique devient synonyme de taux d'intérêt appelés à demeurer faibles dans le temps. Pour l'investisseur plus hasardeux...

Toutes ces révisions à la baisse alimentent l'inquiétude, l'incertitude et la prudence. Elles créent un terreau fertile pour les valeurs refuges et d'autres classes d'actif conservatrices tels les titres obligataires. En Bourse, malgré le retour en santé des entreprises et des ratios boursiers attrayants sur une base relative, seuls les plus hasardeux osent s'y aventurer. L'attrait est pourtant réel, mais le degré d'aversion au risque demeure élevé. Le contexte actuel serait notamment favorable à une incursion boursière, ne serait-ce que prudente, en optant notamment pour les actions de première qualité, qui offrent un rendement en dividende de loin supérieur au taux de rendement d'une obligation (sans compter son traitement fiscal avantageux). Mais «chat échaudé» fait en sorte que la demande pour les obligations est appelée à demeurer élevée.

La croissance économique anémique anticipée pour les États-Unis reporte toute hausse du taux directeur à 2012. Au Canada, ce report, combiné à une révision à la baisse du scénario de croissance, forcera la banque centrale à stopper son mouvement haussier. Seule banque centrale du G7 à hausser son taux directeur — elle l'a fait à trois reprises — la Banque du Canada ne voudra pas s'engager dans le ralentissement imminent avec un jeu d'écart de taux susceptible de pousser le dollar canadien à la parité, et même au-delà, avec le billet vert.

Ce qui a fait dire aux analystes du Mouvement Desjardins qu'«une pause dans le resserrement monétaire au Canada limitera aussi la pression à la hausse sur les taux de détail. Par conséquent, nous n'anticipons plus de hausse significative des taux de détail avant le printemps 2011.» Il reste à souhaiter que cette accalmie donnera l'occasion aux ménages canadiens lourdement endettés de nettoyer leur bilan et au marché immobilier surévalué de se corriger sans choc. Ce qui semble se profiler.

Dernier établissement financier en lice à revoir à la baisse son scénario économique, la Banque CIBC a amené sa cible de progression du PIB canadien sous 2 % pour 2011. Les États-Unis ne feront guère mieux. «Les facteurs y contribuant comprennent la baisse des exportations, influencée par une reprise mondiale lente, et les problèmes que pose un dollar canadien fort sur le plan de la concurrence. La chute des prix des habitations et l'utilisation réduite du crédit, qui pourrait mener les Canadiens à restreindre leurs dépenses, constituent d'autres sujets de préoccupation.»

Selon l'économiste en chef Avery Shenfeld, la Banque du Canada fera une pause jusqu'au printemps. «Cette pause pourrait ralentir l'entrée de capitaux et entraîner un énorme déficit de la balance commerciale, qui entraînerait le dollar vers le bas à 92 ¢US au cours des six prochains mois avant la reprise, alors que les taux recommenceront à monter plus tard en 2011.»

Dans son étude, M. Shenfeld aborde l'arbitrage entre obligations et actions. «Les rendements des actions se situent en fait au-dessus des rendements des obligations de cinq ans, faisant paraître plutôt bon marché les actions à dividende. Les indices boursiers ne peuvent que monter modestement jusqu'en 2011, mais les ajouts en dividendes et le rendement peuvent facilement surpasser les obligations.» Et même s'il voit l'or toucher les 1400 $US l'once, il souligne à larges traits que, «sauf en cas d'une nouvelle récession, il est trop tard pour miser sur les valeurs refuges déjà sur les rails».

À la Financière Banque Nationale, on retient que, derrière l'attrait actuel du marché boursier, se cache «la crainte toujours présente d'une rechute dans la récession» des États-Unis. La banque ajoute un élément structurel à son explication. «La faiblesse inhabituelle de la demande d'actions américaines de la part des investisseurs, à ce stade-ci du cycle, reflète aussi une baisse de tolérance du risque d'une population grisonnante, dans la foulée d'un choc très important qui a ébranlé l'effet de richesse.»

Place aux actions à dividende!
2 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 25 septembre 2010 07 h 34

    Et les actions et les fonds mutuels d'Asie et d'Amérique Latine ?

    Je possède, entre autres, pour les avoirs achetés en ligne, par le système d'investissements directs de ma Banque, des fonds mutuels fondés sur des actifs, dans deux cas en Asie et dans deux autres, en Amérique Latine. Je vous épargerai les détails, mais ils ont tous connu des rendement de 15 à 20% depuis les derniers 12 mois. J'ai bien hâte de voir ce qu'ils produiront dans la prochaine année.

  • Pierre Vincent - Inscrit 25 septembre 2010 16 h 27

    Corollaire: l'euthanasie du rentier

    Dans les discussions et les analyses portant (ou centrées) sur la politique monétaire américaine, laquelle privilégie généralement la croissance au détriment de l'inflation (s'opposant en cela à la préférence de la Banque Centrale Européenne qui privilégie la stabilité des prix--pour des raisons historiques--l'hyper-inflation dans les premières années de la "République de Weimar"), on semble n'accorder nulle part (USA, Eu, GB, Fr, Japon etc) une attention sérieuse au corallaire d'une politique de (très) bas taux d'intérêt--pratiquement zéro, sinon négatifs en termes réels, soit: les revenus de placements conservateurs des rentiers tendent vers zéro. Voudraient-ils améliorer (accroître) leur espérance (lisez: probabilité) de gain, qu'ils devraient (doivent) accepter des niveaux de risque (lisez "volatilité") peu compatibles avec leurs préférences (présumant qu'ils--en tant que groupe-- ne rêvent pas de s'enrichir, mais seulement de survivre). On assiste ainsi à un transfert de richesse, de cette catégorie de détenteurs de capital, vers les grands débiteurs--lesquels incluent les grandes entreprises ainsi que l'Etat--le représentant des intérêts collectifs. C'est "" peut-être"" moralement justifié, mais cela serait bien si l'intention était "explicitée". Remarquez aussi qu'un phénomène d'hyper-inflation, même passagère, aurait (a eu) le même effet..., mais d'une façon plus rapide et donc plus "visible à l'oeil nu".